Un risque plus élevé de transmission du Covid-19 lors des repas pris en milieu privé et public

Première du genre en France, l’étude ComCor menée par l’Institut Pasteur en octobre-novembre sur les lieux et les circonstances des nouvelles contaminations conclue à un risque élevé de transmission du virus lors des repas, qu’ils se prennent en milieu privé (familial, amical) ou public (cafés, restaurants…). Pour les syndicats professionnels des HCR, l’étude Pasteur est dénuée de preuves scientifiques justifiant les fermetures des bars et restaurants.

Première du genre en France, l’étude ComCor menée par l'Institut Pasteur en octobre-novembre sur les lieux et les circonstances des nouvelles contaminations conclue à un risque élevé de transmission du virus lors des repas, qu’ils se prennent en milieu privé (familial, amical) ou public (cafés, restaurants...). Les organisations professionnelles ont contesté sa valeur scientifique.

Le siège de l'Institut Pasteur à Paris. Présent dans 25 pays sur tous les continents, le Réseau International des Instituts Pasteur (RIIP) réunit 32 établissements. Ses missions : la recherche, la santé, l'innovation et l'enseignement.

L’étude tombe tardivement. Elle était indispensable mais elle ne lèvera pas tous les doutes. Les chercheurs de Pasteur, eux-mêmes, avaient reconnu ses limites. Elle couvre, en effet, exclusivement la dernière période du couvre-feu (17 au 30 octobre) et le début du confinement partiel (1er au 3 novembre). Par ailleurs, son échantillon de personnes infectées n’est pas nécessairement représentatif de l’ensemble de malades de la Covid-19.

ComCor, par conséquent, n’a pas échappé aux critiques. Ni même surtout aux dénégations de professionnels des HCR qui se sont sentis « stigmatisés ». Dénégations émanant, en premier lieu, des milieux professionnels représentant les bars, restaurants et salles de sport. Autrement dit les types d’établissements dont la fréquentation occasionnerait selon l’étude un « sur-risque » de contamination.

Les deux tiers des interrogés savent comment et par qui ils ont contaminés

Les résultats foisonnent dans cette enquête « ComCor ». Tant sur les circonstances et les lieux de contamination par le virus SARS-CoV-2. Qui sont l’objet de la première phase de l’étude. Que sur les facteurs de risque qui sur exposent certaines populations, plus que d’autres, dans certains situations, plus que d’autres. Qui sont l’objet de sa deuxième phase. Les auteurs, le professeur Arnaud Fontanet en tête (membre du Conseil scientifique Covid-19), concentrent leur communication sur deux enseignements clefs.

D’une part, près d’1 sujet infecté sur 2 (44 %) a identifié la personne qui lui a transmis le virus. Tandis qu’1 sur 5 (21 %) identifie, elle, la circonstance de la contamination. Ils ne sont que 35 % à ne pas savoir comment elles ont été infectées. Le fait qu’une majorité des contaminés sachent comment ou par qui leur contamination s’est produite permettra, en théorie, d’informer et d’isoler rapidement les cas contacts. Et dans la quasi totalité des cas de figure, c’est bien un comportement à risque qui déclenche la contamination. Tel ou tels participants qui ne porte pas de masque. La distance physique qu’ils oublient de respecter l’espace de quelques minutes. L’air que l’on néglige de renouveler…

Le rôle central des repas dans les contaminations, en milieu  familial, amical, voire professionnel

D’autre part, les auteurs observent que les  repas « jouent un rôle central dans ces contaminations, que ce soit en milieu familial, amical, ou à moindre degré professionnel. » Une majorité de témoins de l’enquête citent le repas comme premier lieu hors foyer de contamination dans le cercle familial (45 %) et en milieu amical (53 %). En milieu professionnel, le  repas ou le snacking constitue le deuxième lieu le plus cité (24,3 %), derrière le bureau partagé (34,5%).

L’étude sur les cas témoins va plus loin à propos des lieux de contamination. Et son constat semble sans appel. Elle associe, en effet, la fréquentation des bars et restaurants «à un sur-risque ». «En fraction attribuable, les réunions privées et la fréquentation des bars et des restaurants ont été responsables de la plus grande part des infections, écrivent les auteurs : 19% et 12%, respectivement.»

Pasteur a statistiquement mesuré le niveau de risque d’infection par des « ORs » (Odds Ratios), couramment utilisé en épidémiologie. Les ORs, dans l’étude ComCor, représentent le ratio des risques d’être infecté par le SARS-CoV-2 entre exposés et non exposés pendant la période étudiée. Quand ce ratio est supérieur à 1, il révèle un sur-risque, qui peut toutefois ne pas être statistiquement significatif.

