Condamnées, les petites structures à bas prix situées en centre ville ou zone rurale, manquant de rentabilité, d’investissement et d’attrait pour la clientèle.

Près d’1 hôtel classé sur 4 fermeront leurs portes d’ici fin 2012, avertit le Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française, qui s’appuie sur ses enquêtes clients et les données de Chambres de commerce et d’industrie. Mais une partie d’entre eux ne sont pas irrémédiablement condamnés, estime son président, Mark Watkins. A condition que les pouvoirs publics se saisissent de la situation et engagent des mesures ciblées : aides à l’installation de jeunes entrepreneurs, incitation fiscale à l’investissement privé.

Les chiffres clefs de l’Insee sur la période 1995-2009

le nombre d’hôtels classés (17 487) baisse de 13 %
-* le recul concerne uniquement les 0 * (- 18,4 %), les 1 * (- 142 %) et les 2 * (- 11,1 %)

Le nbre de chambres d’hôtels classés (612 082) progresse de 2,6 %
-* en revanche, les 1* en perdent 47 % et les 2 * 11,7 %
-* à contrario, les 0* en gagnent 63,6 % et les 3 * 14,5 %

– sur la période, le nombre de résidences de tourisme triple (1 835), celui des chambres d’hôtes double (37 576)

-* la capacité en lits des résidences est multipliée par 2,5 (625 747)
-*celle des chambres d’hôtes est multipliée par 2,1 (75 152)

– le nombre de terrain de camping recule de 8,2 % (7 528)
– le nombre d’emplacements en camping baisse de 1,3 % (918 712)

Les séries statistiques Insee
(En pdf à télécharger)

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{{Campings}}

{{Résidences, chambres d’hôtes, villages de vacances}}

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L’interview de Mark Watkins

Mark Watkins, le Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française prévoit la disparition de 4 000 hôtels classés d’ici 2012. Sur quelles études vous fondez-vous pour aboutir à ce chiffrage ?

«Sur la base d’une première enquête faite en 2008 auprès de l’hôtellerie indépendante, nous avions établi une première estimation de 1.700 à 2.400 hôtels qui fermeraient. Le réseau des CCI a considéré que nous restions trop optimistes et a estimé une perte prévisible de près de 4.000 classés. Nous nous sommes ralliés à cette évaluation qui nous paraît plus réaliste.»

Vous avancez une série de raisons à ces disparitions, raisons qui renvoient à une cause première : ces hôtels ne sont plus adaptés au marché. Dans ce contexte, est-il juste de parler de fermetures massives et pourquoi les dénoncer ? Ces hôtels ne ferment pas pour se délocaliser en Asie, mais par manque de clients !

« Perdre 4.000 hôtels classés sous 3 ans, c’est davantage et plus accéléré qu’en 15 ans ! N’est-ce pas plutôt massif et inquiétant ?

D’une manière générale, c’est l’hôtellerie en milieu rural (près de 4.300 adresses au total), les hôtels de moins de 20 chambres, les saisonniers et les hôtels vétustes des centres de grandes villes (Marseille, Paris, Toulouse, »?) qui sont les plus visés par des risques avérés et quasi mécaniques de disparition.

LES HOTELS INSALUBRES DE CENTRE VILLE CONDAMNÉS

Si les premiers sont en péril à cause d’une insuffisance de clientèle, il n’en va pas de même des hôtels classés vieillis et parfois insalubres des centres villes, qui n’ont pas souhaité s’améliorer. Il est certain qu’on ne pourra rien faire pour beaucoup d’hôtels. Mais on ne peut pas rester les bras croisés face à des fermetures dans beaucoup de campagnes, qui ont besoin d’hébergements touristiques.

Quoi qu’il en soit, s’adapter au marché, c’est bien sûr moderniser son offre pour regagner des clients, mais aussi moderniser les esprits et les méthodes de commercialisation. Dans le premier cas, cela demande de l’argent, qui manque le plus souvent. Dans les seconds, cela demande une meilleure professionnalisation.»

L’Insee note que le nombre d’hôtels classés diminue depuis 15 ans, mais pas leur nombre de chambres. Et l’Insee observe aussi que les structures d’hébergement touristique sont en augmentation, grâce en particulier au développement des résidences de tourisme et des chambres d’hôtes. Cette mutation de l’hébergement touristique n’est-elle pas une bonne chose pour les clients ?

«Le nombre de chambres se maintient car les créations d’hébergements se font avec des capacités plus importantes que par le passé. Mais ce n’est pas parce que l’on ferme des hôtels que le reste de l’hébergement touristique s’en portera mieux. Et l’hôtellerie d’ailleurs n’est pas le seul secteur à perdre une offre économique et à gagner dans le moyen et le haut de gamme. Cela se rencontre partout ailleurs (campings, résidences de tourisme, chambres d’hôtes, gîtes, »?) et presque partout en Europe.

La diversité des hébergements est une bonne chose, tout comme de permettre aux touristes d’affaires et de loisirs de choisir les formes de logements qui leur conviennent le mieux selon le type de séjour qu’ils souhaitent effectuer. Cependant, il serait utile que toutes les formes d’hébergement touristiques soient traitées par la réglementation de la même façon. L’hôtellerie est en cela le domaine le plus défavorisé.»

Selon vous, peut-on encore empêcher une partie de ces fermetures et comment ? Est-ce que des aides, par exemple, seraient économiquement justifiées ?

