La restauration livrée contracte des engagements de réduction, de réemploi et de recyclage des contenants

Plateformes, cuisines centrales, fabricants….19 entreprises de la restauration livrée ont signé le 15 février avec le ministère de la Transition écologique une charte de dix engagements d’action pour bannir quasi totalement les contenants et emballages à usage unique d’ici 2022-2023. Un calendrier serré qui suppose d’engager dès maintenant des expérimentations locales de solution de réemploi.

Plateformes, cuisines centrales, fabricants..., 19 entreprises actrices de la restauration livrée ont signé le 15 février avec le ministère de la Transition écologique une charte de dix engagements d'actions, concourant toutes à la disparition des contenants et emballages plastique à usage unique d'ici 2022-2023. Le document prévoit le lancement de 12 expérimentations de réemploi.

Parmi les signataires, un acteur atypique et militant, CoopCycle. Une fédération de coopératives de livraison à vélo,« sans patron et gérée démocratiquement !»

Il y a urgence ! L’application de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire prend du retard sur le calendrier. De plusieurs mois pour l’instant. D’au moins 1 an bientôt, si les opérateurs ne se mobilisent pas d’avantage. Et si l’Etat n’assume pas ses responsabilités. En les accompagnant en amont. Et en contrôlant, voire sanctionnant, en aval.

Chacun de nous, en effet, observera que le plastique jetable continue de remplir les sacs de livraison et les conteneurs à poubelles… La loi  du 10 février 2020 fait pourtant obligation aux opérateurs, à compter du janvier 2021, de ne plus utiliser les boites en polystyrène expansé. Pour ne prendre qu’un exemple…

En juillet 2020, six mois avant l’échéance du 1er janvier, Bruno Poirson avait déjà convoqué les plateformes de livraison. L’ex secrétaire d’Etat à la Transition écologique donnait trois mois à Deliveroo, Uber Eats, Just Eat et autres Sushi Shop pour leur présenter leur stratégie zéro déchet. Autrement dit, leur plan d’action décrivant leurs mesures de réduction, de réutilisation et de recyclage des conditionnements.

Rendez-vous était pris pour octobre 2020. Il n’a finalement eu lieu que le 15 février 2021. Les choses ont peu avancé entre temps. En dehors de rares expérimentations, le coeur du marché n’a pas vraiment bougé.

Barbara Pompili, la nouvelle ministre, a voulu remettre les pendules à l’heure. Elle a réuni cette fois, non seulement les plateformes. Mais aussi les producteurs de repas. Les fabricants de contenants et emballages. Et les prestataires de service de réemploi. Non pour les sermonner. Mais pour les enjoindre de s’engager concrètement sur un calendrier d’objectifs et d’expérimentations. Calendrier qui fait l’objet d’une Charte d’engagements détaillés, signée finalement par dix neuf entreprises.

Dix objectifs-actions pour quatre priorités : « Réduire, Réemployer, Recycler, Sensibiliser-Communiquer »

Cette Charte (lire son document) planifie 10 objectifs-actions, structurés autour de quatre priorités. « Réduire, réemployer, recycler, sensibiliser et communiquer ».

La charte fixe, par exemple, trois caps pour réduire les déchets. Le 1er mars 2021 pour cesser de livrer des couverts et des sauces. Le 1er janvier 2022 pour atteindre 50 % d’emballages livrés sans plastique à usage unique (1er janvier 2023 pour atteindre 70 %). Et le 1er janvier 2023 pour bannir les sacs plastiques fournis par les restaurants aux livreurs.

Trois caps également pour le réemploi. Lancer dès le 1er semestre 2021 12 expérimentations (décrites ci-dessous). Passer d’ici le 1er janvier 2023 à 100% de contenants réemployés livrés en restauration d’entreprise. Objectifs assortis de conditions de faisabilité (avoir des modèles technico-économiques validés, principalement). Et enfin, d’ici janvier 2023 également, substituer 70 % de bacs réutilisables aux emballages jetables de logistique. Ceux utilisés pour les regroupements entre cuisines, entrepôts et points de livraison.

Comité de suivi et bilan semestriel des avancements

S’agissant du recyclage, les deux objectifs fixés sont là aussi d’application rapide. Dès le 1er juillet 2021, les opérateurs devront avoir banni les résines plastiques les plus problématiques à recycler. A savoir le PVC, les polystyrènes, les PET opaque et les « complexes ». Ces emballages. Enfin, dès le janvier 2022,  cuisines, fournisseurs et plateformes devront utiliser 100 % des contenants et emballages recyclables. Objectif là aussi ambitieux qui suppose partout en France, l’existence de filière de collectes et de recyclage.

