La première destination française fait figure d'exception. 264 hôtels et 22 640 chambres classées 4 étoiles en 2015, 348 et 29 000 en 2017 ! Paris affiche un record de progression dans cette gamme. Ici l’hôtel Monge, récemment ouvert au coeur du Quartier Latin, décoré par Marie-Agnès Louboutin et Patrice Henry, qui ont revisité les codes des grandes maisons bourgeoises du XIXème siècle et imaginé l’hôtel Monge tel un voyage au coeur du Jardin des Plantes.

La France a perdu l'an dernier des hôtels et des campings classés en 1 et 2 étoiles, mais aussi des résidences de tourisme, des villages vacances et des auberges de jeunesse. Cette situation assez nouvelle et peu contestable ressort des statistiques officielles produites par l'Insee, avec le concours des collectivités territoriales et de la Direction Générale des Entreprises (en charge du Tourisme au ministère de l'Economie).

S'agissant des hôtels, le recul est minime mais symbolique. La France comptait en janvier 2017 une trentaine d'hôtels de moins qu'en janvier 2016 (18 382 vs 18 415, sur l'ensemble du territoire nationale, à l'exception de Mayotte). Rien d'inquiétant en apparence, puisque la capacité en chambres continue d'augmenter (659 773 vs 655 942). Par ailleurs, la destination compte toujours un gros millier d'hôtels supplémentaires par rapport aux années 2011-2013 (qui en comptait environ 17 000) et pratiquement 25 000 chambres de plus.

Mais à regarder de plus près les séries de l'Insee, on observe cette fois de plus fortes rétractions sur trois catégories d'hôtels qui recensent la fois moins d'adresses et moins de chambres.

C'est d'abord le cas des hôtels non classés. Rien de surprenant de prime abord, leur stock diminue régulièrement depuis l'instauration définitive en 2012 du nouveau classement hôtelier. Pour deux raisons : ces hôtels ont tout bonnement disparu pour être transformés en bureau, résidence, etc, ou sont entrés dans le giron du parc classé, après travaux de réhabilitation.

Mais c'est aussi le cas de l'hôtellerie économique classée 1 et 2 étoiles. Sa réduction numérique s'explique-t-elle par un transfert de classement vers le 3 étoiles ? Probablement pas, ou en tout cas partiellement. La montée en gamme, en partie artificielle, consécutive au nouveau classement n'a pas empêché le parc de 1 et 2 étoiles de s'accroître lui aussi, notamment en absorbant des non classés. Mais ce motif ne suffit plus non plus. Début 2017, les non classés perdaient pratiquement 180 hôtels et 5 000 chambres, pendant que les 1 et 2 étoiles en perdaient respectivement 82 et 2 300. A supposer donc que les transferts du non classé vers le classé se poursuivent, ils ne suffisent plus à enrayer l'érosion de ce parc "Eco".

Des fins d'activité, y compris par liquidation judiciaire (225 liquidations d'hébergement touristiques ont été prononcées en 2016, 284 en 2015), sont donc assez probables, même si il est difficile voire impossible pour l'Insee d'identifier, adresse par adresse, leur motif réel. Les difficultés économiques en sont bien entendu la première cause. Vient ensuite celle des successions.

Les quatre autres grands modes d'hébergement touristique collectifs ont également concédé du terrain depuis 24 mois, dans des proportions plus importantes que les hôtels. Y compris les campings, malgré la légère progression du nombre d'arrivées et de nuitées en 2016 et 2015. Contrairement à ce qui est dit, les auberges de jeunesse, malgré quelques gros porteurs parisiens (Generator,Saint-Christopher...), perdent des milliers de places. Tout comme les villages vacances (10 000 places de moins) et surtout les résidences de tourisme qui ont perdu en deux ans 110 adresses et quelque 16 000 lits, soit environ 4 % de leur capacité. Ce secteur, qui passait (et il le fut) pour un paradis fiscal, traverse une sérieuse crise de croissance, fragilisant au passage les placements financiers de dizaines de milliers de petits investisseurs.

Cette contraction de l'hébergement touristique collectif en France interroge, il est nécessaire d'en comprendre les raisons. Simple effet d'une conjoncture touristique déprimée ces deux dernières années ? Rentabilité insuffisante des structures petites et désinvesties ? Volatilité des clientèles Loisirs, plus comptables de leurs dépenses et d'avantage attirées par de nouvelles expériences de voyages ? Si le parc officiel continuait de se réduire, il faudra aussi se demander comment l'on pense accueillir 100 millions de visiteurs à partir de 2020. En se résignant à admettre que la location entre particuliers, une fois encadrée et légitimée par l'arrivée d'opérateurs "respectables" comme AccorHotels, est mieux qu'un pis aller.

L'examen région par région de l'évolution du parc d'hébergement touristique est également riche d'enseignements. Les disparités y sont importantes. L'essor du parc hôtelier et résidentiel sur Paris (la capitale compte 50 hôtels et 2000 chambres supplémentaires en 2 ans) masque le dépérissement d'autres destinations. HR-infos vous en proposera très prochainement l'analyse.

Hébergements touristiques collectifs en France métropolitaine : l’évolution sur cinq ans

SOURCES DES DONNEES ET DU TABLEAU

  • Insee en partenariat avec la DGE et les partenaires territoriaux en région
  • HR-infos pour le tableau comparatif des données annuelles

PRECISIONS

  • données France métropolitaines actualisées au 1 er janvier 2017
  • les résidences de tourisme incluent des établissement dits « assimilés »
  • Les villages de vacances incluent les maisons familiales de vacances
  • Les auberges de jeunesses incluent les centres internationaux de séjour et les centres sportifs
  • Les données en bleu correspondent à des chiffres en progression par rapport à ceux de à l’année N – 1
  • Les données en rouge correspondent à des chiffres en recul par rapport à ceux de l’année N – 1

Bases statistiques Insee utilisées par HR-infos (capacités des communes en hébergement touristique – années 2013 à 2017)

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