Les représentants des 5 organisations, CFDT, CGT, FO, CFTC et CGC.

Considérant avoir été mises à l’écart et ne pas avoir obtenu de garanties suffisantes sur les contreparties sociales à la TVA à 5,5%, les cinq principales organisations syndicales des HCR ne participeront pas aux Etats Généraux de la Restauration, déclinant ainsi l’invitation d’Hervé Novelli, le secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des PME, du Tourisme et des Services. Ce front syndical unitaire sera maintenu lors des futures négociations, ont prévenu leurs dirigeants.

Les trois axes revendicatifs des syndicats de salariés

revaloriser les salaires : révision de la grille de salaires conventionnelle, instauration d’une aide au transport, pérennisation du 13 ème mois

développer la protection sociale : renforcement de la prévoyance, création d’une mutuelle santé


favoriser l’emploi : instauration d’une 6ème semaine de congés conventionnelle, reconnaissance des jours fériés


Extraits du communiqué commun

« Les organisations syndicales de salariés réaffirment la nécessité de prendre des mesures fortes et de nature à rendre les métiers de la restauration attractifs. »

« La redistribution des 3 milliards d’euros que constitue la baisse de la TVA doit bénéficier pour partie à l’ensemble des salariés sous formes de mesures sociales significatives ».

« Quels que soient les résultats (…), les organisations syndicales s’inscriront de façon unitaire dans les négociations qui devraient en découler ».

{{Le communiqué de presse intersyndical}}

—————

De gauche à droite au premier plan, Doudou Konate (CFDT), Stéphane Fustec (CGT), Denis Raguet (FO), Gilles d’Arandel (FO),Jean-Marc Delporte (CFTC), Didier Chastrusse (CGE/CGC).

————-


Ce n’est que notre avis (mais on le partage !)

De l’erreur à la faute, un pas à ne pas franchir.

Réaction de fierté ? Posture tactique pour tenter de peser, la politique de la chaise vide valant mieux qu’une figuration sur un strapontin ? Sans doute les deux ! Mais la première raison de ce boycott des syndicats de salariés tient à l’attitude du gouvernement.

Hervé Novelli a commis l’erreur de ne pas associer dès le départ ces organisations au comité de pilotage des Etats Généraux. Elles en étaient pourtant parties prenantes. La CGT et FO, notamment, l’avaient clairement indiqué. Or, en découvrant sa composition le 25 mars, les secrétaires de fédérations sont tombés de haut : sur les 26 membres du comité, 10 dirigeants patronaux et aucun représentant de salariés. Tout un symbole ! Qui n’est pas passé inaperçu …

Par comparaison, les Etats Généraux de l’Automobile et les Etats Généraux de la Presse ont été organisés avec la participation active des syndicats de salariés, dans les réunions plénières et dans les groupes de travail. Le gouvernement aurait provoqué un beau tollé s’il avait agi autrement.

Mais cette prédominance des employeurs des CHR ne doit pas surprendre. Leurs représentants démarchent assidûment le pouvoir exécutif (et les médias !), depuis l’engagement de la bataille pour la TVA à 5,5. Par ailleurs, l’hôtellerie restauration est fortement diversifiée (11 codes APE). Et chaque secteur possède au minimum sa fédération ou son syndicat. La restauration traditionnelle, la plus impactée par le taux réduit, en comptant à elle seule 5.

Pilule donc difficile à avaler pour les syndicats de salariés. Mais ce déséquilibre « dix contre zéro » reflète aussi un rapport de forces en leur défaveur. Ils sont faiblement implantés dans les TPE de la branche (90 % de ses établissements) et « distants » avec la politique économique et fiscale du gouvernement.

Pourtant, de l’aveu même de plusieurs dirigeants ouvriers, Hervé Novelli n’a pas ménagé sa peine au cours des dernières semaines pour les convaincre de ses bonnes intentions, les assurant notamment, lors de plusieurs réunions en mars-avril, d’une revalorisation de la grille des salaires et de la création d’une mutuelle santé. Peine perdue pour le ministre.

Les syndicats de salariés se réservent donc pour le troisième tour social qui suivra les Etats Généraux. Le contrat d’avenir signé mardi 28 apportera une première idée des engagements des employeurs et du pouvoir de contrôle que s’octroie l’Etat.

Attention toutefois aux enjeux de cette négociation. Tout faux semblant patronal ou toute surenchère syndicale serait contraire au bon usage du taux réduit. La marge dégagée doit profiter autant aux clients qu’aux entreprises et à leurs salariés d’aujourd’hui et de demain.

Répétons le à l’envie, le passage à la TVA à 5,5 (qui constitue une baisse d’impôt ciblée et non une aide sectorielle conditionnelle), n’a qu’une seule légitimité : son efficacité (supposée !). Créer suffisamment d’activité et d’emploi pour que les recettes générées excèdent sur le moyen terme (2 ans, 3 ans ?) le manque à gagner fiscal à court terme.

En ces temps de récession et de déficits publics abyssaux, laisser la TVA détournée à d’autres fins qu’un investissement productif serait une une erreur et une faute. L’Etat français, qui a su décrocher le taux réduit, devra poursuivre sa mission, en s’imposant comme le « régulateur » de sa juste utilisation.

——–

Texte : Jean-François Vuillerme

———

VOS RÉACTIONS

Laissez votre commentaire