Selon une étude de l'ObSoCo (Observatoire Société & Consommation) et de Service Compris, dévoilée lors du salon Foodorama, 78 % des restaurateurs et gérants d'établissements interrogés déclaraient avoir souffert de stress au cours des trente derniers jours. Un taux de 21 points supérieurs à la moyenne nationale des actifs. Au point que près d'un sur deux envisageait d'arrêter leur activité au cours des douze derniers mois. Pourtant, 81% des restaurateurs interrogés referaient ce choix de la Restauration si c'était à refaire, malgré des conditions d'exercice difficiles.
C’est à l’occasion de Foodorama, le rendez-vous de l’entrepreneuriat Food en France (9 & 10 février 2026 à Paris), que l’ObSoCo et ses partenaires ont rendu public les résultats d’une enquête inédite menée en décembre 2025 et janvier 2026 auprès de 191 restaurateurs et gérants d’établissements de restauration en France.
Double objectif de l’étude : dresser le portrait des entrepreneurs de la Restaurant. Et en comprendre les leviers de motivation et les difficultés. Mais elle révèle également un secteur porté par une nouvelle génération d’entrepreneurs qui réinventent les codes du métier.
Une souffrance au travail prégnante et plus fréquente que dans nombre de secteurs d’activité
Les chiffres dévoilent une réalité préoccupante : 78% des restaurateurs déclarent avoir souffert de stress au cours du dernier mois. C’est 27 points de plus (51 %) que dans la moyenne nationale des actifs (étude ObSoCo de 2022). 62% sont également fréquemment sujets à l’anxiété (+21 points de plus que les actifs en général, soit 41 %).
Plus d’un tiers d’entre eux, 34%, ont même traversé des épisodes de déprime. Jusqu’à même connaître, pour 15 % des interrogés, des phases de dépression.
Cette fragilité résulte d’une accumulation quotidienne de difficultés. Au premier rang de leurs préoccupations : la charge mentale et administrative. 79% des restaurateurs la jugent difficile à gérer.
Viennent immédiatement après la gestion du personnel (pour 69% des répondants), le coût d’achat des matières premières pour 68% et le recrutement pour 64 %.
Dans la relation client, 40% des entrepreneurs citent les incivilités comme principale source de stress. Plus d’un tiers, 35%, évoquent la pression des avis en ligne. Et dans la même proportion de 35 %, les attentes qu’ils jugent irréalistes.
Ils font pourtant preuve d’une résilience exceptionnelle
Et pourtant, malgré le stress, malgré la fatigue, malgré les doutes, 81% des restaurateurs déclarent que si c’était à refaire, ils referaient ce choix de la Restauration. Mieux encore, 82% se disent même satisfaits de leur activité professionnelle.
Il n’empêche ! Près d’un sur deux, 43%, déclare avoir envisagé d’arrêter leur activité au cours des 12 derniers mois. Notamment en raison de la fatigue (71%), des risques sur la rentabilité (71%) et de la charge mentale.
L’ObSoCo leur a demandé ce qui les faisait tenir. Près d’un quart d’entre eux évoque la passion (23% des mentions), à égalité avec le lien social avec les clients.
Viennent ensuite l’ambition et le challenge (16%). Puis l’autonomie et la liberté (7%).
Malgré les difficultés de court terme, plus d’un deux se projette à moyen terme., 51% se projettent encore dans ce métier dans 5 ans. Une proportion qui grimpe à 60% chez les néo-restaurateurs.
Un engagement personnel passionnel dans le métier qui transcende les difficultés économiques
Les restaurateurs indépendants entretiennent « un rapport au travail radicalement différent » du reste de la population active, selon l’ObSoCo. 66% associent le travail à l’épanouissement personnel (+21 points vs la moyenne nationale). 48% à la passion (+30 points). Et 41% au plaisir (+24 points).
Cette quête de sens l’emporte d’ailleurs sur les considérations économiques et une volonté d’enrichissement. 70% se sont lancés pour être indépendants. 58% pour s’épanouir dans une activité passion. Et 55% pour créer un lieu qui ressemble à leurs valeurs. Gagner correctement sa vie n’arrive qu’en 4e position (20%).
