Chasseur de primes, emploi déprime

Jacques Borel, président du club TVA, et Philippe Seguin, président de la Cour des comptes, de retour sur la scène.

On en a pas fini, avec le feuilleton TVA ! Du pain béni pour les médias ! Avec deux bons épisodes, en semaine 41. Morceau royal sur France 2, l’enquête d’Envoyé Spécial et cette séquence exceptionnelle : les confidences de Jacques Borel sur son métier de lobbyiste du taux réduit. Autre pièce de choix, le rapport de la Cour des comptes sur les prélèvements obligatoires. 1 petite page seulement (sur 314) consacrée aux effets emplois « très incertains » du taux réduit sur la TVA. Mais la plus commentée d’entre toutes !


Ce n’est que notre avis (mais on le partage !)

Les convaincus et les ceux qui doutent !

Les journalistes disent de lui : « C’est vraiment un bon client ». A plus de 80 ans, Jacques Borel n’a toujours pas sa langue dans sa poche et fait preuve d’une franchise déroutante et parfois, il faut bien le dire, provocante. En quittant son bureau des Champs-Elysées, les reporters d’Envoyé spécial qui préparaient leur enquête diffusée le jeudi 8 octobre se sont sans doute dits qu’ils venaient de toucher du lourd !

Songez que le président-fondateur du club TVA venait de leur confier le montant de la prime (1 million d’euros avant impôt, si nous avons bien entendu), qu’il percevrait des membres de son club, au titre de l’obtention du taux réduit. Dans le monde discret des cabinets d' »influences », ces montants n’ont rien de surprenant. Mais ils ne transpirent jamais. Ils ne finissent jamais, au grand jamais, sur la place publique. Avec Monsieur Borel, si ! Incorrigible Monsieur Borel !

Fanfaronnade de la part de Mister JB ? Pas sûr. Légèreté ? Plus probable. Mais il est vrai que Maître Jacques, formé « A l’américaine », n’a jamais entretenu le moindre tabou à l’égard de l’argent. Il n’est pourtant pas taxé à l’ISF et n’a pas fait fortune durant sa vie professionnelle.

Mais par ces temps de crise, cette annonce imprudente n’a sans doute pas servi la cause du taux réduit ni la sienne propre. Aussi légitime d’ailleurs soient les 5,5. Quand, du moins, ils bénéficient autant aux clients, sous forme de baisse de prix, et aux salariés, par de meilleurs salaires et des embauches, qu’aux restaurateurs. Ce que justement, Jacques Borel n’a jamais cessé de répéter et de démontrer.
Tout le problème, c’est que ce retour client-emploi fonctionne mal pour le moment, en dehors des chaînes qui ont bien intégré le message martelé par Jacques B, et également d’indépendants, toutefois moins nombreux en proportion à s’être mobilisés.

Ce retour mal amorti, le Conseil des prélèvements obligatoires, institution financière rattachée à la Cour des comptes, l’a anticipé dans un rapport rendu public mercredi 7 octobre. En conclusion d’une démonstration économique complexe dont la juridiction a le secret, les magistrats financiers estiment à 6 000 seulement le nombre d’emplois créés à long terme.

Le principal enseignement de ce rapport est, en réalité, à chercher ailleurs. Il démontre, à nouveau, qu’au plus haut niveau de l’Etat, on a toujours douté des effets vertueux du taux réduit. Oui, mais voilà, on l’avait fait promettre à Jacques Chirac, qui n’avait pas pu tenir la promesse. Raison de plus pour que Nicolas Sarkozy la tienne. Et celle-ci, il l’a tenue !

Quoi qu’il en soit des études savantes, le taux réduit est en route. Et à défaut d’un contrôle des prix ou d’une mesure coercitive, seul le marché pourra imposer une baisse de prix et des créations d’emploi. Les chaînes de restauration l’ont compris. Ce sont surtout elles, pour l’instant, qui empochent les bénéfices de la TVA à 5,5. Tout juste ce qu’avait prédit ce diable de Jacques Tricatel Borel. L’économie française dans son ensemble et les recettes de l’Etat gagneront-elles, elles-aussi, au taux réduit ? C’est une toute autre histoire… Gardons une poire pour la soif. Une migraine est si vite arrivée !

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Texte : Jean-François Vuillerme

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