Dans une interview donnée au journal Le Parisien, Serge Papin, ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat et du Pouvoir d’achat, annonce une réforme des titres-restaurant qui élargira son usage le dimanche et le pérennisera dans les grandes surfaces, contrairement au souhait des restaurateurs. La dématérialisation complète des titres est également prévue, ainsi que la possibilité d’en faire don à des associations agréées. Un texte de proposition de loi sera déposé d'ici l'été 20026, avec l'objectif d'une adoption avant la fin de cette année.
Une confirmation d’orientations prises déjà l’an dernier ! La nouvelle donne, c’est le calendrier de la réforme et la promesse d’une pérénnisation. Et peut-être d’une réforme globale. Le projet planait déjà depuis juin 2025, au temps de la prédécesseure de Serge Papin, Véronique Louwagie.
Dans une interview au Parisien (4 avril), le ministre du Pouvoir d’achat annonce une réforme des titres-restaurant. A la fois par voie parlementaire et par dispositif réglementaire. Avec un objectif d’adoption d’un dispositif global d’ici la fin de cette année.
La future proposition de loi déposée d’ici l’été confirmera la pérennisation de l’usage des titres-restaurant dans les grandes surfaces (pour les produits alimentaires), qui devait initialement s’arrêter fin 2026. Cette mesure avait été introduite temporairement, à partir de 2020, et prolongée chaque année, pour soutenir le pouvoir d’achat.
La pérennisation entérinera une situation de fait. Si l’on en croit le dernier baromètre Openeats (février 2026, 2000 salariés interrogés), 44 % de l’usage mensuel des TR se ferait désormais dans un supermarché. 31 % au restaurant. Et 25 % dans un commerce alimentaire. Des sondages effectués en 2025 et 2024 montrent d’ailleurs une progression des achats en supermarché (38 % en 2025), au détriment des restaurants (34 % en 2025) mais aussi des commerces alimentaires (28 % en 2025).
Mais la nouvelle donne, c’est que tous les salariés pourront désormais utiliser leurs titres-restaurant le dimanche. Et pas uniquement ceux qui travaillent ce jour là. Une mesure que le ministre présente comme une avancée pour le pouvoir d’achat et la liberté des consommateurs. Mesure que plébiscite en tout cas les salariés. Chez ceux interrogés pour Openeat, on note d’ailleurs que 50 % les utilisent principalement pour acheter de l’alimentaire non directement consommable.
La réforme prévoit également la « dématérialisation complète » des titres-restaurant. De fait, les titres papiers sont devenus minoritaires. Et leur part de marché ne cesse de baisser.
Selon une étude de la Commission Nationale des Titres-Restaurant (CNTR), la part des titres dématérialisés avait dépassé celle du papier dès 2022. Elle devint alors le format utilisé dans 60 % des transactions contre 40 % seulement pour le papier.
En 2025, leur part de marché a sans doute encore reculé. Il ne représenterait plus que 30 % des titres-restaurant en circulation. 28 % même au sein des 2 000 utilisateurs de titres interrogés par Openeat en février 2025.
De même, la loi, indique Serge Papin, la loi prévoiera « la possibilité d’en faire don à une association agréée ». ar ailleurs, « certaines pratiques pour les professionnels seront interdites, comme les rétrocommissions »
Il faudra découvrir le futur texte de cette proposition pour se faire une idée de l’ampleur de cette réforme
L’interview de Serge Papin ne portait pas exclusivement sur ce sujet. Il ne dit rien, par exemple, sur l’idée esquissée mais jamais vraiment reprise par le gouvernement d’un système à double plafond. L’un de 25 euros pour les restaurants, par exemple. L’autre de 15 euros pour les GMS. Ou encore l’idée d’un titre-restaurant dédié exclusivement au restaurant. Et d’un titre alimentaire dédié au GMS.
Selon Openeat, curieusement, 40 % des salariés que l’opérateur a fait interroger en février 2026 déclaraient qu’ils choisiraient le titre restaurant, contre 60 % le titre alimentaire, si on leur demandait de choisir l’un à l’exclusion de l’autre. Ils n’étaient que 30 % en 2025 à opter pour le titre resto. Et 23 % seulement en 2024.
A l’inverse, la part des pro titre alimentaire parmi ces deux milliers d’interrogés, si elle reste majoritaire, a eu tendance à baisser. Il étaient 70 % en 2025 et même 77 % en 2024.
Mais encore une fois, il s’agit de déclarations. Et non de pratiques. Sachant que 31 % seulement des interrogés utilisent leur TR pour aller au restaurant. Alors que 69 % préfèrent un supermarché (44 %) ou un commerce alimentaire (25 %).
Serge Papin ne dit rien non plus de possibles nouvelles modalités de paiement qui ne passeraient plus, notamment, par un prélèvement sur salaire. Celle par exemple, promue par Openeat, de permettre aux salariés de payer leurs repas et leurs achats alimentaires avec leur carte bancaire, avant d’être remboursés en 24 heures de la part financée par leur employeur. Sacré gymnastique administrative pour celui-ci même si on suppose les process automatisés.
Rien non plus sur le niveau de commissions des quatre principaux opérateurs contrôlant le marché. Niveau que des restaurateurs jugent excessif tout comme leur marge… A l’image de Stéphane Manigold, par exemple, du groupe Eclore (8 tables gastronomiques parisiennes dont plusieurs étoilées Michelin).
Fort improbable que la réforme Papin aille jusqu’à revoir le concept même d’intermédiation de l’avantage alimentation-restauration entre le salarié (plus de 5 millions d’utilisateurs en France), l’employeur et le commerce (244 000 agréés).
Le même Stéphane Manigold, dans une tribune du Figaro, propose de verser tout simplement la participation employeur en salaire net pur chaque 15 du mois sur le compte bancaire du salarié !
« Pourquoi le 15 ? explique le chef d’entreprise. Parce que c’est à cette date charnière que le «reste à vivre» devient angoissant pour des millions de ménages, une fois les loyers, crédits et factures d’énergie prélevés. Un shoot de 140 à 160 € nets et libres à mi-mois : voilà le véritable bouclier pour le pouvoir d’achat. Le salarié redevient souverain. Le restaurateur encaisse sans subir de racket. Fin de la rente oligopolistique du cartel. »
Mais l’ultra libéral Manigold n’explique pas comment le salarié dépensera nécessairement ces 140 à 160 euros dans un restaurant. Si le salarié est vraiment souverain et qu’il est vraiment angoissé par son « reste à vivre », il doit pouvoir choisir de remplir d’abord son caddie…





