Classement hôtelier : le sondage qui fait mal !

Selon le sondage réalisé par le cabinet spécialisé Coach Omnium auprès de 529 hôteliers indépendants, plus de la moitié des professionnels renonceraient au nouveau classement. Rejet de la procédure, coût »

Selon le sondage réalisé par le cabinet spécialisé Coach Omnium auprès de 529 hôteliers indépendants, plus de la moitié des professionnels renonceraient au nouveau classement. Rejet de la procédure, coût"

Le nouveau classement pourrait inverser les données actuelles. Avec moins d’hôtels classés, mais une majorité d’hôtels de chaînes et d’établissements moyen-haut de gamme. Et une minorité d’indépendants et de catégories économiques.

{{Ecouter l’interview de Mark Watkins}}

1 – des hôteliers réticents

2 – un engouement à étoiles variable

3 – la politique de la carotte

4 – que faire ?

Selon le sondage réalisé par le cabinet spécialisé Coach Omnium auprès de 529 hôteliers indépendants, plus de la moitié des professionnels renonceraient au nouveau classement. Rejet de la procédure, coût trop élevé, peur de l’échec, les réticences sont multiples. Les chaînes hôtelières, au contraire, votent pour, à l’exemple du groupe Accor qui sollicite le classement pour l’ensemble de ses hôtels et en escompte au passage le gain d’une étoile supplémentaire sur toute la gamme. Coach Omnium, critique face à ce nouveau classement, demande une révision des critères obligatoires pour l’instant trop déconnectés des attentes des clients. Ecoutez le témoignage de Mark Watkins, directeur du cabinet Coach Omnium. Sollicité par HR-infos, Atout France n’a pas souhaité réagir à ce sondage.

LES PRINCIPAUX RÉSULTATS DU SONDAGE

Les hôteliers indépendants de tourisme face au nouveau classement hôtelier


Pour 42 % des hôteliers interrogés par Coach Omnium, le nouveau classement est « un support approprié » pour promouvoir leur hôtel. 31 % pensent le contraire. 27 % n’ont pas d’opinion.

Les raisons pour lesquelles 53 % ne souhaitent pas demander un nouveau classement


*Autres motifs mentionnés : « Veut rester dans la même catégorie », »n’a pas de projet pour l’établissement », »veut vendre l’hôtel », »part bientôt à la retraite et il n’y a
pas de repreneur », »craint que ça n’apporte une clientèle désagréable », »ne veut pas changer de clientèle », »vient de reprendre et à déjà beaucoup à faire par ailleurs », »classement inutile avec Internet », »classement trop lourd », »classement inadapté aux hôteliers in dépendants », »classement inadapté aux problèmes de la profession », »ne sait déjà pas s’il arrivera à se mettre aux normes de sécurité », »des travaux seraient nécessaires pour
pouvoir prétendre au nouveau classement », »ne peut pas assurer le service requis par le nouveau classement ».

Les motifs des 47 % qui souhaitent ou ont demandé le nouveau classement

– 26 % ont l’intention d’augmenter de catégorie (demander une étoile supplémentaire)
– 57 % resteront dans la même gamme
– 17 % ne savent pas encore quelle option prendre (gagner une étoile ou rester dans la même catégorie).

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Les conditions de réalisation du sondage
-*réalisé dans le cadre d’une étude globale sur la commercialisation des hôteliers indépendants français
-* 529 hôteliers indépendants interrogés, membres ou non de chaînes volontaires
-* méthode : interviews directes par téléphone réalisées entre novembre 2010 et janvier 2011
-* échantillon proche des moyennes nationales en répartition catégorielle
-** avec « légèrement moins d’hôtels dans les catégories super économiques »

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Lien vers le site plateforme de demande de classement

931 établissements pour l’instant classés aux nouvelles normes (*)

27 classés 1 étoile
227 classés 2 étoiles
418 classés 3 étoiles
144 classés 4 étoiles
115 classés 5 étoiles

D’avantage de nouveaux classés mais à un rythme quasi inchangé

En l’espace de 3 mois (de mi décembre à mi mars), le nombre d’hôtels classés aux nouvelles normes a augmenté de 279 unités (+ 43 %). Le rythme de classement n’a pas sensiblement accéléré par rapport à celui observé fin 2010 . Il demeure inférieur à 100 nouveaux inscrits par mois.

