Le revenu minimal horaire brut garanti des livreurs indépendants passera de 11,25 euros à 19 euros à compter du 1er septembre 2026. Ceci en vertu de la signature le 10 juillet par les partenaires sociaux représentatifs de la branche d'activité d'un avenant à l’accord collectif du 20 avril 2023 instaurant une garantie minimale de revenus pour les livreurs indépendants utilisant une plateforme de mise en relation. Cette garantie sera désormais appréciée sur une période hebdomadaire, plus favorable pour le livreur que le calcul par mois appliqué jusqu'à maintenant.
Il y avait urgence, tellement les revenus des livreurs avaient reculé depuis 2021. De plus de 22 % chez Uber Eats, par exemple. C’est ce que révèlaient au printemps 2026 les principaux indicateurs d’activité synthétisés et mis à jour par l’ARPE (Autorité des Relations sociales des Plateformes d’Emploi), sur la base des données fournies par les plateformes elles-mêmes.
L’accord signé le 10 juillet par les organisations représentatives de travailleurs indépendants, Union-Indépendants et la FNAE, ainsi que par l’Association des plateformes d’indépendants (API), dont sont membres les leaders Uber Eats et Deliveroo devrait enrayer cette spirale baissière provoquée à la fois par l’inflation, l’allongement à la fois des prestations et du temps d’attente entre celles-ci.
L’avenant prévoit en premier lieu une revalorisation très sensible du revenu minimum horaire brut : 19 euros/heure à compter du 1er septembre. Soit une hausse de 61,7 % (11,75 euro). Le coût de cette revalorisation serait de 50 millions d’euros annuels pour les plateformes.
Cette garantie de revenu est désormais appréciée sur une période hebdomadaire, plus favorable aux livreurs que le calcul par mois.
Par ailleurs, Les pourboires ne sont plus inclus dans le calcul de la rémunération (contrairement à l’accord de 2023).
Négociations sur une formule horo-kilométrique et sur la santé et la sécurité des livreurs
L’accord prévoit en outre une révision annuelle, ou avant en cas d’événement exceptionnel. Par exemple, une hausse de l’inflation. Ou une dégradation du pouvoir d’achat.
L’avenant prévoit également la mise en place d’un comité de suivi composé des représentants des organisations de travailleurs signataires, afin de veiller à l’application de l’accord et d’en apprécier l’efficacité.
Il prévoit aussi la poursuite des négociations pour l’amélioration du dispositif au moyen d’une formule horo-kilométrique à laquelle les syndicats de livreurs sont très attachés.
Au-delà de cet avenant, les partenaires sociaux ont convenu de poursuivre leurs travaux en septembre, avec la reprise des négociations en cours sur les désactivations de comptes (en cas de soupçons de fraudes), mesures jugées brutales par les syndicats.
Autre chantier d’importance, l’ouverture d’une nouvelle négociation consacrée à la santé et à la sécurité des livreurs. Une étude menée par Médecins du Monde à Bordeaux et à Paris auprès de 1 000 livreurs avait révélé un état de santé « très dégradé » et une « situation médico-sociale alarmante ».
Une requalification possible en salariés
Ces négociations sont sans doute aussi le prélude à un prochain cadre réglementaire. L’Union européenne, en effet, a adopté fin 2024 une législation pour renforcer les droits de ces travailleurs. Elle prévoit de requalifier comme salariés nombre de livreurs. Et d’instaurer de nouvelles règles, droits et devoirs en matière de management algorithmique.
Chaque Etat membre devra mettre en place un mécanisme de présomption de salariat afin de faciliter, de manière effective, la détermination du statut des travailleurs
Un texte que la France doit transposer dans son droit national avant le 2 décembre 2026.
Joël Blondel, directeur général de l’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE)
« Dans un contexte où les revenus des livreurs sont globalement en baisse depuis 2021, comme le documentent notamment les rapports de l’ARPE, la revalorisation de la garantie minimale de revenus constituait un enjeu central du dialogue social dans le secteur de la livraison.
La signature de cet avenant marque une étape importante dans la construction progressive de garanties collectives adaptées aux conditions d’exercice des travailleurs indépendants des plateformes. »
Fabien Tosolini, délégué national d’Union-Indépendants
« C’est un point d’étape, mais pas l’objectif final. »
Extrait de notre article publié le 27 avril 2026
Les revenus et les conditions de travail des livreurs de plateforme avaient continué de se dégrader en 2025
Selon le dernier bilan de l’ARPE, le revenu horaire brut des coursiers indépendants poursuit sa baisse chez Deliveroo et Stuart. Seul Uber Eats progresse grâce à un revenu minimum, malgré une dégradation de plus de 20 % de la rémunération sur les cinq dernières années.
L’autorité française de régulation des plateformes de livraisons constatait en avril 2026 que le revenu horaire des livreurs indépendants était « toujours sous pression » en 2025 et en baisse sur toutes les plateformes analysées à l’exception d’Uber Eats.
Le britannique Deliveroo voit ainsi la rémunération horaire brute de ses livreurs reculer de 2,4 % sur un an pour s’établir à 25,7 euros, tandis que celle des coursiers de Stuart chute de 5 % pour atteindre 22,7 euros. Chez le livreur de repas Delicity, les revenus horaires ont reculé de 0,7 % en 2025 à 35,4 euros de l’heure, le niveau le plus élevé du panel de l’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE).
Cette dernière note toutefois une inflexion de la part de la plateforme Uber Eats, qui enregistre en 2025 une hausse de 4,7 % de son revenu horaire brut en course, atteignant 21,5 euros. Il s’agit de sa première hausse de revenu horaire depuis le début des observations de l’ARPE en 2021, fruit notamment de « l’instauration en juin d’un revenu minimum par course », a affirmé à l’AFP Uber.

