Pourquoi l'Umih n'a pas signé l'accord

La première organisation des HCR, en incluant le Groupement national des chaînes hôtelières (GNC), syndicat associé à la confédération, n’a pas signé l’accord qu’elle a contribué à façonner et contre lequel elle « 

La première organisation des HCR, en incluant le Groupement national des chaînes hôtelières (GNC), syndicat associé à la confédération, n'a pas signé l'accord qu'elle a contribué à façonner et contre lequel elle "

André Daguin et Laurent Duc

Ecouter leur interview

La première organisation des HCR, en incluant le Groupement national des chaînes hôtelières (GNC), syndicat associé à la confédération, n’a pas signé l’accord qu’elle a contribué à façonner et contre lequel elle n’exercera pas son droit d’opposition. Les explications d’André Daguin, le nouveau président de l’Umih (à titre intérimaire, jusqu’aux élections confédérales prévues, en principe, en mars 2010), et celles de Laurent Duc, président de l’Umih Rhône et président de la Fédération nationale de l’hôtellerie française (FNHF), qui a négocié l’accord social pour l’Umih.

Le communiqué de l’UMIH réagissant à l’accord

{{Le communiqué de l’Umih}} (14/12)

Opposée à l’accord, l’UMIH dénonce une « surenchère »

« L’UMIH estime que l’accord « met en péril le secteur« .

« Certaines organisations patronales minoritaires ont brisé l’unité syndicale » et se sont engagées à signer dès mardi « un accord qui explose l’enveloppe sociale du contrat d’avenir (…)

L’Umih ne signera pas cet accord qui est la traduction pure et simple du diktat de certaines organisations de salariés

Pour l’Umih, les organisations patronales signataires « sont minoritaires et leur projet ne défend pas l’ensemble des activités du secteur, notamment les hôtels, les cafés, les discothèques pour qui l’effet de la baisse de la TVA est quasi nul »

En revanche, poursuit le communiqué, l’Umih, ainsi que l’autre organisation patronale non signataire, le GNC, rassemblent 80 % de notre secteur économique dont plus de 15 000 entreprises saisonnières. »

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Ce n’est que notre avis (mais on le partage!)

10 % qui finissent par peser plus que 90 % !

L’Umih n’y va pas avec le dos de la cuillère dans ce communiqué. Le ton se veut dur avec les signataires de l’accord et joue sur la dramatisation de ses conséquences. Les expressions empruntent aux grands classiques syndicalistes utilisés les jours de défaite : »mise en péril du secteur », « diktat de certaines organisations de salariés », « unité syndicale brisée par certaines organisations patronales minoritaires », « avenir des entreprises hypothéqué ». Les « certaines » et les « certains » se seront très vite reconnus !

Une réaction à vif dans un contexte de négociations très longues (9 mois) et tendues (2 textes refusés) dont la maîtrise de la séquence finale, phase cruciale, semble avoir échappé à l’Umih. Il n’est jamais facile d’accepter la perte d’un leadership dans une négociation, quand vous en êtes d’habitude le pivot, voire (comme en 2004) la principale force d’entraînement.

Car c’est l’une des données clefs de cette négociation : la plus puissante des organisations professionnelles des HCR, en incluant le GNC, n’a pas rallié ses trois autres partenaires à ses ultimes propositions d’amélioration du texte du 30 novembre. Au contraire, ceux-là ont considéré qu’il fallait aller encore un peu plus loin pour arracher un accord.

En « surenchérissant » de 10 % (surcoût selon l’Umih de l’accord du 15 décembre par rapport à celui du 30 novembre), l’UMIH et le GNC s’en tenant pour leur part à quelques pourcents de mieux, le trio CPIH-Fagiht-Synhorcat a opéré la jonction avec le trio CGT-CFTC-FO, en position de force, certes, mais qui a accepté lui aussi d’ultimes concessions.

Un exemple de cet écart initial qui se réduit puis disparaît au fil des allers retours entre négociateurs, la prime accordée aux saisonniers (racontée par une source patronale signataire). L’accord du 30 prévoyait une condition d’ancienneté de 9 mois, refusée par ces trois syndicats. Vers le 10 décembre, une nouvelle proposition à 6 mois leur est faite, qu’ils refusent encore. Le 13, veille de la commission mixte paritaire (finalement reportée le 15), ils font savoir qu’ils accepteraient 4 mois. Accord conclu !

Malgré son dépit et sa forte représentativité, l’Umih n’a pas cherché à torpiller l’accord en exerçant son droit d’opposition. C’est une décision sage et responsable à l’égard de la branche et de ses salariés. Si d’ailleurs elle avait voulu l’exercer, ceci tout en revendiquant 90 % du contenu du texte, elle aurait provoqué alors colère et incompréhension, dans la branche comme dans l’opinion.

Faute d’accepter de rejoindre les propositions de ses partenaires, dont elle n’était pas en réalité très éloignée, l’Umih s’est contentée, en toute cohérence, de s’abstenir. C’était aussi son droit, elle l’a exercé. La motivation économique de ce choix (le « coût insupportable pour nos adhérents » de ces « 10 % de plus »), André Daguin et Laurent Duc l’expliquent dans notre interview.

L’explication pourtant ne convainc pas les trois organisations patronales signataires (CPIH-Fagiht-Synhorcat), très remontées contre les accusations de leur consœur. Elles viennent de le faire savoir dans un communiqué public. Autant dire que le climat actuel entre elles et l’Umih est délétère.

Il faut espérer pour la branche que leurs relations se pacifient rapidement. Une décrispation qui sera plus aisée après la clarification opérée au sein de l’Umih par de nouvelles élections confédérales et par un jugement du TGI sur le différent qui oppose Christine Pujol et André Daguin.

{{Comparatif des propositions patronales }}

{{Réaction de la CPIH-Fagiht-Synhorcat (16/12)}}

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Interview : Juliette Micheneau
Photo de Laurent Duc : Thierry Samuel
Avis : Jean-François Vuillerme

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