Esprit de France métamorphose des maisons ouvrières face au Louvre-Lens

La transformation en hôtel d’un ancien édifice religieux ou d’un hôpital désaffecté, inscrit ou classé aux Monuments Historiques, cela s’est déjà vu en France. Ainsi Le Fontrevaud L’Hôtel, situé au coeur de l’Abbaye Royale de Fontrevraud, nécropole de Richard Coeur de Lion et Alénior d’Aquitaine. Ou encore l’Hôtel-Dieu de Marseille, grand hôpital fondé au XVII ème siècle, devenu en 2013 un Intercontinental de 179 chambres et suites.

Mais ce qui n’avait jamais été osé, c’est la transformation d’une cité ouvrière en hôtel sinon de luxe, du moins de haut de gamme. C’est désormais chose faite à Lens sur le site d’un ancien coron, depuis l’ouverture en novembre 2018 de l’hôtel Louvre-Lens, exploité par le groupe Esprit de France.

Si l’hôtel porte cette double signature, c’est pour une double raison : sa proximité géographique avec le musée éponyme, situé à deux minutes à pied, et la volonté du Conseil général du Pas-de-Calais et de sa mission Tourisme, instigateur de l’hôtel, d’offrir un havre de paix aux futurs visiteurs du musée. En particulier les étrangers, peu nombreux jusque là, ils ne représentent que 15 % de ses entrées. Et tous ceux également qui veulent découvrir la région « Autour du Louvre- Lens », ses nombreux lieux de mémoire, ceux des bassins miniers, ceux de la première guerre mondiale. Les collectivités locales entendaient aussi que le futur hôtel soit un havre de confort et de travail pour une clientèle d’affaires qui ne trouvait pas dans la région lensoise des prestations adaptées à ses besoins.

Que le groupe Esprit de France, connu surtout pour gérer, pour son compte propre ou pour celui de propriétaires, des châteaux aristocratiques et des demeures bourgeoises (35 adresses aujourd’hui, dont 10 à Paris), se soit intéressé aussi à des maisons ouvrières, pas n’importe lesquelles bien sûr, celles d’un bassin minier, la cité 9, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, n’est finalement pas si incongru lorsqu’on découvre la genèse de la rencontre.

Le groupe, raconte son directeur général délégué Xavier Dupain, a eu vent tôt de ce projet par des architectes lillois, le cabinet Maes, en affaire déjà avec Esprit de France. Projet qui semblait, de prime abord, présenter une solide assise patrimoniale, au sens historique et culturel du terme, en adéquation justement avec le credo de Christophe Paluel-Marmont, le patron fondateur du groupe : faire souffler sur ses adresses un grand vent d’art et d’histoire. Pourquoi pas industrielle !

Le groupe a donc pris langue avec le propriétaire des lieux, Maisons & Cités. Le plus important bailleur social de la région Hauts-de-France, détenteur encore de milliers de logements miniers,
avait peiné jusque là à trouver des exploitants hôteliers prêts à tenter l’aventure. Maisons & Cités a semble-t-il été séduit par l’ADN d’Esprit de France et par son savoir faire hôtelier. Une image de marque forte et préservée associée à des compétences certaines en matière de ressources humaines et de commercialisation multicanal.

Ce qui a pu finir de convaincre Maisons & Cités d’un gré à gré, c’est justement la qualité architecturale de la proposition. Ses jeunes concepteurs Nordistes, le duo Duthoit et Da Silva, ont su confronter et concilier harmonieusement, sobrement, efficacement, patrimoine industriel et modernité fonctionnelle et hôtelière.

Deux déterminants peuvent, nous semble-t-il, expliquer la décision d’Esprit de France d’aller à Lens. Un risque financier somme toute limité, l’essentiel de l’investissement étant assumé par Maisons & Cités (de l’ordre de 9 millions d’euros). EdF, en tant que locataire, prenant à sa charge une partie de l’équipement hôtelier (de l’ordre de 1 million d’euros). Et un potentiel commercial indiscutable, autorisant à escompter un bon mix clientèle, touristique bien sûr mais aussi d’affaires, sportive également, avec un proche voisin rayonnant… Le légendaire stade de football Boellart, fief du Racing Club Lensois, qui compte d’avantage de places (38 000 places) que Lens d’habitants (30 000) !

Deux autres paramètres apparaissent précieux pour la réussite du projet. Le soutien des institutions locales et régionales. Et surtout, une équipe hôtelière motivée (NDLR : HR-infos a pu constater sur place qu’elle l’était). 29 personnes au total, dont 25 en CDI, recrutées sur Lens et son agglomération, à l’issue d’un long processus de sélection (1 000 CV examinés). Emmenée par un autre régional de l’étape revenu au pays, un directeur passionné par ce projet, habité par lui, Antoine Bouilhol, qui l’a accompagné à chaque phase de son chantier.

