Le gouvernement dévoile ses mesures de soutien aux établissements de nouveau fermés

L’annonce des fermetures partielles ou totales des bars et des restaurants dans 12 métropoles pendant 15 jours a provoqué colère et consternation chez les professionnels. Pour indemniser les pertes de revenus dans la période, Jean Castex promet une exonération de charges sociales, le maintien du chômage partiel couvert à 100 % et un relèvement à 10 000 euros du fonds de solidarité.

L'annonce des fermetures partielles ou totales des bars et des restaurants dans 12 métropoles pendant 15 jours a provoqué colère et consternation chez les professionnels. Pour indemniser les pertes de revenus dans la période, Jean Castex promet une exonération de charges sociales, le maintien du chômage partiel couvert à 100 % et un relèvement à 10 000 euros du fonds de solidarité.

Le premier ministre Jean Castex débat avec Delphine Roux, restauratrice à Marseille, lors de l'émission Vous avez la parole sur France 2, le 24 septembre. Son établissement devra en principe fermer à partir du 27 pour une durée de deux semaines.

Sans précédent ! C’est la première fois, depuis le début de la crise sanitaire, que des cafetiers et des restaurateurs sont aussi hostiles à une décision gouvernementale et l’expriment avec autant de force. Annoncée mercredi soir par Olivier Véran, l’Etat prévoit de fermer à nouveau et pendant 15 jours les bars de 12 métropoles. Ainsi que les restaurants de Guadeloupe, d’Aix-en-Provence et Marseille. Fermetures totales dans ces trois collectivités classées en zone d’alerte maximale. Et partielles dans les autres (à partir de 22 h, en principe), les préfets en fixant les modalités.

Une réaction hostile manifestée la fois dans la rue, avec des manifestations à Paris et à Marseille rassemblant des centaines de professionnels. Et dans les déclarations des organisations patronales. Umih, GNI, GNC et SNRTC ont publié, événement rare, un communiqué commun et musclé.

Les quatre syndicats y « dénoncent une mesure injuste, discriminatoire et incohérente et demandent le retrait immédiat de cette décision». Ils menacent même d’aller devant les tribunaux. Et assurent qu’ils« cesseraient tous travaux avec le Gouvernement jusqu’à nouvel ordre», si les mesures de soutien annoncées plus tard par Bruno Le Maire n’étaient pas à la hauteur de leurs attentes.

Un recours collectif en référé-liberté

Le gouvernement ne pouvait trop tarder à tenter d’éteindre ce dossier inflammable. Jean Castex lui-même, jeudi soir, sur la chaîne de TV France 2, a commencé à détailler ces nouvelles mesures. Le chômage partiel n’en constitue pas vraiment une, l’Etat ayant déjà décidé de prolonger le dispositif pour certains secteurs dont les HCR. Contrairement à l’exonération des charges sociales pendant la fermeture. De même, le relèvement du fonds de solidarité à 10 000 euros.

La ville de Marseille a d’ors et déjà fait savoir que sa police municipale ne verbalisera pas les bars et restaurants qui resteront ouverts. Une certaine conception, dans l’air du temps, de  l’Ordre républicain à la Française… : « Je respecte et fait respecter les règles publiques qui me conviennent. Je ne respecte pas et ne fait pas respecter les règles publiques qui ne me conviennent pas ! »

Légaliste pour sa part, le président de la région Sud, Renaud Muselier a annoncé un recours collectif en référé-liberté contre la fermeture des bars et des restaurants à Aix-Marseille. »Je n’appelle en aucun cas à la désobéissance civile, quand on conteste il faut le faire en règle, a expliqué Renaud Muselier sur LCI. On fédère globalement tout le monde derrière ce recours, il y a un tribunal qui est là pour trancher. Il dira si ce recours respecte la loi française. Si on gagne ils réécriront un arrêté conforme à la législation française. S’il est rejeté, je me plierai à la décision de justice. On verra ce qu’il se passe. Le droit demeure le levier essentiel d’une démocratie apaisée. » Selon Renaud Muselier, la ville de Marseille ne s’est pas associée à ce recours. Le Tribunal administratif de Marseille examinera ce recours le mardi 29 septembre.