La fréquentation des bars et restauration présenterait le ratio de risque le plus élevé

Or s’agissant des repas, leur OR atteint un taux très élevé (1,91), le plus élevé parmi toutes les variables de risque. Plus élevé encore que celui des réunions professionnelles (1,14) ou privées (1,58). Et pour les chercheurs de Pasteur l’OR Repas apparait statistiquement significatif.

« On voit dans cette étude une augmentation du risque associée à la fréquentation des bars et restaurants« , n’a donc cessé de répéter aux médias Arnaud Fontanet,. Pour l’épidémiologiste, ses résultats « convergent » avec ceux des enquêtes américaines publiée dans Nature et du journal des CDC (Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies)

«Je comprends que, pour les restaurateurs et les patrons de bar, ce soit terrible à entendre, a pris soin de déclarer le professeur. Comme la fréquentation d’une salle de sport, les repas pris à l’intérieur sont des moments à risque. Les professionnels n’en sont pas responsables, c’est une évidence.»

Réaction indignée de l’Umih, du GNI du GNC et du SNRC

Dès le 18 décembre, les conclusions et la méthodologie de ComCor ont provoqué la réaction indignée de quatre syndicats patronaux. Dans leur communiqué conjoint, « cette étude ne démontre rien (…), écrivent les signataires, les restaurants restent fermés sans aucune justification scientifique.» Le communiqué s’en prend à la méthode de l’enquête qui reposerait sur un échantillon de population non représentatif et des déclarations invérifiables. « Cette étude vient dire ce que l’on veut lui faire dire, prétend-il même, au moyen s’il le faut de déclarations purement scandaleuses et diffamatoires. »

Les signataires font ici allusion à l’interprétation que le professeur Fontanet a donnée de l’un des résultats, surprenants de prime abord, de l’étude. ComCor indique, en effet, que l’OR repas constituait déjà un sur-risque en période de couvre-feu (OR 1,28). Mais ce que sur-risque est devenu exponentiel pendant le confinement partiel, avec des établissements fermés, avec un OR passé à 5,63 ! Selon l’épidémiologique, ce taux de contamination très élevé pourrait s’expliquer par la fréquentation de bars et restaurants clandestins, avec un taux de contamination très élevé.

Une saillie sans détour d’Arnaud Fontanet qui a déclenché l’ire des syndicats, « qualifiant ces déclarations de« purement scandaleuses et diffamatoires ».

Une étude néerlandaise qui démontrerait l’inverse de l’étude Pasteur

« A l’évidence le professeur s’est pris les pieds dans le tapis. À vouloir tout prouver, son étude ne démontre rien, conclue le communiqué. Mais pas question pour lui de conclure comme ses homologues de l’Institut néerlandais de la santé publique et de l’environnement (RIVM), que l’ouverture des restaurants réduit plutôt que n’augmente le nombre de contaminations au covid-19. »

HR-infos a voulu vérifier cette dernière information, à contre courant et lourde d’enjeux pour le secteur. Information relayée telle qu’elle par plusieurs médias, y compris professionnels. Au Pays-Bas, bien sûr, mais aussi en Belgique et en France. Et reprise ensuite, argent comptant, sur des comptes de réseaux sociaux de restaurateurs français.

Aucune trace de cette étude

En passant à la loupe le site internet du RIVM, nous n’avons trouvé aucune trace d’une conclusion de ce type et d’une étude ad hoc. La seule recherche qui cite les CHR, avec d’autres secteurs, concerne des populations soumises à des tests de dépistage du Covid-19 au Pays-Bas, entre le 1 er août et le 17 octobre 2020. Selon cette publication, le personnel travaillant dans les CHR en contact avec les clients présentait un taux de positivité plus élevé. Tout comme les chauffeurs de transport public, les moniteurs d’auto-école, ou encore les coiffeurs et esthéticiennes. Bref, tous les métiers en contact étroit (« close-contact occupation ») avec le public. Cette étude néerlandaise accrédite donc également l’hypothèse d’un risque de sur-contamination dans les espaces de restauration.

Si le personnel est lui-même d’avantage infecté, il est plausible d’avancer que les clients risquent de l’être également. Et qu’ils risquent de contaminer le personnel… Hypothèses d’inter contaminations que cette recherche, toutefois, n’était pas en capacité de vérifier formellement.