7 néo-restaurateurs sur 10 issus d’une reconversion
73% des néo-restaurateurs (ceux qui ont ouvert depuis 2022) viennent d’une reconversion professionnelle.
Parmi eux, on retrouve des profils issus de secteurs très variés : loisirs/hôtellerie (17%), secteur public et associatif (13%), médias/communication (11%), banque/assurance (10%)…
Ces nouveaux entrants bousculent les codes traditionnels avec des modèles plus « agiles et plus hybrides » : 71% ont déjà diversifié leurs sources de revenus (vs 59% chez les installés) et 78% proposent de la vente à emporter et 29% de la livraison (vs 19% chez les installés).
Recrutement : souvent compliqué et plutôt informel…
Près d’un établissement sur deux a recours à de la main-d’œuvre temporaire (extras, CDD, intérim) pour faire face aux variations d’activité. Et si 58% des restaurateurs déclarent recruter facilement, 42% rencontrent des difficultés, dont 24% de difficultés importantes.
Le recrutement informel domine largement : 74% recrutent leurs extras par bouche-à-oreille, 26% via d’anciens employés, et seulement 13% passent par des plateformes de mise en relation et 5% par des sociétés d’intérim classiques.
Le recrutement figure parmi les points de tension du quotidien : il est jugé « assez difficile » ou « très difficile » à gérer par 64% des restaurateurs, juste derrière la charge administrative (79%) et le coût des matières premières (68%).
Cette réalité prend une dimension encore plus critique quand on la croise avec les autres difficultés : 43% des restaurateurs ont envisagé d’arrêter leur activité, notamment pour cause de fatigue (71%), de problèmes de rentabilité (71%) et de charge mentale (60%). Le manque de personnel est cité par 15% d’entre eux comme motif de découragement.
(Etude inédite de l’Obsoco et Service Compris, en partenariat avec Transgourmet, Zelty, Evolve Food, Rosk et BGE. L’enquête a été administrée auprès de 191 gérants et restaurateurs recrutés via des listes d’email de clients et d’adhérents fournies par Service Compris,Transgourmet, R,sk, BGE, EvolveFoodetZelty, ainsi que par des campagnes de diffusio nsur leurs réseaux sociaux respectifs.)
Des soutiens psychologiques existent, ne pas hésiter à les solliciter
Prendre soin de vous est essentiel pour surmonter les crises. Faites appel à un soutien psychologique pour trouver la force de rebondir.
Ces dispositifs de soutien sont précieux pour trouver la force de rebondir, comme le souligne l’Umih dans son encore récent guide de bonnes pratiques sur la détection et la prévention de la défaillance d’une entreprise.
Le syndicat signale en particulier l’APESA auquel HR-infos avait consacré un article en avril 2020 en pleine crise.
Le numéro Vert mis en place à l’époque n’existe plus. En revanche, le dispositif APESA (Aide Psychologique aux Entrepreneurs en Souffrance Aiguë) est plus que jamais opérationnel.
Il offre un un soutien psychologique gratuit aux entrepreneurs en souffrance aiguë.
Le dispositif repose sur un réseau de « sentinelles » formées qui détectent les situations de souffrance et déclenchent une alerte. Un psychologue contacte alors rapidement l’entrepreneur pour une évaluation de sa situation et une prise en charge confidentielle près de son domicile.
Cette approche, déployée dans de nombreuses juridictions, apporte une réponse humaine aux difficultés des chefs d’entreprise.
Contact APESA : 05.46.98.42.85. Site internet pour en savoir plus et trouver tous les relais locaux
Par ailleurs, ne pas hésiter à explorer son contrat de prévoyance collective. Comme le rappelle l’Umih, « dans la plupart des contrats de prévoyance collective, des prestations annexes d’action sociale ou de soutien psychologique peuvent être prises en charge totalement ou partiellement, notamment en cas d’événement grave (accident, décès, situation traumatisante, etc.). »
C’est par exemple le cas chez HCR Bien-être, proposé par Klesia et Malakoff Humanis qui a mis en place un service de soutien psychologique.
Employeurs comme salariés peuvent bénéficier d’un accompagnement par des psychologues cliniciens, avec jusqu’à cinq entretiens téléphoniques pris en charge par an.
La mutuelle a également mis en place un coaching de gestion du stress.


