Marc Veyrat est le premier chef à attaquer le Guide Michelin à la suite de la perte de sa troisième étoile. Et il fut aussi le premier à la perdre 1 an seulement après l'avoir obtenue. Ici le chef savoyard lors de son passage sur le plateau de l'émission les Grandes Gueules en juillet 2019.

Nouvel épisode de l'attaque en règle menée contre le guide Michelin par le chef de la Maison des Bois à Manigod (Haute-Savoie) depuis la perte de sa troisième étoile dans l'édition 2019 du guide rouge, 1 an seulement après l'avoir obtenue. Offensive médiatique entamée le 10 juillet, mais désormais également judiciaire.

Lundi 23 septembre, l'avocat de Marc Veyrat, Emmanuel Ravanas, a indiqué à l'Agence France Presse que le chef cuisinier allait poursuivre en justice le guide Michelin pour "que toute la lumière soit faite sur les raisons exactes du déclassement" de son restaurant. Et son conseil d'expliquer que cette rétrogradation n'avait fait l'objet "d'aucune notification ou alerte préalable".

"Depuis des décennies, Marc Veyrat est habitué à ce que sa cuisine soit notée, évaluée, comparée et il sait bien que l'on n'est pas propriétaire à vie de ses étoiles (...) Il assume tout, pourvu que la critique soit rigoureuse", poursuit le conseil de Marc Veyrat.

Maître Ravanas assure que le chef a cherché "amiablement" à connaître "les raisons objectives de cette décision qui l'affecte tant à titre personnel que professionnel" et affecte "surtout l'indéfectible engagement de ses équipes au service de la cuisine de montagne". Mais il n'a reçu que des "réponses approximatives", déplore-t-il. Et de prendre pour exemple le fait qu'on ait reproché au chef d'avoir servi du cheddar alors que selon Emmanuel Ravanas, Marc Veyrat "depuis ses débuts travaille passionnément avec des produits savoyards".

En juillet, arguant qu'il ne recevait pas les factures ou notes de réunion des inspecteurs du guide comme il l'avait réclamé, le chef cuisinier demandait à ne plus figurer dans le guide. Le nouveau directeur international des guides Michelin, Gwendal Poullenec, lui répondait le 12 dans les colonnes du journal Le Monde : "les étoiles du guide Michelin n'appartiennent pas aux chefs, il ne lui appartenait pas de les rendre, déclarait-il. Nous ne retirons pas le restaurant La Maison des Bois du guide Michelin, poursuivait-il. Si l’établissement demeure ouvert et que nos inspecteurs évaluent la table au niveau d’une de nos distinctions, nous continuerons à la recommander. »

Puis le 23 juillet, Gwendal Poullenec dévoilait les factures des repas pris en 2017, 2018 et 2019 par les inspecteurs salariés du groupe Michelin à la Maison des Bois ainsi que des notes de frais de leur déplacement sur place. Factures et notes de frais certifiées par un huissier. La production de ces documents comptables apportant un démenti aux déclarations du chef laissant entendre que son établissement n'avait pas ou peu été inspecté.

Dans une lettre publiée dans l'hebdomadaire Le Point mercredi 10 juillet, Marc Veyrat, 69 ans, annonçait vouloir se retirer du guide Michelin auquel il reproche une "profonde incompétence". Il laisse entendre que ses inspecteurs ne seraient pas venus chez lui, qu'ils lui auraient reproché d'avoir mis du cheddar dans son soufflé au fromage alors que ce n'était pas le cas. Dans cette lettre, il écrivait : "Je suis en dépression depuis six mois. Comment osez-vous prendre en otage la santé de vos cuisiniers ?"

Le chef a justifié lui-même cette procédure judiciaire au micro de franceinfo. "J’ai été déshonoré par la décision du Guide Michelin", a-t-il estimé. "Ce n'est pas une blessure, c'est pire qu'une blessure. C'est une offense profonde. J'ai fait une dépression. J'ai vu pleurer mon équipe. Pour moi, c'est irréparable", a ajouté Marc Veyrat, disant vouloir ainsi forcer le Guide Michelin à prouver les motifs qui l’ont conduit à le priver de sa 3e étoile.

L'audience en référé (procédure d'urgence) devant le TGI de Nanterre est prévue le 27 novembre. (Article actualisé le mercredi 25 septembre).

La réponse du Guide Michelin

Dans une déclaration à l’AFP (23 septembre 2019), le Guide Michelin a pris acte de cette procédure judiciaire, tout en regrettant les « accusations » portées par le chef.

« Huit mois après la publication du guide Michelin et trois mois après avoir proféré un ensemble d’accusations contre les conditions de cette évaluation, Monsieur Veyrat a décidé de saisir la justice, non pas sur le fond, pour nous reprocher une quelconque faute mais pour réclamer des pièces pour l’aider à fonder une accusation. Cette démarche illustre le fait qu’il ne disposait d’aucun élément au moment où il formulait ses accusations et jusqu’à ce jour. »
« Nous comprenons la déception de Monsieur Veyrat dont nul ne conteste le talent même si nous regrettons sa persévérance déraisonnable à accuser et à communiquer bruyamment. Nous voulons rappeler que notre premier devoir consiste à informer les consommateurs ce qui nous a amenés à revoir notre recommandation. Nous allons étudier ses demandes avec attention et y répondre sereinement. »

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