Paroles de négociateurs d'un accord historique

De gauche à droite et de haut en bas :
Claude Daumas (Fagiht), Didier Chenet (Synhorcat), Jean-François Girault (CPIH), Stéphane Fustec (CGT), Denis Raguet (FO), Michel Jeanpierre (CFTC)

Des témoignages à réentendre à l’heure où l’accord qu’ils ont construit ensemble vient d’être étendu à tous les HCR. Trois côté patronal, trois côté syndical. Ils sont six à avoir négocié jusqu’à son terme, dans la soirée du dimanche 13 décembre 2009, le texte final de l’accord du 15, après 9 mois de discussions, plusieurs dizaines de réécriture du texte et deux projets initiaux restés caducs. (Article initialement publié le 18 décembre 2009)

{{Le manuscrit signé de l’accord : l’avenant N° 6 à la convention collective des HCR}}

EXTRAITS


Stéphane Fustec (CGT) :
« (…) On revient de loin, au mois de juillet on a fait un droit d’opposition sur un accord qui n’était pas satisfaisant, notre combativité a payé, on a fait la démonstration qu’on pouvait vraiment faire avancer les choses »


Denis Raguet (FO) :
« (…) On a aujourd’hui une véritable contrepartie qui est une prime TVA pérenne pour tous les salariés de la branche professionnelle, y compris les saisonniers, alors que dans l’accord du 3O novembre, ce n’était pas le cas (…) »


Michel Jeanpierre (CFTC) :
« (…)On est resté solidaire avec FO et la CGT, on a des convictions, des idées (…), et je peux vous dire qu’on a eu des pressions (…), on a tenu jusqu’au bout et aujourd’hui, on a le résultat, un bien meilleur accord que celui du 9 juillet (…) »


Jean-François Girault (CPIH) :
« (…) Il n’y aura plus dans l’avenir aucun smicard dans notre profession puisque le salaire minimum chez nous sera obligatoirement supérieur au Smic traditionnel (…) »


Didier Chenet (Synhorcat) :
« (…) Certains restaurateurs, maintenant qu’ils savent ce qu’il en est de l’accord social, vont peut-être aussi se dire qu’ils leur restent de la marge pour baisser les prix », (…)


Claude Daumas (Fagiht)

« (…) Pendant 2 ans, en attendant la TVA, certains ont fait des promesses dithyrambiques au personnel, il fallait donc être cohérent et faire un effort à la hauteur de leurs attentes. L’accord, c’est 1 milliard de pouvoir d’achat que l’on donne aux salariés. Il n’y aura plus de smicard. Et la prime TVA versée en fonction de la catégorie d’établissements est une bonne solution. Nous l’avons également d’avantage ouverte aux saisonniers avec l’ancienneté requise de 4 mois. Cela valait le coup ! Cette signature va apaiser le climat social dans les entreprises, au moment où débute la saison d’hiver. Et elle va revaloriser l’image de la profession.  »

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Ce n’est que notre avis (mais on le partage!)

Il fallait le faire ! Et ils l’ont fait !

Que ce fut long, compliqué, stressant, harassant ! Dans le dialogue social à la Française, c’est la loi du genre, poussée cette fois à l’extrême. Avec une phase finale à haut risque de clash, qui s’est heureusement bien terminée. »77 coups de fil, 11 allers retour de projets de texte, rien qu’entre le samedi 12 et le dimanche 13″, raconte Jean-François Girault, le patron de la CPIH. Cela en valait la peine !

Car le résultat est là. Un accord social historique aux multiples avancées. L’abandon du Smic interprofessionnel au profit d’un salaire minimum supérieur de 1%. L’instauration d’une prime TVA pérenne et pour tous. La création d’une mutuelle frais de santé. Le passage à 10 jours fériés dont 6 jours garantis correspondant à une sixième semaine de congés payés. Etc.

Tout cela grâce à quoi ? A la TVA au taux réduit, qui a apporté le financement (1 milliard d’euros selon les employeurs). Grâce à qui ? Aux partenaires sociaux. Aux dix sur dix qui ont façonné 90 % du texte, en acceptant à deux reprises de le remanier, après l’opposition à l’accord de juillet et la menace qui pesait sur la mouture de novembre. Et aux six sur dix qui ont achevé l’épure avec cette prime TVA pérenne et ouverte et ce salaire minimum décollé (de 1 %) du Smic interprofessionnel.

Parmi ces six, enfin, difficile ne pas distinguer le trio syndical d’empêcheurs de signer en rond, passé maître dans l’art de faire monter la pression et d’alerter l’opinion. A savoir : une CGT prête (ce n’est pas si fréquent) à un compromis, à condition que les avancées soient bien au rendez-vous et pour tous les salariés, une FO jouant comme en 2004 un rôle pivot et fédérateur, et une CFTC, solidaire et courageuse jusqu’au bout, malgré les pressions dont ce soi-disant « maillon faible » a fait l’objet. CFTC sans qui cette intersyndicale volait en éclat. Et avec elle, l’espoir du grand accord connu aujourd’hui.

Alors oui, il fallait le faire, cet accord ! Car ce fut sacrément compliqué, les rivalités intra et inter syndicales n’arrangeant pas les choses. Il fallait le faire pour montrer aux salariés d’aujourd’hui et de demain, ainsi qu’à l’opinion, que dans les HCR, on sait dialoguer, négocier et conclure. Et au jeu des comparaisons de convention collective, on s’apercevra maintenant que celle des HCR est devenue désormais la plus avancée parmi celles de l’ensemble des branches composant le secteur Hébergement et Restauration.

C’est d’ailleurs autour de la restauration rapide d’engager un cycle de négociations pour établir une contrepartie à la TVA à 5,5 (appliquée à 100 % désormais). Négos également lourdes d’enjeux et qui débutent dans un climat de tension, avec une première menace d’opposition. A la Française ! Dans les traditions !

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Reportage : Juliette Micheneau
Avis : Jean-François Vuillerme


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