Ecologie, solidarité, insertion…, Babel, un hôtel en missions à Belleville

Situé dans un quartier populaire et sans frontières, Le Babel est le premier hôtel de France à avoir obtenu le statut d’entreprise à mission. Sa « raison d’être », oeuvrer à un tourisme solidaire et durable, repose sur trois engagements. Celui d’agir pour la transition énergétique, dans l’équipement et l’exploitation de ses chambres et de son restaurant. De prioriser son milieu de vie économique et sociale, en faisant appel à des fournisseurs locaux et eux-mêmes et à des associations d’insertion et de lutte contre les discriminations. Et de veiller au bien-être professionnel de ses collaborateurs.

Le Babel est le premier hôtel de France à avoir obtenu le statut d'entreprise à mission. Sa « raison d’être », oeuvrer à un tourisme solidaire et durable, repose sur trois engagements. Celui d'agir pour la transition énergétique, dans l'équipement et l'exploitation de ses chambres et de son restaurant. De prioriser son écosystème, un quartier populaire et multi culturel, en travaillant avec des fournisseurs locaux eux-mêmes engagés et des associations d'insertion et de lutte contre les discriminations. Et de veiller au bien-être professionnel de ses collaborateurs.

L'équipe du Babel (31 chambres à partir de 120 euros, 70 couverts en intérieur, 30 en terrasse, menu à 18 et 22 € le midi, environ 30 euros à la carte le soir) reflète la mixité et le multiculturalisme qui font encore la singularité du quartier de Belleville (Paris 20 ème). A gauche, le directeur qui prend un selfie, William Attal. Photo montage HR-infos d'après photos de Benoît Linero.

La mission était préparée de longue date… !  L’idée, soufflée par sa soeur, avait germé dans le crâne de Joris Bruneel, 42 ans, instigateur et associé de l’hôtel bar-restaurant Babel, avant que ne survienne le Covid-19. La crise n’a fait que renforcer sa conviction.

Le 27 décembre 2021, trois mois après son ouverture, le Kbis du Babel, issu de la transformation complète d’un Hipotel, était mis à jour pour intégrer officiellement le statut d’entreprise à mission.

S’il s’agit ici de sa première « mission », Bruneel avec le Babel n’en est pas à son premier hôtel. Mais c’est en tout cas le premier à qui il donne une identité propre. Et surtout, un supplément d’âme, de sens, de valeurs.

Auparavant, cet HEC et fils d’hôtelier avait exercé cinq ans dans le département fusions-acquisitions du groupe Accor. Avant de créer en 2013, fort de cette expertise,  myhotels, spécialisé dans l’acquisition d’hôtels et la gestion d’actifs hôteliers. Le groupe compte aujourd’hui 18 hôtels en France, dont 5 à Paris. Principalement des franchises Accor, essentiellement ibis et Mercure, complété par un  Best Western et  un Campanile.

Produits locaux par des cuisiniers locaux pour une cuisine melting-pot, sous épices de la route de la soie

HR-infos a déjà décrit dans le détail le concept de société à mission, en relatant l’initiative pionnière de Restoria, premier groupe de restauration à partir en mission. Outre des engagements formels, ce statut prévoit une double vérification de leur tenue. Par un comité de mission interne. Et par une organisme tiers indépendant. L’un et l’autre s’assurent également de la cohérence des projets de l’entreprise avec sa mission.

On retrouve chez Babel des préoccupations et des ingrédients similaires. Dans le fait, par exemple, de travailler, autant qu’il est possible, avec des fournisseurs locaux. C’est le cas, notamment, pour son café fourni par la Brûlerie de Jourdain. Pour ses thés et infusions en provenance chez Kodama. Pour les spiritueux de la Distillerie de Paris. Les pains et les viennoiseries du côté de chez Sain. Les fruits choisis à l’épicerie Zingam. Les viandes fournies par la boucherie Chez André… S’ajoute à cela la contribution de Cuisine Mode d’Emploi(s), l’école fondée par le Chef Thierry Marx, installée aussi dans le 20ème. Ses élèves en réinsertion professionnelle fournissent à Babel les pains spéciaux et leur réputée babka au pesto.