Extraits de l’émission Vous avez la parole (24 septembre)

Delphine Roux, restauratrice à Marseille « Madie Les Gallinettes » (9 employés)

« C’est une mesure catastrophique, pour nous restaurateurs. On a lutté pendant deux mois et demi pour pouvoir survivre après le confinement du mois de mars. Ensuite on a réouvert, on nous a demandé de fermer à 23 h le soir, ce qui a arrêté toute l’activité économique de la ville et de la restauration.

Et aujourd’hui, on nous demande de fermer 15 jours de plus. Alors qu’on a pris des mesures, on a été des bons élèves, on a écarté nos tables. J’ai enlevé plus de 25 % des tables de ma clientèle, j’ai mis du personnel au chômage. Et là, on ne peut pas durer comme ça, on est pas, nous restaurateurs, responsables de la propagation du virus à Marseille. C’est complètement aberrant, elle ne tient pas la route, cette mesure. On se sent complètement lésé. On se demande ce que l’on nous veut à nous, restaurateurs marseillais, on ne comprend pas.

Regardez, nos tables sont écartées, à plus de 1,5 m chacun. On a du gel hydroalcoolique. On sert avec des masques. Tout le personnel est équipé de masque, se lave régulièrement les mains avec du gel hydroalcoolique. Nos clients sont écartés, on a condamné énormément de tables. On ne comprend pas. Il n’y a pas plus de danger à venir manger chez nous qu’ailleurs. Les grandes surfaces sont ouvertes, les grands magasins. Tout est ouvert. Les mesures dans les écoles sont un peu allégées. Et nous, on nous demande de fermer. Cela ne se justifie pas. »

Jean Castex premier ministre

« Quand on a une flambée, une reprise de l’épidémie, on sait qu’on a des lieux plus particulièrement propices à la circulation du virus. Les bars et les restaurants, en particulier. On a une chance de se contaminer trois fois plus qu’ailleurs dans un bar, deux fois plus dans un restaurant.

Toutes les études dont nous disposons montrent, et d’ailleurs les pays étrangers agissent comme nous, que les restaurants sont un lieu possible de circulation virale.

La mesure décidée, à partir de samedi, c’est pour 15 jours. Et nous espérons bien, qu’à côté de toutes les autres mesures que nous prenons à côté, nous pourrons réouvrir dans 15 jours.

Vous avez dit : je n’y suis pour rien. Et je vous approuve totalement. Donc, nous allons indemniser la perte du chiffre d’affaires que vous allez subir pendant cette période. Vous pourrez refaire appel au chômage partiel, ce qui ne vous coûtera rien. En plus, nous avons décidé d’exonérer vos charges sociales correspondant à la période où vous serez fermé. Et nous avons décidé d’augmenter le fonds de solidarité pour couvrir vos charges fixes jusqu’à 10 000 euros pendant cette période.

Il n’est pas question que vous subissiez les conséquences de ces mesures sanitaires indispensables.»

Les collectivités territoriales concernées par les fermetures

11 métropoles situées dans la zone d’alerte renforcée

Ces zones affichent un taux d’incidence du virus dépassant les 150 cas pour 100.000 habitants. Et un taux d’incidence chez les personnes âgées dépassant le seuil des 50 cas pour 100.000 habitants. Ce second niveau concerne onze métropoles en France  :
Paris, Lyon, Lille, Toulouse, Bordeaux, Saint-Etienne, Rennes, Rouen, Grenoble, Montpellier et Nice

Les bars de ces onze métropoles devront fermer plus tôt. Les préfets fixeront les heures de fermeture. Avec 22 heures comme plafond, selon les consignes du gouvernement.

Ces fermetures anticipées ne concernent pas les restaurants.

Les bars devront fermer à 22h00 à Paris. Cette restriction anti-covid ne s’applique pas aux restaurants qui ne servent « pas d’alcool sans nourriture », a précisé la préfecture de police dans un message transmis vendredi aux maires d’arrondissement.

1 département et 1 métropole situés dans la zone d’alerte maximale

Pour l’atteindre, il faut dépasser trois seuils. Une incidence de 250 contaminations pour 100 000 habitants. De plus de 100 contaminations pour 100 000 s’agissant des seules personnes âgées. Et l’occupation d’au moins 30 % des lits de réanimation par des patients Covid.

Seules la Guadeloupe et les communes d’Aix-en-Provence et Marseille entrent dans cette catégorie, la dernière avant le passage en « état d’urgence sanitaire ».

Le préfet a accepté de décaler à dimanche soir la fermeture des bars-restaurants dans la métropole marseillaise.

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