Une étude fantôme dont les soi-disantes conclusions n’ont pas été prises au sérieux

La rumeur d’une position du RVIM favorable à la réouverture de la Restauration semble être partie d’un syndicat patronal néerlandais de CHR, selon le média néerlandais ADL. Le Koninklijke Horeca Nederland, en effet, a été le premier à faire état de cette étude. Qui concluait que le nombre d’infections « n’avait fait qu’augmenter en raison de la fermeture de l’industrie de la restauration. »

Une conclusion versée dans un mémorandum destiné au ministre néerlandais des Affaires économiques, Eric Wiebes. L’homologue de Bruno Le Maire planche régulièrement sur la pertinence et la faisabilité d’une réouverture. Une solution que le Gouvernement n’a pas retenue, considérant que l’analyse développée dans le mémorandum n’était pas « concluante ». Cafés et restaurants sont restés fermés à La Haye, Amsterdam et  dans le reste du pays. Jusqu’à aujourd’hui encore. Le Gouvernement néerlandais, tout comme son homologue français, fait du recul de la circulation du virus, un préalable à la réouverture.

Démenti du RIVM qui révèle une fake news

Mais le mystère de ce vrai-faux rapport de la RIVM restait entier. Jusqu’à que le même média néerlandais ADL fasse état d’un tweet de démenti explicite de l’Institut de Santé publique. HR-infos a pu retrouver ce tweet publié le 8 décembre. Qui semble mettre un terme à cette rumeur pro-ouverture aux relents de fake news et de manipulation.

Que dit ce tweet : «Il est indiqué dans divers médias que nous avons fait des calculs pour un mémorandum sur l’industrie de la restauration du ministère des Affaires économiques, écrit l’Institut. Ce n’est pas vrai. Nous ne disposons d’aucune donnée indiquant que le nombre de reproductions diminuera avec l’ouverture du secteur de la restauration. »

L’argument avancé d’un effet sanitaire vertueux de la réouverture reste donc, aujourd’hui, sans preuve. Et l’étude ComCor, à notre connaissance, n’a pas encore trouvé son contradicteur scientifique. Malheureusement !

Résumé des résultats de l’étude Pasteur

Pour la première étude sur les circonstances de la contamination.  La CNAM a envoyé 370 000 mails avec invitation à participer à l’étude à des personnes enregistrées dans la base Contact-Covid entre le 21 octobre et le 3 novembre 2020. Pasteur a retenu 30 330 questionnaires retournés (8,2%), correspondant à des patients qui avaient eu leur début des symptômes, ou leur test en absence de symptômes, entre le 21 octobre et le 3 novembre 2020. Ce qui correspond à des contaminations ayant vraisemblablement eu lieu entre le 17 et le 30 octobre 2020 (période du couvre-feu).

Pour  la seconde étude sur les facteurs de risque. L’institut Ipsos a échantillonné  3 426 cas. Et au final recruté 1 713 témoins appariés sur âge, sexe, région, densité populationnelle et période (couvre-feu ou confinement).

Les circonstances de contamination pendant le couvre-feu

44% des personnes infectées connaissent la personne source qui les a infectées, 21% suspectent un évènement particulier sans connaître la personne source de l’infection, et 35% ne savent pas comment elles se sont infectées.

La très grande majorité (97%) des cas index qui ont répondu à ce questionnaire se sont mis en isolement. Mais seulement 54% dès les premiers symptômes, et 64% dès la connaissance d’un contact avec un cas infecté, quand symptômes ou connaissance d’un contact avec un cas infecté ont été les seuls signes d’alerte.

Lors des contaminations au sein du foyer (35% des contaminations quand la personne source est connue), il s’agit avant tout pour ces adultes d’une contamination par le conjoint (64% des cas).  Le fait que les enfants soient a- ou peu symptomatiques quand ils sont infectés peut expliquer qu’ils ne soient pas souvent identifiés comme personne source de l’infection.

Pour les contaminations hors foyer (65% des contaminations quand la personne source est connue), il s’agit avant tout de contaminations dans le cercle familial (33%), puis dans le milieu professionnel (29%), puis dans le milieu amical (21%). Les repas jouent un rôle central dans ces contaminations. Que ce soit en milieu familial, amical, ou à moindre degré professionnel. Les bureaux partagés sont également importants en milieu professionnel.

Les facteurs d’augmentation du risque d’être infecté pendant le couvre-feu et le confinement 

– appartenance à certaines professions (par rapport aux cadres de la fonction publique qui ont un risque moyen) : cadres administratifs et commerciaux d’entreprise ; Professions intermédiaires de la santé et du travail social ; Ouvriers dans l’industrie ; Chauffeurs ;

– nombre de personnes vivant dans la maison : sur-risque augmentant avec le nbre de personnes au foyer;

– avoir des enfants gardés par une assistante maternelle ; En crèche ; En Maternelle ; Au collège ; Au lycée ; Co-voiturage ; S’être récemment déplacé à l’étranger ;

– avoir participé à une réunion physique professionnelle  et/ou privée (amicale ou familiale) ;

– avoir fréquenté bars, restaurants, salles de sport

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