Classement hôtelier : la guerre des étoiles aura-t-elle lieu ?

En réformant son classement hôtelier, en grande partie dépassé, la France tient une chance unique de moderniser son parc d’hôtels, qui en a urgemment besoin. Mais des divergences de vue sur le référentiel des nouvelles « 

En réformant son classement hôtelier, en grande partie dépassé, la France tient une chance unique de moderniser son parc d'hôtels, qui en a urgemment besoin. Mais des divergences de vue sur le référentiel des nouvelles "

Mark Watkins, Hervé Novelli et Christine Pujol sauront-ils rapprocher leur point de vue ? C’est hautement souhaitable !

Ecoutez notre enquête

Ecoutez l’analyse de Mark Watkins

En réformant son classement hôtelier, en grande partie dépassé, la France tient une chance unique de moderniser son parc d’hôtels, qui en a urgemment besoin. Mais des divergences de vue sur le référentiel des nouvelles normes et la manière de l’appliquer sont vite apparues entre Hervé Novelli, le secrétaire d’Etat au Tourisme, les 5 grands syndicats hôteliers et, surtout, les experts du Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française (CPMH ) présidé par Mark Watkins. Quelles sont leurs positions, points d’accords et de désaccords ? Analyse, interviews croisées et enquête sur le terrain.

Sans rénovation, ces 2 étoiles seraient rétrogradés demain


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Le projet actuel de référentiel

Les avancées clé du texte

– un hôtel peut accéder aux étoiles à partir de 6 chambres

– disparition du « 0 étoile », apparition du « 5 étoiles » (remplace 4 étoiles luxe)

– classement sur 320 critères, contre environ 40 aujourd’hui. Pour entrer dans la catégorie visée, il faut en satisfaire au moins 95%. Si un hôtelier ne répond pas à la totalité des points obligatoires nécessaires, il peut les compléter avec des optionnels. Ces derniers pourront, à terme, devenir obligatoires.

– intégration des critères de service, d’accueil, d’état des équipements, de propreté, de développement durable et d’accueil des handicapés.

– normes évolutives et audits effectués tous les 3 à 5 ans

– création d’un organisme central supervisant les normes et les évolutions.

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L’examen critique du référentiel fait par le comité

Les points de désaccord

– un texte élaboré sans consultation extérieure et sans étude de clientèle

– le CPMH lui reproche d’être un « simulacre de modernité » notamment dans les gammes économiques.
– ainsi, un 1 étoile pourra se contenter de chambres de 7 m2 pour 1 personne et 8 m2 pour 2 personnes, au lieu de 8 m2 et 9 m2 actuellement. Et un 2 étoiles n’aura pas l’obligation d’équiper toutes ses chambres de salles de bain.

critères parfois très flous, concernant notamment les petits-déjeuners, le chauffage des chambres, l’occultation, l’isolation phonique. »?

– les contrôles, effectués auparavant par les services de l’Etat (DGCCRF), le seront désormais par des cabinets d’audit privés, et seront donc payants.
– le CPMH craint par ailleurs des dérives clientélistes.

– un classement seulement volontaire et non plus obligatoire.

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Ce que Hervé Novelli a déjà annoncé

le secrétaire d’Etat au Tourisme
retient la proposition d’un système par critères obligatoires et optionnels.

– il annonce que les contrôles se feront par des cabinets d’audit privés et indépendants. « Chaque organisme enverra son rapport au préfet qui accordera ou non les étoiles » (JDD, 07/09/2008).

– la profession veut peser sur le choix de ces cabinets.

– un cabinet d’étude marketing sondera un panel de clients français et étrangers.

– les hôteliers seront aidés financièrement.
– le mécanisme reste à définir : Hervé Novelli a évoqué un accord avec Oséo ou la Caisse des dépôts (prêts bonifiés etc.)

– le classement se fera sur la base du volontariat, il ne sera pas obligatoire comme le demandaient d’une même voix les syndicats hôteliers et le CPMH.

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Ce qu’il faut aussi savoir

– la France compte aujourd’hui environ 17 5OO hôtels étoilés
.

– du temps où Luc Chatel était secrétaire d’Etat au Tourisme, les syndicats hôteliers avaient été chargés d’un rapport sur le sujet. C’est à Hervé Novelli qu’ils l’ont remis, en juin dernier.

– le CPMH estime de 6 00 à 10 000 euros par chambre le coût des travaux pour qu’un hôtel 1 étoile se maintienne dans le nouveau classement.

surface des chambres telle qu’elle est définie par le projet de syndicats (chambres 1 personne, sanitaires compris) : 7 m2 pour un 1 étoile (au lieu de 8 jusqu’à présent), 9,75m2 pour un 2 étoiles (pas de changement), 11,5m2 pour un 3 étoiles (idem), 14 m2 pour un 4 étoiles au lieu de 13), 20m2 pour un 5 étoiles (au lieu de 16 pour un 4 étoiles luxe du classement de 1986)

– le classement serait officialisé par un arrêté fin décembre.

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Ce n’est que notre avis (mais on le partage !)

Ambition, concertation, temps … Et argent !

Mettons les pieds dans le plat ! Il n’est pas souhaitable de publier l’actuel projet de référentiel du nouveau classement hôtelier. Car, en l’état, il est encore discutable et discuté, malgré d’indéniables avancées, en comparaison des normes de 1986. Projet qui n’est pas seulement discuté d’ailleurs entre Mark Watkins, le très tenace et indépendant président du Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française, et le reste de la planète hôtelière !

Mark Watkins a raison de se montrer exigeant sur les critères de ce référentiel qui doit servir de levier pour la remise à niveau général des hôtels. Mais Christine Pujol, la nouvelle présidente de l’Umih voit également juste quand elle met en garde contre un référentiel trop exigeant qui conduirait à la fermeture de milliers d’établissements. Et l’un et l’autre sont fondés à demander le maintien du caractère obligatoire du futur classement.

Pour un Grenelle de l’hôtellerie française


Le projet actuel ne fait pas consensus et n’a été pas concerté en dehors des syndicats hôteliers. Il serait, par conséquent, prématuré de publier fin décembre l’arrêté promulguant le nouveau référentiel. D’autant que le financement public qui doit faciliter la rénovation des établissements reste flou et insuffisant.

La modernisation de notre hôtellerie est lourde d’enjeux pour la profession. Mais aussi pour l’image et l’économie de notre pays. Réformer son classement est donc bien un sujet d’intérêt général. Dans l’esprit du Grenelle de l’environnement, il appartient donc à l’Etat de réorganiser les travaux au sein d’un comité de pilotage élargi. Et de fixer un nouveau calendrier, pour une publication au premier semestre 2009.

Fixer des délais réalistes pour réaliser les travaux

Selon le même principe du Grenelle, il serait prudent de prévoir des délais suffisants (3 à 5 ans ?) avant l’application complète du référentiel, pour ne pas pénaliser les hôteliers devant réaliser des travaux lourds et coûteux.

Reste à souhaiter que les principaux acteurs professionnels et publics du dossier travaillent ensemble et rapprochent leur point de vue. Hervé Novelli a, semble-t-il, retenu cet été des propositions de Mark Watkins. Et Christine Pujol montre une volonté de dialogue qui manquait à son prédécesseur, André Daguin, très braqué contre le président du CPMH. Reste aussi à ce dernier, pas du genre à trahir « l’esprit » de la réforme, à faire tout de même preuve d’ouverture sur sa « lettre » !

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Reportage, enquête et photos (portraits exceptés): Julie Gacon
Avis : Jean-François Vuillerme
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