Si l’hôtel réussit à être le catalyseur de cette dynamique touristique engagée autour du Louvre-Lens et des sites de mémoire, s’il réussit à attirer des non-résidents et des touristes d’affaires dans son bar-brasserie Le Galibot et dans ses quatre belles salles de séminaires, la partie pourrait être gagnée pour Esprit de France. Et pour Lens ! Le locataire des lieux se borne cependant à des prévisions prudentes pour ce premier exercice : un taux d’occupation se situant entre 60 et 65 % et un RevPar approchant les 90 euros hors taxe.

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La transformation en hôtel d'un ancien édifice religieux ou d'un hôpital désaffecté, inscrit ou classé aux Monuments Historiques, cela s'est déjà vu en France. Ainsi Le Fontrevaud L'Hôtel, situé au coeur de l'Abbaye Royale de Fontrevraud, nécropole de Richard Coeur de Lion et Alénior d'Aquitaine. Ou encore l'Hôtel-Dieu de Marseille, grand hôpital fondé au XVII ème siècle, devenu en 2013 un Intercontinental de 179 chambres et suites.

Mais ce qui n'avait jamais été osé, c'est la transformation d'une cité ouvrière en hôtel sinon de luxe, du moins de haut de gamme. C'est désormais chose faite à Lens sur le site d'un ancien coron, depuis l'ouverture en novembre 2018 de l'hôtel Louvre-Lens, exploité par le groupe Esprit de France.

Si l'hôtel porte cette double signature, c'est pour une double raison : sa proximité géographique avec le musée éponyme, situé à deux minutes à pied, et la volonté du Conseil général du Pas-de-Calais et de sa mission Tourisme, instigateur de l'hôtel, d'offrir un havre de paix aux futurs visiteurs du musée. En particulier les étrangers, peu nombreux jusque là, ils ne représentent que 15 % de ses entrées. Et tous ceux également qui veulent découvrir la région "Autour du Louvre- Lens", ses nombreux lieux de mémoire, ceux des bassins miniers, ceux de la première guerre mondiale. Les collectivités locales entendaient aussi que le futur hôtel soit un havre de confort et de travail pour une clientèle d'affaires qui ne trouvait pas dans la région lensoise des prestations adaptées à ses besoins.

Que le groupe Esprit de France, connu surtout pour gérer, pour son compte propre ou pour celui de propriétaires, des châteaux aristocratiques et des demeures bourgeoises (35 adresses aujourd'hui, dont 10 à Paris), se soit intéressé aussi à des maisons ouvrières, pas n'importe lesquelles bien sûr, celles d'un bassin minier, la cité 9, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, n'est finalement pas si incongru lorsqu'on découvre la genèse de la rencontre.

Le groupe, raconte son directeur général délégué Xavier Dupain, a eu vent tôt de ce projet par des architectes lillois, le cabinet Maes, en affaire déjà avec Esprit de France. Projet qui semblait, de prime abord, présenter une solide assise patrimoniale, au sens historique et culturel du terme, en adéquation justement avec le credo de Christophe Paluel-Marmont, le patron fondateur du groupe : faire souffler sur ses adresses un grand vent d'art et d'histoire. Pourquoi pas industrielle !

Le groupe a donc pris langue avec le propriétaire des lieux, Maisons & Cités. Le plus important bailleur social de la région Hauts-de-France, détenteur encore de milliers de logements miniers, avait peiné jusque là à trouver des exploitants hôteliers prêts à tenter l'aventure. Maisons & Cités a semble-t-il été séduit par l'ADN d'Esprit de France et par son savoir faire hôtelier. Une image de marque forte et préservée associée à des compétences certaines en matière de ressources humaines et de commercialisation multicanal.

Ce qui a pu finir de convaincre Maisons & Cités d'un gré à gré, c'est justement la qualité architecturale de la proposition. Ses jeunes concepteurs Nordistes, le duo Duthoit et Da Silva, ont su confronter et concilier harmonieusement, sobrement, efficacement, patrimoine industriel et modernité fonctionnelle et hôtelière.

Deux déterminants peuvent, nous semble-t-il, expliquer la décision d'Esprit de France d'aller à Lens. Un risque financier somme toute limité, l'essentiel de l'investissement étant assumé par Maisons & Cités (de l'ordre de 9 millions d'euros). EdF, en tant que locataire, prenant à sa charge une partie de l'équipement hôtelier (de l'ordre de 1 million d'euros). Et un potentiel commercial indiscutable, autorisant à escompter un bon mix clientèle, touristique bien sûr mais aussi d'affaires, sportive également, avec un proche voisin rayonnant... Le légendaire stade de football Boellart, fief du Racing Club Lensois, qui compte d'avantage de places (38 000 places) que Lens d'habitants (30 000) !

Deux autres paramètres apparaissent précieux pour la réussite du projet. Le soutien des institutions locales et régionales. Et surtout, une équipe hôtelière motivée (NDLR : HR-infos a pu constater sur place qu'elle l'était). 29 personnes au total, dont 25 en CDI, recrutées sur Lens et son agglomération, à l'issue d'un long processus de sélection (1 000 CV examinés). Emmenée par un autre régional de l'étape revenu au pays, un directeur passionné par ce projet, habité par lui, Antoine Bouilhol, qui l'a accompagné à chaque phase de son chantier.

