Il revendique être l'hôtel le plus écologique de France "sauf à apporter la preuve du contraire", ajoute-t-il. Info ou intox ? Propriétaire exploitant du La Pérouse, Gilles Cibert cherche plutôt à provoquer qu'à fanfaronner.

Il revendique être l’hôtel le plus écologique de France « sauf à apporter la preuve du contraire », ajoute-t-il. Info ou intox ? Propriétaire exploitant du La Pérouse, Gilles Cibert cherche plutôt à provoquer qu’à fanfaronner. Engagé tôt (2006) dans une démarche certifiée dès 2007 par l’Eco-label européen, il ne cesse depuis de remettre l’ouvrage sur le métier, en initiant des actions inédites, comme, par exemple, le premier bilan carbone réalisé dans l’hôtellerie.

En 2011, le La Pérouse participe à l’expérimentation de l’affichage environnemental des nuitées hôtelières, dans le cadre de la loi Grenelle 2. Projet piloté par le club hôtelier nantais, que Gilles Cibert préside, et par le cabinet conseil Evea Tourisme.

Son objectif : tester une méthode (nommée « Malice ») qui consiste à attribuer à un hébergement touristique une note globale sur 5 à partir de cinq indicateurs (notés chacun sur 5 également) exprimés par nuitée et par personne : le changement climatique, la quantité de déchets générés (par catégorie de déchets), la consommation d’eau, la consommation d’énergie et le pourcentage de produits éco labélisés et biologiques utilisés. Cette méthode d’évaluation et d’analyse environnementale et économique inclut aussi des plans d’action « écologiquement et économiquement viables ».

Des 18 hôtels qui ont participé à la campagne de mesure (sans compter une quarantaine d’autres qui ont utilisé la méthode Malice), il ressort que le La Pérouse est celui qui affiche la note plus élevée (4,2 sur 5), la plus basse obtenue atteignant 2,4.

Gilles Cibert nous explique ici les enjeux de cet affichage. Qui ne se limite pas à donner des notes, mais qui s’attache à diagnostiquer et à corriger. Avec à la clef, des économies d’énergies et de déchets, des baisses de coûts et une meilleure prestation rendue. Il nous dévoile aussi d’autres projets très avancés du club hôtelier nantais, toujours en matière de développement durable, au coeur de sa pratique professionnelle.

Gilles Cibert, le « dépositaire » de l’hôtel La Pérouse

«
Crise économique, OTA, normes… Et maintenant TVA, dont la hausse va annuler les bénéfices du C.I.C.E (Crédit Impôt Compétitivité Emploi). Beaucoup de pression s’exerce sur l’hôtellerie, sous prétexte qu’elle n’est pas délocalisable.

Pour autant, l’hôtellerie ne doit pas se désintéresser de l’environnement. Le développement durable est un moyen intéressant de revisiter son entreprise, en la regardant avec un regard différent. Il offre des voies d’optimisation et d’amélioration des marges. (…)

Le développement durable, ce n’est pas simplement une initiative sympathique, parce que cela fait bien d’agir pour l’environnement.

N’oublions surtout pas qu’il s’agit aussi d’une affaire économique.
Je serai le dernier à mettre en place des actions qui auraient un sens écologique mais qui n’aurait pas un sens économique. »

L’adresse du La Pérouse

Cours des 50 otages, 3 Allée Duquesne, 44000 Nantes

Depuis l’obtention de l’Eco-label européen qui n’imposait que deux produits bio, la composition du petit déjeuner de l’hôtel a continué d’accentuer son contenu « durable » . Avec une abondance de produits d’origine locale et issu de l’agriculture biologique. Et l’abandon des conditionnements individuels, hormis pour le beurre.

Un cabinet spécialisé pour piloter l’expérimentation affichage et l’éco-labelisation

Evea Tourisme, basé à Nantes, a mis au point la méthode « Malice » utilisée dans l’expérimentation. Elle sert aussi de support aux missions de terrain du cabinet. « Nous effectuons tout le travail d’analyse environnementale et économique avec une proposition de plans d’actions pour améliorer sa note environnementale », explique Hubert Vandeville, consultant membre d’Evea Tourisme.

Evea facture ce type de mission (qui peut atteindre 5 jours) entre 3 500 et 4 000 ?. Les collectivités territoriales prendront en charge jusqu’à hauteur de 70 % des projets collectifs et jusqu’à 50 % un projet individuel. Evea propose également un logiciel Malice utilisable en ligne, facturé 300 euros par an.

Dans le projet de rapport remis prochainement au gouvernement, Hubert Vandeville, son rédacteur, écrit que les hôteliers participants ont bien accueilli l’expérimentation, une majorité se déclarant prêts à généraliser ce dispositif.«Le couplage des analyses environnementales et économiques apparaît comme un élément essentiel pour une acceptation et un passage à l’acte», note-t-il.

Hubert Vendeville observe une diminution entre 10% et 60% par indicateur des impacts environnementaux de tous les participants, à la suite de proposition de solutions et de plan d’actions adaptés. Quant au coût à la nuitée, il a décru pour plus de 80% d’entre eux.

ll peut ainsi conclure : L’affichage environnemental permet non seulement de mieux informer le consommateur mais aussi d’engager l’établissement dans une réduction de ses coûts et de ses impacts environnementaux.

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Les indicateurs utilisés
– le changement climatique exprimé en kilogramme équivalent CO2 (kg eq CO2)
– la quantité de déchets générés (par catégorie de déchets), exprimé en gramme (g)
– la consommation d’eau, exprimée en litre (L)
– la consommation d’énergie exprimée en kilowatt heure d’énergie primaire (kWh ep)
– le pourcentage massique de produits éco labélisés et biologiques utilisés

Résultats de l’affichage environnemental


L’hôtel 18 correspond au La Pérouse, qui fait surtout la différence sur la note CO2 et la note Energie. Sur les 18 hôtels testés, 13 sont détenteurs d’une certification environnementale (Clé verte pour 3, Eco-label européen pour 10, Leading Green pour 1). La moyenne ne semble pas dépendante de la catégorie d’étoiles, note Evea Tourisme.
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Interview et Texte : Jean-François Vuillerme

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