L'Insee s'est penché sur l’empreinte carbone de la consommation touristique, à savoir la quantité de gaz à effet de serre (GES) émis pour produire les biens et services consommés en France par les touristes résidents et non résidents. Avec ce constat que cette empreinte, estimée en 2023 à près de 75 millions de tonnes équivalent C02, est de 75 % plus élevée que toute la demande française. Ceci en raison d'activités très émettrices de carbone, comme le transport aérien et les carburants routiers. Passage en revue des postes de consommation touristique les plus et les moins carbonés.
Consommations touristiques et empreinte carbone associée en 2023
Des discordances entre le montant des dépenses et leur intensité en CO2
Illustration la plus frappante de ce déséquilibre : les carburants achetés par les touristes pour leur déplacement en voiture.
Ces achats de produits essentiellement pétroliers ne représentaient en 2023 que 6,4 % de leurs consommations touristiques : près de 13,6 milliards en euro courant tout de même ! Mais en regard, ils pesaient plus de 30 % de l’empreinte en carbone de leur consommation touristique totale : 13,6 millions de tonnes en équivalent CO2. Cinq fois plus en pourcentage !
Cette asymétrie vaut aussi pour le Transport par avion. Avec un poids économique de 8,9 % dans la consommation touristique (18,9 milliards en euro courant). Et un poids triple (25,2 %) pour la proportion totale de CO2 (18,8 millions de tonnes).
Constat similaire pour le Transport fluvial et maritime : 1,2 % de la consommation touristique (2,5 milliards d’euro courant) contre 3,9 % pour la part de CO2 (2,9 millions de tonnes en équivalent CO2).
Le Transport par train beaucoup plus vertueux mais pas encore totalement décarboné
A l’inverse, le Transport par train (et dans une moindre mesure, la location de véhicules de tourisme) apparait particulièrement sobre. Alors que le rail ne représente encore que 3,8 % de la consommation touristique totale (8 milliards d’euros), il ne pèse que 1,1 % de l’empreinte carbone touristique.
Pour autant, l’ensemble du Transport ferroviaire, même si le TGV est le mode de transport le plus écologique, comme la SNCF est légitime à l’annoncer à chaque voyage, est loin d’être encore totalement décarboné. Sachant que 50 % de ses voies sur lesquelles circule 15 % du trafic, ne sont pas électrifiées. Et le fret ferroviaire, par exemple, roule toujours au diesel. A la demande de l’Etat, la SNCF doit poursuivre depuis 2015 un objectif de réduction de 30 % de ses émissions de GES à l’horizon 2030.
Hébergement, Alimentation, Autres biens et services plus en ligne
Les trois autres grands secteurs de dépenses (Hébergement, Alimentation, Autres biens et services) apparaissent, en proportion, plus économes en carbone que le Transport. Même s’ils en dépensent aussi et pourraient en dépenser moins.
Ainsi, les hôtels qui apparaissent être le premier poste de dépense de la consommation touristique avec 13 % du total (27,4 milliards d’euros en arrondis) ne représentent que 6,5 % de l’empreinte carbone (4,9 milllions de tonnes).
Les autres catégories de l’Hébergement marchand présentent également un rapport d’environ 2 à 1 entre la consommation touristique qu’il représente et leurs dépenses en carbone. Comme dans le cas des gîtes ruraux qui génèrent 5,6 % des dépenses de consommation touristique mais seulement 2,8 % de leur empreinte carbone.
Proportion analogue pour les Restaurants et Cafés, le troisième plus grand poste de dépenses touristiques en France (derrière les hôtels et les hébergements touristiques non marchands, type résidence secondaire). Leur empreinte carbone représente 4,9 % du total touristique alors qu’ils englobent près de 10 % des dépenses en euro courant (20,6 milliards).
Tableau de répartition des postes de dépenses touristiques
et de leur empreinte carbone respective en 2023

Lecture : En 2023, les dépenses touristiques en hôtels sont de 27 372 milions d’euros courants (27,372 milliards d’euros) et l’empreinte carbone associée est estimée à 4 876 kilotonnes (4 876 000 tonnes) équivalent CO2 (kt CO2 éq).
Champ : France.
Sources : Estimation de l’empreinte carbone de la France, Insee-SDES 2025 ; Compte satellite du tourisme 2025, Insee ; Traitements SDES 2025.
Sources du tableau : Insee, et HR-infos pour l’enrichissement graphique et l’ajout des colonnes « Répartition de la consommation (en %) » et « Répartition de l’Empreinte carbone (en %) »
Un résumé de l’étude de l’Insee
Des émissions émises en France et à l’étranger
mais intégrées à la consommation touristique en France

