La manifestation du 24 novembre à Paris a marqué un tournant dans l'évolution du mouvement et de sa perception. Les annulations se sont accélérées à partir de cette date, ainsi que les pertes d'exploitation dues aux fermetures temporaires de nombreux restaurants situés dans les zones de la manifestation et aux dégradations subies par nombre d'entre eux, notamment sur l'avenue des Champs-Elysées et de la Grande Armée et dans les rues adjacentes.

(Article mis à jour le 12 décembre 2018). Les images montrant des scènes d'émeutes sur les Champs Elysées le samedi 24 novembre lors de la manifestation des "Gilets jaunes" ont entraîné des annulations de réservations en cascades à Paris, émanant en premier lieu des clients étrangers.

Selon le cabinet MKG, le manque à gagner pour les hôtels représenterait jusqu'à 20% de leur chiffre d'affaires, soit une estimation de 10 millions d'euros". Le cabinet spécialisé estime que du 23 au 27 novembre, entre 20 000 et 25 000 nuitées ont été annulées pour le mois de décembre, avec des pics durant les week-ends, notamment celui de la Saint-Sylvestre.

Cette baisse, si elle devait se confirmer jusqu'en décembre, altèrera la progression de la fréquentation observée depuis janvier 2018. Celle-ci, selon MKG, avait enregistré une hausse de près de 4 points sur les dix premiers mois de l'année. Avec le retour des touristes étrangers en France, les hôtels avaient "enfin retrouvé voire légèrement dépassé" les niveaux d'avant les attentats de 2015.

Une semaine plus tard, le 1er décembre, la nouvelle manifestation parisienne des Gilets jaunes, encore plus violente, et plus médiatisée à l'étranger, a entraîné une nouvelle baisse de fréquentation et d'annulations et une nouvelle vague d'annulations.

Toujours selon MKG, les taux d'occupation des hôtels parisiens affichent un recul de plus de 2 points sur les 3 jours du week-end avec un pic observé pour le dimanche. La plus forte baisse est enregistrée par les hôtels classés 5 étoiles, fréquentée par une clentèle internationale qui a l'habitude d'effectuer ses achats dans les boutiques de luxe du quartier des Champs- Elysées.

En analysant les réservations faites entre le 28 novembre et le 3 décembre, MKG estime que les annulations pour le mois de décembre se sont multipliées, passant à 35 000 nuitées, ce qui correspondrait à une baisse de 30 à 35 % du nombre de réservations.

Les manifestations du 10 décembre, bien que globalement mieux maîtrisées (à Paris en particulier, à l'inverse de Bordeaux), n'ont pas infléchi la tendance . Interrogé par les Echos, le GNC (Groupement National des Chaînes hôtelières) estime que la baisse des réservations s'est même accélérée. Selon son président, Jean-Virgile Crance, la tendance serait désormais à -20 %/-25 % et non plus à -10 %/-15 %.

Manquent pour l'instant des données fiables sur l'évolution dans les régions. Interrogées par HR-infos, trois chaînes volontaires (Best Western, Logis et SEH) indiquent en tout cas avoir ne pas avoir observé de chute des réservations passées sur leur plate-forme centrale. Le groupe B & B Hôtels, interrogé par Les Echos, constate pour sa part une diminution de 3 à 4 points du taux d'occupation, avec une situation « presque normale en province ».

Concernant la restauration, les pertes d'exploitation seraient à la fois plus accentuées et plus localisées. Elles vont de 20 à 60 % suivant la localisation des restaurants.

Evolution du taux d’occupation de septembre à décembre sur Paris

Evolution du taux d’occupation quotidien entre 16 novembre et le 2 décembre 2018 sur Paris

 

 

VERBATIM

Bruno Lemaire, ministre de l’Economie et des Finances (*)

« Je vous disais la semaine dernière que l’impact sur l’économie française serait sévère, je vous dis aujourd’hui que l’impact est sévère et continu. »

(*) le 3 décembre, s’adressant aux représentants des branches professionnelles réunies à Bercy

Guy Raffour, président du cabinet Raffour interactif

«Vues à l’étranger, les images des violences, a fortiori près d’un lieu célèbre comme l’Arc de Triomphe, ont une répercussion que l’on n’imagine pas en France. Surtout, qu’il faut savoir que 20 % des touristes réservent dans les 15 jours avant leur séjour et que la concurrence est vive entre les métropoles européennes.»

Roland Héguy, président de la Confédération des acteurs du tourisme et de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (**)

« Cette manifestation (NDLR : du 1er septembre) a massacré l’image accueillante de Paris et de la France !  Je considère que les fêtes de Noël sont compromises, voire fichues. C’était un samedi, et la semaine prochaine il peut y avoir « bis repetita ». Ces images insoutenables de scènes d’émeutes vont décourager non seulement les touristes étrangers bien sûr, parce qu’elles sont choquantes et inquiétantes, mais aussi les Français, qui vont rentrer chez eux.
Après les attentats, il a fallu faire un travail de fond avec le Quai d’Orsay, Atout France et les professionnels pour redorer l’image de la France, et au moment où on repartait dans de bonnes conditions, avec ces manifestations et ces images, on repart à zéro !
»

(**) Déclarations à l’AFP le 2 décembre 2018

Marcel Benezet, président de la branche cafés, bars, brasseries et hôtels du Groupement National des Indépendants (GNI) (***)

« On est entre 30 et 60 % d’annulations de réservations hôtelières suivant les arrondissements et les quartiers de Paris. Je pense qu’on passe le cap de 10 millions d’euros d’indemnisation au niveau des assurances et ça ne rembourse pas tout, vous avez quand même une perte de chiffres qui est là.
Les restaurateurs et les hôteliers ont des dettes, des engagements financiers parce qu’ils ont fait des travaux, ils ont rénové leur établissement et certains ont été saccagés au cours des manifestations des Gilets jaunes.
»

(***) Déclarations à France Bleu le 5 décembre 2018

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