Les liquidations d’entreprises dans la branche H&R : le grand soir, ce sera pour plus tard

Jamais le nombre de mise en liquidations judiciaires d’Hébergements touristiques et de Restaurants ne fut aussi faible qu’en 2020, révèle Altarès, au vu des jugements des Tribunaux de commerce. Pourtant, jamais leurs difficultés financières n’ont été aussi fortes. Le « Quoi qu’il en coûte » et son arsenal de mesures de soutien ont évité la faillite de la branche. Et 40 000 entreprises se sont encore créées l’an dernier. Mais avec la fin progressive des aides, dès la reprise du marché amorcée, les risques de défaut de paiement vont fortement s’accroître.

Jamais le nombre de mise en liquidations judiciaires d'Hébergements touristiques et de Restaurants n'avait été aussi faible qu'en 2020, révèle Altarès, au vu des jugements des Tribunaux de commerce. Pourtant, jamais leurs difficultés financières n'ont été aussi fortes. Le "Quoi qu'il en coûte" et son arsenal de mesures de soutien ont évité la faillite de la branche. Et 40 000 entreprises se sont encore créées l'an dernier. Mais avec la fin progressive des aides, dès la reprise du marché amorcée, les risques de défaut de paiement vont fortement s'accroître.

Plus gros sinistre de l'année 2020 dans l'H&R, celui de Serare, maison mère de Courtepaille (2534 salariés). Un redressement judiciaire provoqué par son propriétaire, le fonds britannique ICG, pour accélérer la vente du réseau. Processus achevé fin septembre avec la cession à Buffalo Grill, qui s’était engagé à reprendre 89 % des effectifs. En photo : le Courtepaille de l'hôtel ibis de Reims - Tinqueux.

Elle plie de plus en plus mais ne rompe toujours pas ! La branche reste à l’abri d’une déferlante de faillites. Le dernier baromètre trimestriel d’Altares montre un reflux constant des redressements et des liquidations judiciaires. D’un trimestre à l’autre. Et d’une année sur l’autre.

Alors que bon nombre «d’experts» et de lobbies anticipait une explosion des dépôts de bilan en fin d’année, c’est le phénomène inverse qui se produit. Une lecture même rapide des tableaux ci-dessous le démontre aisément. Sur l’ensemble de l’année 2020, les tribunaux de commerce auront prononcé 3 089 liquidations contre 4 607 en 2019 et 4 948 en 2018. Soit une baisse de 33 % sur 1 an et de 38 % sur 2 ans.

Seule légère ombre au tableau, le taux de liquidations judiciaires augmente sensiblement en 2020. Elles touchent désormais 69 % des hôtels « défaillants » (versus 61 % en 2019) et 72 % des restaurants (vs 66 %) et des débits de boissons (vs 68 %).

Les observateurs s’inquiétaient, à raison, de la situation financière des hôtels. Pour autant, ces derniers n’ont enregistré que 44 défaillances au cours du dernier trimestre 2020. C’est 36 % de moins qu’1 an plus tôt. Et on pourrait multiplier à l’envie les exemples.

Ainsi dans la Restauration, objet de toutes les craintes. Au final, seulement 1868 restaurants traditionnels entrèrent en procédure l’an dernier (-39,2 %). De même que 1 300 établissements de restauration rapide (-40,7%). Les traiteurs, les premiers touchés par la crise, ont été 110 à passer la porte du tribunal (-29,2 %). Quant aux débits de boisson, on en recense 700 (- 39,4 %) sous procédure.

L’heure de vérité avec la fin programmée des aides

Aides, indemnisations, moratoires, suspension des assignations en justice (les Urssaf y ont renoncé depuis le début de la pandémie)… Le parapluie sous lequel les HCR s’abritent contre les défauts de paiement et les faillites démontre donc une bonne étanchéité. Mais cette couverture contre les pépins n’a pas vocation à être déployée pendant de longs mois encore.

Sauf nouveau coup de théâtre, la crise sanitaire du Covid-19 pourrait s’achever au cours du troisième trimestre 2020. Les mesures de soutien ne devraient pas leur survivre, du moins sous leur forme actuelle.

L’activité touristique reprendra simultanément mais graduellement. Avec la clientèle domestique d’abord. Avec les visiteurs internationaux ensuite, continentaux puis extra-européens. Le gouvernement devra donc faire preuve de beaucoup de doigté dans l’arrêt progressif de ces aides massives. Quitte à réorienter certaines vers les entreprises les plus viables, les mieux adaptées à une reprise durable.

Les entreprises ne ressortiront pas de la crise du Covid-19 dans la situation financière où elle se trouvait avant la pandémie. La question de la pérennité des plus fragiles, maintenues artificiellement en vie depuis 12 mois, se posera avec acuité. Dans la plupart des secteurs, Altares anticipe pour 2021 et plus encore pour 2022, une très forte augmentation des défauts de paiement et des faillites. La filière Tourisme n’y échappera pas.

Net recul des défaillances dans tous les secteurs
mais le taux de liquidations passe de 66 à 72 %

Sauv. : procédures de sauvegarde
RJ : redressements judiciaires
LJ : liquidations judiciaires
Lecture :  En 2020, les défaillances d’entreprises ont diminué de 38,4% dans la branche par rapport  à 2019.  Elles ont baissé d’environ 39 % dans la Restauration et les Débits de boissons. Et de 25,5 % dans les Hébergements..
Source du tableau : Altares – retraitement HR-infos

Un recul quasi général des défaillances au 4 ème trimestre,
à l’exception de 2 sociétés de restauration collective supplémentaires

Lecture : Dans l’Hébergement, le nombre de défaillances a baissé de 36 % au quatrième trimestre 2020 par rapport au troisième trimestre 2020. Dans la Restauration traditionnelle , elles ont reculé de 45 %.

Source des deux tableaux : Altares – retraitement HR-infos

Des données réputées fiables et exhaustives provenant des sources judiciaires

Altares comptabilise l’ensemble des entités légales disposant d’un numéro Siren. A savoir entreprises individuelles, professions libérales, sociétés et associations. Elle comptabilise également celles ayant fait l’objet d’un jugement d’ouverture de procédure prononcé par un Tribunal de Commerce ou de Grande Instance.
Altares collecte par ailleurs l’ensemble des jugements auprès des greffes de ces Tribunaux. L’entreprise est également licenciée officiel du B.O.D.A.C.C.

Thierry Millon, directeur des études chez Altarès

«Les adaptations juridiques, administratives et soutiens en trésorerie ont permis aux entreprises de se prémunir du défaut de paiement, sans quoi le pire était à redouter. Les précédents records de défaillances, proches de 65 000, auraient été largement dépassés.

“Le plus dur est devant nous” rappelait Bruno Lemaire début janvier. Naturellement nous devons anticiper une forte augmentation du nombre de défaillances au regard de 2020 ; a minima un retour à la situation de 2019 (52 000) et probablement davantage si aux accidentés du Covid devaient s’ajouter un grand nombre des 20 000 entreprises épargnées de 2020.

La question est donc de savoir s’il est possible d’amortir le choc, de permettre un retour progressif à la normale en débranchant graduellement les aides à destination de certaines entreprises et en renforçant l’accompagnement d’acteurs viables.

Enfin, 2021 mais aussi 2022 verront le risque de défaut de paiement s’accroitre fortement pour des milliers d’entreprises, provoquant un autre risque pour les fournisseurs : celui de la propagation de la défaillance des clients. Gare à l’effet domino ! »

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