«C’est une question difficile et qui relève de choix politiques. C’est la raison pour laquelle nous alertons les pouvoirs publics. Car si un hôtelier n’a pas fait d’efforts depuis des années pour s’adapter à son marché et n’a pas fautivement réinvesti, ou encore si un marché est définitivement asséché localement, il y a des chances que l’on ne puisse rien faire pour ces établissements concernés.

En revanche, on devrait chercher impérativement à aider les jeunes à s’installer dans une affaire à la traîne, quand l’exploitant veut prendre sa retraite ou vendre (56 % des hôteliers indépendants veulent vendre leur affaire). Il faut évidemment qu’il y existe encore un marché ; mais c’est souvent le cas, il faut juste le développer. Ils peuvent alors redynamiser l’hôtel, à condition de les conseiller et de les soutenir à leurs débuts, tout en leur permettant d’accéder à des financements. Ces aides-là, vers les jeunes motivés, n’existent quasiment pas et ce n’est pas normal.

RELANCER L’HOTELLERIE RURALE, POUR RÉÉQUILIBRER LES TERRITOIRES

Par ailleurs, se pose la question de l’offre touristique et de sa répartition sur le territoire. Bien des petites communes ont besoin de leur hôtel ou auberge, qui fait aussi restaurant, bar, tabac, marchand de journaux et qui rend des services. Cela anime les villages, favorise le trafic touristique et la vie communale. Doit-on accepter que les hôtels ne se retrouvent à terme que dans les entrées et les centres des moyennes et grandes villes ?

Enfin, si donner un coup de pouce dans leurs investissements aux hôteliers méritants et mobilisés, qui cherchent à bien faire me semble souhaitable, on ne peut sans doute pas envisager de les subventionner en permanence pour leur garder la tête hors de l’eau, si leur activité demeure insuffisante. C’est donc un choix difficile à prendre par les collectivités.

Il est clair qu’un hôtel doit aujourd’hui idéalement pouvoir travailler avec à la fois une clientèle d’affaires et de loisirs. S’il n’a qu’une clientèle d’affaires, il peut s’en sortir. Mais s’il n’accède qu’à une clientèle de loisirs, il sera de plus en plus impossible pour lui de continuer à exister, faute d’activité suffisante. Le modèle économique de l’hôtellerie a puissamment évolué en 10 ans et les seuils de rentabilité se sont fortement élevés. Les petites unités pourront de moins en moins survivre, il faut bien le reconnaître.»

Pour certains experts, l’instauration de la TVA à 5,5 % dans la restauration à table est assimilable à une aide sectorielle. Considérez-vous que la situation de l’hôtellerie française soit préoccupante au point de nécessiter un plan de soutien ?

«Je suis personnellement plutôt pour une économie de marché dynamique, où la sphère publique n’interviendrait que le moins possible dans la marche du secteur privé. Je suis contre l’interventionnisme des pouvoirs publics, contre l’assistanat forcené et pour la responsabilisation des professionnels. Mais, il faut bien admettre que d’une part, si l’Etat impose de si gros prélèvements obligatoires et a tendance à vouloir tout réglementer (ce qui provoque souvent une atteinte aux équilibres économiques), il serait juste qu’il puisse restituer sous une forme ou une autre des aides ciblées et intelligentes.

Comme « on ne doit pas donner du poisson au mendiant mais lui apprendre à pêcher », on doit développer la formation des hôteliers et les aider à prendre leur avenir en main. Il ne faut d’ailleurs pas seulement aider financièrement et ponctuellement des hôteliers nécessiteux (mais méritants), mais également travailler sur l’avenir de la profession et déployer de gros efforts dans le soutien des jeunes, pour qu’ils puissent prendre la relève des entrepreneurs. On ne doit pas seulement motiver les jeunes à venir travailler comme salariés dans nos métiers, mais bel et bien les encourager à devenir de vrais entrepreneurs compétents.

AGIR VITE ET EFFICACEMENT, UN DEVOIR POUR LES POUVOIRS PUBLICS

Il faut ajouter que l’appel aux investisseurs privés, non exploitants, est une solution à reprendre, par la remise en place des financements par défiscalisation, supprimés en hôtellerie en 1996, et qui existent toujours pour les résidences de tourisme. D’où une inégalité anormale de traitement entre hébergeurs.

Si l’hôtellerie française perd des hôtels, c’est en grande partie à cause de ses hôteliers eux-mêmes. Mais pas seulement. C’est aux pouvoirs publics de donner l’impulsion pour relancer concrètement la modernisation du secteur hôtelier. Les syndicats hôteliers, contrairement à celui de l’hôtellerie de plein air, en sont parfaitement incapables à ce jour. En ont-ils seulement la volonté ? Apparemment, le Ministère en charge du tourisme n’a pas non plus cette velléité ou en tout cas ne s’en ait pas donné les moyens crédibles.

La différence avec le dossier de la restauration réside dans le fait que la diminution de la TVA a profité à absolument tout le secteur, uniformément. Pour l’hôtellerie, il faut au contraire cibler les aides et faire un travail d’analyse et d’étude quali-quantitative des besoins du secteur. Tous les hôtels n’ont pas besoin d’être aidés ou soutenus individuellement. Il y a des priorités. Et vite.»

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L’analyse détaillée de ces disparitions annoncées

(Cliquer sur le logo pour accéder au site internet du Comité)

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Questions écrites posées à Mark Watkins. Réponses écrites.

Texte et interview : Jean-François Vuillerme

Photo d’ouverture : Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française

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