Les bonnes fortunes du Top 14

Le parapluie fiscal concocté par Bercy ne semble pas suffire. Paul Dubrule, le co fondateur d’Accor, s’est expatrié en Suisse en raison de sa fiscalité avantageuse. Les 13 autres grands fortunés des HCR sont restés en France.

Leur fortune professionnelle a fait un bond de 50 % en 1 an. 2 milliardaires et 12 multi millionnaires, 14 grands patrons de l’hôtellerie restauration figurent dans les 500 plus grandes fortunes de France selon le classement 2010 du magazine Challenges. Les chiffres clefs de Challenges, l’analyse d’HR-infos.

Le classement complet sur le site de Challenges


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Le classement 2010

en millions d’euros, extrait du classement

N°24 –Pierre Bellon et ses enfants -2 160 M?- Sodexo- Restauration et services

N°29-Famille Desseigne-Barrière-1 500 M?- Groupe L Barrière- Casino et H.

N°80- Louis Le Duff – 450 M? – Groupe Le Duff – Agroalimentaire et Rest.

N°93- Robert Zolade – 400 M?- Elior – Restauration sous contrat

N°100- Bernard Bellon et sa famille-380 M?-Sodexo- Restauration et services

N°150- Gérard Brémond – 240 M? – Pierre et Vacances – Résidence loisirs

N°199-Gilbert et J-Louis Costes et leur famille-160 M?-Groupe Costes-Rest

N°211- Olivier Bertrand – 150 M? – Groupe Bertrand – Restauration

N°252- Paul Dubrule – 125 M?- Accor – Hôtellerie et services

N°252- Gérard Pélisson – 125 M? – Accor – Hôtellerie et services

N°317- Gérard Joulie – 90 M? – groupe Joulie – Restauration

N°396- Olivier Sadran – 70 M? – Newrest – Restauration

N°438- Régis Arnoux et sa famille – 63 M? – Catering International services

N°468- Famille Jacquier – 63 M? – B&B Hôtel- Hôtellerie

Précisions
– Pierre Bellon et Bernard Bellon contestent l’évaluation de Challenges.

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Méthodologie

– Par fortunes, Challenges entend « fortunes professionnelles ». Calculées, pour les sociétés cotées, à partir des cours de bourse multipliés par le nombre d’actions détenues, et pour les sociétés non cotées, à partir de leurs chiffres d’affaires, résultats et actifs nets.

– Les estimations sont soumises aux intéressés, selon une procédure contradictoire qui permet de les corriger ou de les contester publiquement.

– Sont exclus des chiffrages les biens immobiliers détenus à titre personnel, les oeuvres d’art et les signes extérieurs de richesse.

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Ce n’est que notre analyse (mais on la partage !)

Créateurs de richesses

Ils n’ont jamais été aussi riches, les 14 richissimes entrepreneurs de la branche d’activité Hébergement Restauration. Leur patrimoine s’est valorisé de 46 % d’une année sur l’autre, pour atteindre la somme record de 5,788 milliards d’euros. Oubliée donc, la « crise », qui avait légèrement écorné leur magot en 2009 (- 8,6 %). Nos 14 font même mieux que l’ensemble des 500 plus grands fortunés de France, dont le portefeuille ne s’est bonifié que de 25 %…, en pesant 241 milliards d’euros (soit 12,4 % du PIB français).

Mais les fort fortunés du secteur sont toujours aussi peu nombreux. 14 en 2010 et 2008, 13 en 2009. 10 spécialistes de la restauration, 4 de l’hébergement. Certains d’autres développant conjointement un deuxième métier majeur. En amont : Louis Le Duff dans l’agroalimentaire. Ou en aval : Bellon, Dubrule, Pélisson dans les activités de services, les Desseigne-Barrière dans les jeux. Seul nouvel entrant cette année, un hôtelier, la famille Jacquier, qui détient selon Challengers 12 % de B&B, chaîne d’hôtel économique (178 M? de CA).

2010 a donc marqué une forte valorisation des patrimoines professionnels, pour 12 personnalités sur 13. La palme revient à la famille Desseigne-Barrière. Détenant 51 % du groupe Lucien Barrière, détenteur de casinos, d’hôtels et de restaurants), sa fortune a bondi de 117 % par rapport à 2009. Du coup, les Desseigne-Barrière se hissent au rang des milliardaires en euros, au côté de l’inamovible Pierre Bellon. Le fondateur de Sodexo, groupe mondial de restauration et services (14,7 milliards de CA), trône toujours à la première place, avec une cassette qui pèse à elle seule le tiers de la fortune totale de notre top 14.

Louis Le Duff n’est pas en reste non plus. L’heureux patron de La Brioche Dorée (il en possède 100 %) et du groupe éponyme récolte les fruits de son intégration verticale (ses usines alimentent ses boutiques et nombre de chaînes hôtelières) et de son credo internationalisé pour la franchise. Sa richesse professionnelle a augmenté de 96 % par rapport à 2009.

Seul parmi les 14 à voir la valeur de son patrimoine légèrement baisser cette année (-10 %, à 90 M?), Gérard Joulie, le patron de 11 brasseries parisiennes, la dernière en date étant le célèbre Bouillon Chartier, racheté en 2007.

Des progressions vertigineuses

En détaillant les tableaux figurant sur le site internet de Challenges, on note que les fortunes ont connu de fortes progressions chez la majorité des 14, doublant voire triplant de valeur en l’espace de 5 ans. C’est en particulier le cas pour Pierre Bellon, les Desseigne-Barrière ou Olivier Bertrand.

Aux côtés de quelques heureux héritiers qui auront su (c’est au moins leur mérite) faire fructifier leur reçu, ce sont surtout des patrons conquérants, bâtisseurs de grands groupes aussi bien internationaux (Bellon, Zolade, Dubrule Pélisson, Brémond…) que locaux (Costes, Joulie …) qui font la course en tête des grandes fortunes.

Ces stratèges aux nez creux n’ont cessé de réinventer leur métier en imposant au marché et à l’Etat (il a accompagné le mouvement par des défiscalisations) des concepts incontournables aujourd’hui : franchise, hôtellerie de chaîne, titres de services, restauration sous contrat, résidence de vacances.

Nos très riches le sont donc surtout devenus par le mérite essentiel d’avoir créé de la richesse pour l’économie française. Que celle-ci soit ensuite redistribuée mieux qu’elle ne l’est aujourd’hui entre tous les acteurs économiques qui contribuent à la créer, c’est tout le débat, très prenant dans notre pays épris d’égalité.

Quels sont les futurs très riches demain? Question à 55 millions d’euros ! Le ticket désormais pour entrer dans ce Top 500 de Challenges. Certains sans doute n’en sont plus très loin. Ou pourraient y figurer déjà, si les enquêteurs du magazine Challenges les avaient repérés. Au premier chef, des propriétaires de groupes d’hôtels indépendants et de chaînes de restauration thématiques.

Mais il faut se rendre à l’évidence, le nombre de très grandes fortunes dans les HCR continuera de rester faible au regard de son poids réel dans l’économie française, aussi longtemps que les HCR ne compteront pas davantage de grands groupes.

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Enquête : magazine Challenges
Texte : Jean-François Vuillerme
Photo:©Garel/Rea

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