Après avoir démarré en trombe en 2010, la nouvelle catégorie des 5* enregistre peu de nouveaux membres (6 de plus) début 2011. Contrairement aux 4 * (+ 58 unités/ + 67,4 % de nouveaux classés) et aux 3 * (+ 130 unités/ + 45,1 %). La progression est également sensible dans les 2 * (+ 75) et dans les 1* (+ 10), mais sur des volumes restant faibles.

Du coup, les 1* et 2* restent sous représentés par rapport au classement antérieur. Contrairement aux catégories 3* et 4*, sur représentées. Comme déjà constaté, le nouveau classement a permis à la grande majorité de ces établissements d’obtenir une étoile supplémentaire.

Le cap des 1000 nouveaux hôtels classés sera franchi d’ici quelques semaines. Assistera-t-on à une accélération à partir du deuxième trimestre 2011 ? Hypothèse vraisemblable avec l’effet d’entraînement produit par l’annonce du groupe Accor de lancer la procédure de classement de ses 1 400 hôtels.

(*) Classement établi à partir de la liste publiée par Atout France au 17 mars 2011

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Ce n’est que notre avis (mais on le partage !)

Une prise de risque à soupeser

Deux questions se posent à la lecture de ses résultats. Les hôteliers interrogés qui ne souhaitent pas souscrire au nouveau classement ont-ils définitivement tranché, 15 mois avant la disparition (juillet 2012) du classement actuel ? Quelles seraient les conséquences de leur « déclassement » pour la bonne marche de leurs affaires ?

A la première question, on peut estimer qu’une partie de ces 53 % de réfractaires finira par se porter candidat, une fois réévalué le risque induit par leur disparition des registres et mieux compris l’intérêt (défensif ou offensif) d’être classé. Combien d’entre eux feront volte-face ? Impossible à prévoir. Pour s’en faire une idée, il faudrait que le cabinet Coach Omnium réinterroge ce même panel dans quelques mois.

La réponse à la deuxième question dépend de la perception que l’hôtelier se fait de l’importance de ce nouveau classement. Est-il susceptible de faire perdre ou de faire gagner des clients ? Ou sera-t-il sans effet sur les taux d’occupation et les RevPar ?

Aucun professionnel n’ignore que l’actuel classement, obligatoire, a perdu de sa primauté. S’il arrive encore au troisième rang des critères de sélection d’un hôtel, il se situe assez loin derrière celui de l’emplacement et celui du prix comme l’a montré la grande étude réalisée par Coach Omnium sur les attentes et les comportements de la clientèle hôtelière . Mais devenu volontaire et modernisé dans ses critères, il n’est pas exclu que le nouveau classement acquiert d’avantage de réputation, en particulier aux yeux de la clientèle internationale.

Cette question de l’intérêt du nouveau classement, des opportunités qu’il offre, les concurrents des hôteliers indépendants semblent l’avoir déjà tranchée. Ce qui devrait les alerter ! Les chaînes hôtelières, en effet, en tous les cas la première d’entre elle, le groupe Accor, vont s’engager résolument dans la procédure de classement de toutes leurs unités. Qui pourrait se traduire, c’est en tout cas son objectif, par le gain d’une étoile dans toutes les catégories. Objectif on ne peut plus atteignable au vu des critères du nouveau classement sur lesquels Accor a largement imprimé sa marque.

Ce qui serait donc souhaitable et souhaité pour les franchisés et les succursales des chaînes ne le serait donc pas pour les hôtels indépendants ? Les uns et les autres n’évolueraient donc pas sur les mêmes marchés, ne se disputeraient pas les mêmes clients, ne se livreraient à aucune concurrence, ne chercheraient pas à conquérir des parts de marché ? Qui peut le croire ? C’est justement parce que ce marché est concurrentiel que les chaînes hôtelières ont décidé de faire de l’obtention de ce nouveau classement un nouvel atout.

Des raisons impérieuses (décrites par Coach Omnium) peuvent conduire certains hôteliers indépendants à renoncer à cette ambition (fin programmé de l’activité, coût non finançable d’une remise aux normes »?). Mais pour tous les autres, qui veulent continuer à exister sur leur marché, y maintenir ou développer leur part, il y a un risque à disparaître de ce classement, aussi discuté soit-il, qu’ils devront soupeser avec beaucoup d’attention et de précaution.

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Interview : Mélanie Antoine
Avis : Jean-François Vuillerme

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