Les hôtels français sont-ils devenus trop chers ?

Pour 72 % des interrogés, les prix des petits-déjeuners sont devenus trop élevés.

Pour une majorité (57 %) des clients interrogés en juin 2010 par Coach Omnium, le prix des hôtels français est trop élevé voire excessif. Une perception des tarifs qui s’est sensiblement dégradée depuis deux ans. En 2008, 48 % des touristes sondés par le cabinet d’études les considéraient encore normaux ou accessibles contre 37 % aujourd’hui. Paradoxe, la hausse des prix hôteliers a ralenti depuis 1 an (+ 0,9 % à fin juin selon l’Insee) après des années de fortes inflations (jusqu’à + 6 % par an). Cependant, le reflux des promotions sur internet et le regain de demande touristique créeraient cette impression de prix cher, selon Coach Omnium. Avec le risque de provoquer à court terme une désaffection de l’hôtellerie classique au profit d’autres modes d’hébergement.

{{Le communiqué complet de Coach Omnium}}

– une perception de prix élevés
partagée par tous les types de clients : 56 % des employés/ouvriers, 59 % des cadres moyens, 52 % des cadres sup.

les femmes plus mécontentes des tarifs (47 %) que les hommes (38 %)

66 % de ceux fréquentant les 0 et 1 étoile les trouvent trop chers
– trop chers aussi les 2 étoiles pour 56 % des sondés

– thèmes souvent évoqués : « la faiblesse, la pauvreté et/ou le vieillissement des prestations face aux prix pratiqués »


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Perception des prix des hôtels français par la clientèle hôtelière (juin 2010)

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Questions à Mark Watkins, directeur de Coach Omnium

L’échantillon des 1088 clients interrogés par votre cabinet compte-t-il des étrangers ? Si oui, ont-ils une perception différente ?

L’échantillon compte environ 25 % d’étrangers. On ne trouve pas d’écarts significatifs entre les déclarations des clients français ou étrangers. Les étrangers fréquentant davantage les hôtels 3 étoiles et plus ont globalement les mêmes avis que les clients français qui sont utilisateurs de ces gammes.

Sans généraliser de trop, les Allemands, Néerlandais et Britanniques sont proportionnellement un peu plus nombreux à trouver nos hôtels chers comparés aux autres nationalités. Mais cela se joue faiblement : maximum à 5 points d’écarts.


La perception des prix est-elle différente selon que l’hôtel fait partie d’une chaine volontaire ou d’une chaîne intégrée ?

Je ne le sais pas, car nous n’avons pas spécialement distingué ce type d’hôtellerie dans nos questions. Sachant que, de toute façon, les clients ne savent pas identifier les chaînes volontaires des chaînes intégrées.

Mais il est certain que les clients d’hôtels trouvent autant les prix trop élevés pour des hôtels de chaînes que pour les indépendants et que la notion de cherté touche autant les limites des budgets des clients (« c’est trop cher pour moi ou trop cher par rapport à mes moyens ») que les perceptions de mauvais rapports prestations/prix (« c’est trop cher pour ce que c’est »).

Quels enseignements les hôteliers peuvent-ils tirer de cette enquête ?

Coach Omnium fait seulement son travail d’étude de la demande et du marché hôteliers, et livre ensuite les résultats de ses enquêtes à la profession.

Mais je dirai que la mauvaise prestation (ou l’offre vieillie) associée à des prix qui sont considérés comme trop élevés par les clientèles est un mélange acide, qui ronge l’envie de fréquenter les hôtels ou du moins à y passer plus d’une nuit (quand on ne peut faire autrement).

Mais par ailleurs, beaucoup d’hôtels, notamment de chaînes, qui ont été rénovés en ont profité pour augmenter fortement leurs prix. Trouver couramment des 3 étoiles à 160 euros la chambre et 15 euros pour le petit-déjeuner provoque une rupture chez la clientèle.

On sait par exemple que de plus en plus de clients ne prennent plus leur petit-déjeuner à l’hôtel (les taux de captage au petit-déjeuner s’effondrent), mais vont dans un bistrot ou l’achète au supermarché du coin, en sortant de l’hôtel.

Bref, si les hôteliers gagnent en marge en pratiquant des tarifs considérés comme trop élevés par 2/3 de leurs clients, ils le paieront par le fait que ces derniers effectuent déjà moins de séjours et qu’ils sont plus courts. Voire, évidemment, continueront à trouver des modes d’hébergement para-concurrents meilleur marché.

Ne pas oublier non plus que les prix sont devenus moins intéressants sur Internet depuis que la demande est revenue dans le tourisme. Il y a de moins en moins de tarifs promotionnels intéressants, donc une proportion maintenant importante de la clientèle trouve que l’hôtellerie pratique par cette voie aussi des prix exorbitants ou exagérés.

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Texte et questions écrites : Jean-François Vuillerme
Données et tableaux : Coach Omnium
Photo : copyright, droits réservés

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