- Lecture : En 2023, l’empreinte carbone des dépenses de tourisme est estimée à 74,5 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt CO2 éq), celle des gaz à effet de serre (GES) émis en France à 43,1 Mt CO2 éq.
- Champ : France.
- Sources : Estimation de l’empreinte carbone de la France, Insee-SDES 2025 ; Compte satellite du tourisme 2023, Insee ; Traitements SDES 2025.
Cette empreinte carbone correspond aux émissions de gaz à effet de serre émises pour satisfaire la demande finale des touristes en France (appelée consommation touristique intérieure). Que ces touristes soient résidents ou non résidents. Qu’il s’agisse de tourisme de loisirs ou de tourisme d’affaires.
Aux émissions liées directement à ces consommations de biens et services s’ajoutent notamment celles provenant de l’usage des carburants achetés par les touristes et celles résultant de l’occupation des résidences secondaires.
L’empreinte carbone intègre les émissions réalisées à la fois en France et dans le reste du monde tout au long de la chaîne de production des biens et services consommés en France par les touristes.
Elle intègre les émissions dues au départ et à l’arrivée en France des touristes, qu’ils soient résidents ou non résidents, lorsque le service de transport consommé est produit par une entreprise résidente. Ainsi, la consommation en transport aérien d’un non résident arrivant en France et en repartant par une compagnie aérienne française est bien comptabilisée dans l’empreinte carbone du tourisme français.
En revanche, cette empreinte n’intègre pas les émissions dues au départ et à l’arrivée en France des touristes, lorsque ce service de transport est étranger. Cette empreinte est en principe comptabilisé dans la consommation touristique du pays de rattachement de ce service.
L’empreinte carbone de la consommation touristique se répartit entre touristes résidents et non résidents. En excluant les émissions des compagnies aériennes étrangères, 34 % des émissions de GES sont attribuées aux biens et services consommés en France par des touristes non résidents, dont les dépenses représentent 43 % du total des consommations touristiques
En se restreignant aux biens et services consommés exclusivement en France, les visiteurs non résidents tendent consommer davantage de produits à moindre intensité carbone, tels que les services d’hôtellerie,. Alors que les touristes résidents consomment relativement plus de produits fortement émetteurs, tels que les carburants.
Une intensité en carbone cinq fois supérieure pour le Transport aérien

- Lecture : En 2023, 1 euro de dépense touristique génère 0,35 kg équivalent CO2 (kg CO2 éq), contre 0,20 pour l’ensemble des dépenses de la France (y compris les émissions directes des ménages).
- Champ : France.
- Sources : Estimation de l’empreinte carbone de la France, Insee-SDES 2025 ; Compte satellite du tourisme 2023, Insee ; Traitements SDES 2025.
Selon l’Insee, on peut mettre en regard les empreintes ou contenus en GES avec le montant de dépenses auquel elles se rapportent. Ce rapport représente l’intensité en carbone. Ainsi, l’intensité en carbone de la consommation touristique atteint 0,35 kg CO2 éq par euro de consommation touristique, contre 0,20 kg pour l’ensemble de la demande finale française.
La consommation touristique apparaît donc 75 % plus intense en émissions de GES que la demande finale globale. Ceci en raison de certaines activités fortement émettrices de carbone. En premier lieu, le Transport aérien.
Un euro dépensé dans ce secteur induit les émissions de 1 kg CO2 éq, en raison de la combustion de carburant mais également de la construction et du fonctionnement des aéronefs et des aéroports.
En 2023, l’empreinte carbone de la conso touristique restait inférieure à celle de 2019

- Lecture : En 2023, l’empreinte carbone des dépenses touristiques d’hébergement représente 11,7 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt CO2 éq).
- Champ : France.
- Sources : Estimation de l’empreinte carbone de la France, Insee-SDES 2025 ; Compte satellite du tourisme 2023, Insee ; Traitements SDES 2025.
En 2023, l’empreinte carbone du tourisme augmente de 3 % par rapport à 2022 tout en restant inférieure de 17 % à son niveau de 2019. L’évolution observée entre 2019 et 2023 est fortement marquée par la crise sanitaire liée au Covid‑19, en particulier en 2020 et 2021.
En 2023, bien que la fréquentation touristique des hébergements ait retrouvé son niveau de 2019, la consommation touristique dans son ensemble recule de 4 % en euros constants sur la période. Le recul de la clientèle d’affaires explique pour partie cette évolution : elle ne représente plus que 37 % des nuitées dans les hôtels en 2023, contre 47 % en 2019.
Les touristes non résidents sont revenus en France à partir de 2022, mais essentiellement en provenance des pays voisins. La fréquentation des touristes d’Amérique et d’Asie, élevée en 2019, reste bien inférieure en 2023. Or, ces touristes dépensent en moyenne davantage que ceux venant des pays voisins.
La diminution de l’empreinte carbone des consommations touristiques entre 2019 et 2023 s’explique également par la réduction de l’intensité en carbone de la consommation touristique : le contenu unitaire moyen en GES par euro dépensé a baissé de 14 %.
Cette baisse du contenu unitaire des émissions traduit la décarbonation des secteurs touristiques mais aussi l’évolution de la composition des dépenses : la part des biens et services très carbonés comme le transport aérien ou les carburants recule alors que celle des services faiblement émetteurs (hôtellerie‑restauration, activités sportives et de loisirs) augmente.