Si l'hôtel réussit à être le catalyseur de cette dynamique touristique engagée autour du Louvre-Lens et des sites de mémoire, s'il réussit à attirer des non-résidents et des touristes d'affaires dans son bar-brasserie Le Galibot et dans ses quatre belles salles de séminaires, la partie pourrait être gagnée pour Esprit de France. Et pour Lens ! Le locataire des lieux se borne cependant à des prévisions prudentes pour ce premier exercice : un taux d'occupation se situant entre 60 et 65 % et un RevPar approchant les 90 euros hors taxe. "
Signature extérieure de l'hôtel, qui vise les 4 étoiles, sa façade en briques repeintes, badigeonnées en noir des Pays-Bas. Aménagées dans ce qui fut 26 maisons ouvrières, ses 52 chambres (29 en RDC et 23 à l'étage), associent pour leur part des murs de briques dans leur teinte ocre originelle et des pans maçonnés peints en noir. Une couleur profonde, élégante, en lien avec le lieu (le charbon) mais qui nécessite beaucoup de précaution et d'entretien, le moindre défaut, la moindre écornure ou salissure sur sa surface étant très visible.

Le logo et le site internet de l’établissement

«Clash respectueux» « Dualité »… Les architectes expriment les lignes directrices de leur projet *

Claire Duthoit, cabinet Maes Architectures

« Trois grandes intentions nous ont guidé pour définir l’univers de l’hôtel. La confrontation subtile entre la réhabilitation des maisons et la création des nouveaux bâtiments. C’est ce que l’on nommera le « clash respectueux ». L’imprégnation des lieux en mettant en scène l’empreinte du passé, comme la mise en valeur des murs de brique. L’affirmation de la thématique du Nord avec le choix des tonalités sombres comme le noir, comparaison à la  terre de charbon.
D’un point de vue architectural, les façades en briques badigeonnées en noir des Pays-Bas nous ont fortement inspirées. Ceci nous permet de donner une nouvelle identité visuelle aux maisons mais aussi de les tourner vers une nouvelle vocation, celle d’un Hôtel – Restaurant comme lieu d’accueil.
Pour les ambiances intérieures, nous avons souhaité créer une atmosphère
chaleureuse et conviviale à l’image des « Maisons de famille ». L’hôtel est souhaité comme un espace à la fois ouvert sur l’extérieur, avec de grandes baies profitant du jardin mais aussi comme un lieu cosy. »
Guillaume Da Silva, architecte d’intérieur

« C’est un univers construit autour de la notion de Dualité. L’hôtel se pose comme un trait d’union entre l’architecture passée et nouvelle. On a volontairement utilisé le noir dans les chambres pour une  atmosphère sombre, de repos. Et cette atmosphère est contrastée par une salle de bain très claire et blanche.
On retrouve ces oppositions dans le choix des matières avec la conservation de briques d’origine pleines de « cicatrices », juste sablées, associées à des éléments neufs et précis, comme les meubles qui ont été dessinés sur mesure afin de garder une élégante sobriété. De même, l’aspect brut de la brique et de la pierre noire vient se confronter au soyeux de la moquette et des tissus.
Le visage des anciennes maisons minières a été transformé par l’utilisation de badigeons de chaux noire. Il était important de créer cette rupture visible dans l’histoire du bâtiment. Nous avons aussi fait appel à des éléments symboliques qui rappellent l’histoire de ce lieu. Le feu dans la cheminée du lobby vient comme une référence à la fonderie et à la mine une fois de plus. »
(*Citations extraites du dossier de presse de l’hôtel)

Celui sans qui le projet n’aurait pas vu le jour : le musée Louvre-Lens


Depuis son ouverture au public le 12 décembre 2012, le musée Louvre-Lens est devenu La locomotive touristique de la région. Après avoir culminé à 900 000 visiteurs la première année, la fréquentation du musée s’est stabilisée à 450 000 par an. Elle est toutefois remontée à 482 758 entrées en 2018,– ce qui en fait le 3ème musée le plus fréquenté de France (hors-île de France). Construit sur le site de l’ancienne fosse N°9 des mines de Lens, le bâtiment a été dessiné par les architectes Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa de l’agence japonaise Sanaa.

En attendant pour le second semestre 2019 le centre de conservation du Louvre situé à 5 minutes en voiture du musée et de l’hôtel…


Ce bâtiment paysage bioclimatique de 20 000 m2 du à l’agence d’architecture Rogers Stirk Harbourg, abritera à partir du second semestre 2019 plus de 250 000 œuvres d’art, actuellement situées à Paris en zone inondable.  Il accueillera également un espace d’études et de recherche scientifique sur les collections du musée du Louvre, complémentaire de l’atelier de restauration des œuvres du Louvre-Lens.
Montant de l’investissement : 60 millions d’euros, répartis entre le Louvre, l’Union Européenne, la Région Hauts-de-France, le ministère de la Culture et le mécénat privé.

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