Un programme aussi ambitieux et complexe justifie une veille. Le ministère de la Transition écologique va instaurer un comité de suivi, qui se réunira régulièrement, promet-il. Il communiquera tous les six mois un état d’avancement des engagements. Le ministère animera la démarche et accompagnera les expérimentations de réemploi, avec l’appui de l’Ademe.

Ce dispositif sera-t-il suffisant pour bannir d’ici trois ans les quelque 600 millions d’emballages uniques utilisés chaque année dans la restauration livrée ? Il est permis d’en douter. Il était important malgré tout que l’Etat s’assure au moins que des pionniers montrent la voie.

Mais la restauration livrée n’est pas la seule grande utilisatrice de plastique à usage unique. C’est aussi le cas de la restauration collective, un géant qui sert 3,6 milliards de repas par an. Quant la restauration livrée n’en pèse encore que 200 millions. Le ministère de la Transition écologique n’a pas fait savoir s’il comptait également accompagner ce secteur. Qui dépend également pour beaucoup des collectivités territoriales et hospitalières.

Des expérimentations sont en cours, dans ce secteur aussi. Notamment avec le fabricant Arc qui a conçu des bacs gastronormes en verre pour la restauration scolaire. Ainsi que des contenants So Urban pour la restauration d’entreprise. HR-infos vous en parlera dans les mois à venir.

 

Les 19 acteurs du secteur de la restauration livrée signataires de cette charte

  • 4 plateformes intermédiation : Uber Eats, Deliveroo, Tiptoque, CoopCycle, Stuart
  • 6 « restaurants virtuels » opérant d’une cuisine centrale : Frichti, Nestor, Popchef, Foodchéri, Foodles, Saveurs et Vie
  • 5  porteurs de solutions de réemploi dans la restauration livrée : Uzaje, Green Go, Reconcil, En boite le plat, Pyxo
  • 3 fabricants et fournisseurs d’emballages ou contenants : Metro, Pyrex, Arc International

Les 12 expérimentations de réemploi

Sauf indication contraire, elles seront déployées à partir du 1er semestre 2021.

Pour le segment des livraisons aux particuliers
  1. Uber Eats testera au 1er semestre 2021 un modèle où le client apporte son propre contenant au restaurant (vente à emporter)
  2. Uber Eats expérimentera un modèle de consigne en partenariat avec Bioburger
  3. Deliveroo mènera une expérimentation de réemploi dans un ou plusieurs restaurant(s) en Ile-de-France. Via un modèle où le client final apporte son propre contenant.
  4. Deliveroo sondera ses principales entreprises clientes via une communication dédiée quant à leur intérêt pour le déploiement d’un système de réemploi
  5. Saveurs et vie, dans le cadre de son obligation réglementaire au 1er janvier 2022 pour ses services sur abonnement, s’engage à mener des tests de modèles de réemploi des contenants, en partenariat avec Uzaje, dans plusieurs centres communaux d’action sociale (CCAS) d’Ile-de-France à partir de mars 2021.
  6. CoopCycle s’engage à continuer à déployer le recours au réemploi. Sur le modèle adopté par les Coursiers montpelliérains  en partenariat avec LoopEat.
Pour le segment des livraisons en entreprises
  1. Popchef s’engage à mener une expérimentation, en partenariat avec Pyxo, au sein d’une entreprise cliente basée à Puteaux (92) servant une centaine de repas par jour.
  2. Foodles s’engage à mener une expérimentation en Ile de France à partir du 1er mars 2021 pour une durée de 4 semaines, en partenariat avec Pyxo et Uzaje, auprès de 6 entreprises clientes.
  3. Frichti s’engage à débuter un pilote en février 2021, sur un point de vente situé dans le 11ème arrondissement de Paris livrant plus d’une centaine de plats par jour. Ce pilote se fera grâce à l’accompagnement logistique de GreenGo.
  4. FoodChéri s’engage à mener en 2021 une ou plusieurs expérimentations dans des entreprises clientes en Ile-de-France dans lesquelles une centaine de repas par jour seront servis.
  5. Nestor s’engage à réaliser une expérimentation en région parisienne au sein d’une PME dans laquelle a été déployée une offre de livraison en entreprise, au cours du premier semestre
    2021, pendant une durée de 1 mois.
  6. Tiptoque s’engage à continuer de déployer en 2021, l’utilisation de contenants en dur et ré-employables, pour des prestations régulières  dans 2 entreprises clientes en Ile-de-France

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