Mais qu’ils soient locaux, régionaux ou nationaux, ses fournisseurs doivent démontrer au Babel leur propre engagement. Son restaurant, qui a obtenu le label Ecotable (niveau 3, le plus élevé), et cuisine en « fait maison », privilégie les produits locaux et de saison, l’élevage extensif, la pêche durable, l’agriculture bio et paysanne, le commerce équitable…

« Babel social club »

Le recrutement chez Babel privilégie aussi les embauches de proximité. Ne serait-ce que pour faire gagner du temps de transport aux salariés. Serveurs, cuisiniers et chefs sont en majorité des Bellevillois et des Bellevilloises. A l’image de Lucie Noppe, en salle. Et du chef Sofiane Sadi Haddad. Joris Bruneel assure que tous les salariés sont payés au-dessus du Smic. L’engagement prévoyant également un écart maximal de salaires de 1 à 7 (le ratio actuel étant bien inférieur).

Le Babel se targue également d’un partenariat « d’ampleur » noué avec le Refugee Food Festival. Haitham Karajay, chef syrien réfugié en France depuis 2017 et issu du programme, accompagne depuis l’ouverture les chefs en cuisine. Parité oblige si l’on peut dire, Bruneel est par ailleurs associé, pour le restaurant, avec Clarie Feral Akram. Cette cheffe franco-afghane passée par l’Ecole Ferrandi a placé sa carte sous le thème de la « route de la soie ». Une cuisine basée sur un mélange d’épices, d’influences indiennes, iraniennes, turques ou encore syriennes.

Dernière initiative de quartier, emblématique de cette sorte de « Babel social club ».. Chaque samedi midi, des  « Mammas du quartier » investissent sa cuisine. Ces mères de famille regroupées dans l’association CIP20 aiment y mitonner couscous, pastilla, tajine, chakchouka berbère ou kabuli pulao Afghan…

Les chambres sous la Clef verte

L’hébergement n’est pas en reste d’initiative vertueuse. Mais la première vertue de ses 31 chambres (signées par l’ Atelier Daphné Desjeux), c’est leur charme vraiment singulier et unique dans l’hôtellerie contemporaine.

La patine de leurs murs, le mobilier chiné, les hautes têtes de lit, la diversité des tissus, les photos sépias de voyages, les collections d’objets venant d’Inde… tout concourt à un dépaysement complet. Chaque chambre réunit près 120 références produit différentes.

Et pourtant, elles n’ont pas d’écran TV, c’est délibéré. Et leurs occupants ne risquent pas de glisser dans leurs baignoire, elles en ont également été bannies. Par souci d’économiser l’eau (et sans doute les surfaces, les chambres étant assez petites).

Des économiseurs d’eau sont par ailleurs placés sur les robinets et les douches. Les ampoules sont évidemment à LED basse consommation. Dans le même but d’économiser l’énergie, chambres et parties communes possèdent des minuteurs et des détecteurs de présence.

Pas d’usage unique non plus dans les chambres et leur pièce d’eau. Par ailleurs, les draps sont en coton bio, avec un blanchissage, assure Joris, qui réduit l’empreinte environnementale. Enfin, tous les produits d’entretien sont écolabellisés Ecocert.

Tout ceci et quelques autres dispositifs (tri déchets, récupération des bio déchets, consignes…) ont valu à l’établissement de décrocher assez rapidement le label Clef Verte.

Et l’hébergement, lui aussi, prend sa part de solidarité. Le Babel met en effet à disposition  « une chambre suspendue », pour venir en aide à des personnes en situation d’urgence signalées par des structures locales.

Toutes les photographies sont de Benoît Linero.

Une partie de l’équipe du Babel

Parmi eux, de gauche à droite : William Attal, le directeur de Babel (sur la gauche, avec le bonnet), Sofiane Sadi Haddad (chef de Babel, accroupi, crâne rasé),  Karajay (chef en résidence, syrien, du Refugee Food Festival, accroupi avec des lunettes) et Clarie Féral – Akrame (co-fondatrice de Babel, debout à droite).

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