Le repas à 1 euro pour tous les étudiants déployé depuis le 4 mai 2026

Concession du gouvernement aux députés socialistes lors de la négociation du budget 2026, la généralisation du repas à un euro pour tous les étudiants, sans condition de revenus, est entrée en vigueur lundi 2 mai dans les restaurants universitaires, après avoir été déjà testée pendant la crise du Covid-19. Une forte augmentation de la fréquentation est anticipée pour la rentrée de septembre. Avec des risques de saturation des infrastructures et d'allongement des files d'attente.

Le restaurant Jussieu sur campus de Lyon Tech-La Doua de l'Université Claude Bernard Lyon 1. Les Crous comptent 940 points de vente de restauration à travers la France : restaurant universitaire, cafétéria, CrousTruck, libre-service... Photo : Frédéric Chillet.

C’était une veille revendication des syndicats étudiants (Unef, Fage). Qui ne satisfaisaient plus d’un repas complet et équilibré facturé 3,30 euros pour les étudiants non boursiers. Sachant que le coût réel de ce repas approche les 9 euros.

En 2025, 667 000 étudiants boursiers et en difficultés financières bénéficiaient déjà du repas à 1 euros. Soit environ un gros tiers des 2 millions d’étudiants en France.

Le repas généralisé à 1 euro avait été testé en 2021 pendant la crise du Covid-19, jusqu’à la fin de l’année universitaire. La mesure avait été abandonnée avant d’être réintroduite de manière ciblée pour les étudiants boursiers et en difficulté financière.

La moitié des repas universitaires servis était déjà facturé 1 euro 

En 2024, sur les 46,7 millions de repas servis (à 1 € et 3,30 €), la moitié (23,35 millions) avait été servie au tarif de 1 €.

Cette mesure non ciblée, conçue au départ pour être exceptionnelle, limitée à une période de crise, fait son retour à la faveur de négociations sur le budget 2026 entre les députés socialistes qui l’exigeaient et le gouvernement, une nouvelle fois sous la menace d’une censure.

Depuis le 4 mai 2026, tous les étudiants, quel que soit leur niveau de revenus, peuvent bénéficier pour 1 euro seulement d’un repas complet (plat + 2 périphériques : entrée, ou fromage ou dessert) dans les restaurants universitaires gérés par les Crous.

Augmentation inévitable de la fréquentation et effet d’aubaine 

Les non boursiers, majoritaires dans la population étudiante, fréquentaient moins souvent les restaurants universitaires que les boursiers. Qu’en sera-t-il quand ils ne paieront plus qu’1 euro ?

Selon les estimations, la fréquentation des restos U devrait augmenter tout particulièrement lors de la rentrée de septembre 2026, période où elle est la plus élevée. Mais dans quelles proportions ?

« Il y a une vraie incertitude sur le nombre de demandes supplémentaires qu’on va avoir », a reconnu à l’AFP le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste, lors d’une visite d’un Crous à Amiens.

Mais il est possible aussi que certains non boursiers qui fréquentaient assidument leur restauration universitaire le fassent moins. Comme le suggère ce témoignage recueilli par l’AFPTV.

« Je vais 20 fois par mois ici. Ca fait 60 euros environ. Alors que là, je vais payer 20 euros. Donc ça fait 40 euros en moins, pour sortir, pour aller au restaurant » a témoigné au Crous de Paris « la Halle aux farines », Alexandre Ioannides, étudiant en double licence, âgé de 18 ans.

Des recrutements calculés sur une affluence de 12 % de non boursiers en plus 

Le gouvernement a bel et bien anticipé une augmentation de la fréquentation et donc des coûts.

Pour 2026, il budgétise 50 millions d’euros. A la fois pour compenser le manque à gagner – le coût réel d’un repas est d’environ 8 à 9 euros -. Pour recruter 204 agents équivalents temps plein, chiffre calculé sur une affluence de 12% d’étudiants non boursiers en plus. Et également pour investir (5 millions d’euros) dans du matériel de restauration. Une enveloppe jugée insuffisante par les organisations syndicales.

« Ce sous-financement se répercutera sur les conditions de travail des personnels du réseau des œuvres, et sur les étudiants, qui ne pourront pas forcément accéder au repas à un euro, faute de structures nécessaires, faute de personnels nécessaires, faute de moyens nécessaires« , dénonçait déjà l’Unef dans un communiqué publié le 4 mai.

« On ne veut pas mettre en danger les personnels des restaurants universitaires en les faisant surtravailler »  ni « dégrader la qualité des repas » , « on est vigilant là-dessus, a voulu rassurer Philippe Baptise, promettant 120 millions d’euros pour cette mesure en 2027.

Le repas à 1 euros réservé depuis 2020 aux boursiers a déjà produit ses effets.  Les restaurants universitaires qui servaient 40 millions de repas avant la crise sanitaire en servaient en 2025 près de 45 millions. Des flux supplémentaires qui ont un impact sur la charge de travail des personnels et sur la qualité de service.

Des risques de saturation qui aboutiraient à évincer les boursiers 

Pour Thierry Bégué, directeur général du Crous de Paris, justement, « le véritable sujet, ce sont les files d’attente ». « On va massifier le recours à Izly (application de paiement pour les étudiants), quatre fois plus rapide qu’en carte bancaire », a-t-il assuré.

Selon lui, le Crous de Paris sert 3,5 millions de repas par an et pourrait désormais en vendre 300 000 à 500 000 de plus.

L’Etat semble conscient d’un risque de saturation des infrastructures, en terme de capacité d’accueil, de capacité de stockage, de quantité de repas à servir, de files d’attente…

L’enveloppe budgétaire prévue suffira-t-elle à éviter ces risques ? Ou l’Etat devra-t-il  rapidement rajouter au pot ? Dérapage typique des mesures non ciblées.

Autant de menaces qui pourraient à aboutir à dissuader les étudiants, boursiers en premier lieu, à renoncer à prendre leur repas universitaires à 1 euro, faute de conditions matérielles décentes pour les consommer. Un comble !

Faits et chiffres clefs sur la Restauration universitaire en France
  • 961 points de vente gérés avec 7 500 agents par 26 Crous (Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires)
  • En 2025, plus de 44 millions de repas servis dans les structures gérées par les Crous (+1,4 % par rapport à 2024)
  •  la moitié de ces repas servis au bénéfice des étudiants boursiers et précaires.
  • En 2025, 30 % des passages en caisse s’effectuaient entre 12h00 et 12h30
  • et 25 % sur la plage 12h30 – 13h00 .
  • Les tarifs avant le 1 euro généralisé : 3,30€ ou 1€ pour les étudiants boursiers ou en situation de précarité.
  • 8 étudiants sur 10 recommandent la restauration Crous (enquête novembre 2025 auprès de 58 000 personnes)
  • Note moyenne attribuée : 6,8 sur 10 (+0,6 par rapport à 2024)
Deux affiches d’information expliquant le mode d’emploi du repas à 1 euro
dans les restaurants universitaires…
AFFICHE-A3-menu-a-6-points-2026-bd
… Et dans les cafétérias 
AFFICHE_Repas_1_euro-_CAFETERIA

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