Les quatre familles les plus riches de France dans l'Hôtellerie Restauration. De gauche à droite, Sophie et Pierre Bellon (Sodexo), Louis Le Duff (groupe Le Duff), Dominique et Alexandre Desseigne (groupe Barrière), et Didier Ferré (Ferré Hôtels).

Les affaires reprennent ! Après avoir marqué un coup d'arrêt en 2018, l'essor des grandes fortunes professionnelles de la branche connait un envol cette année. Tant pour le nombre de milliardaires et multi millionnaires, grimpé à 31 (descendu à 25 l'an dernier) que pour la valorisation de leurs actifs et dividendes. Leur pactole a bondi de 15,9 milliards à 19,2 milliards, signant ainsi une progression de 26 %, affichant au passage un plus haut historique.

L'Hébergement Restauration pèse aujourd'hui 2,7 % de la richesse cumulée par les 500 plus grandes fortunes professionnelles de France (700 milliards d'euros, en hausse de +6 % par rapport à 2018). Comme le souligne le magazine économique Challenges, la valeur des actifs des grands fortunés, incluant ceux des HCR, progressent plus vite que ceux de l'ensemble des Français. Leur patrimoine professionnel pèse désormais 6 % de la richesse nationale (12 000 milliards d'euros), contre 2 % en 1996, au lancement du classement de Challenges. Ce qui accrédite la thèse de l'économiste Thomas Piketty, d'un fort accroissement des inégalités en France depuis les années 80.

Trois grandes raisons à cette poussée de fièvre patrimoniale dans les HCR. La première tient à la forte valorisation des 42,2 % d'actions que le numéro 1 de la branche, Pierre Bellon, détient avec sa famille dans le capital du groupe Sodexo, leader mondial de la restauration et des services concédés. Boosté par la hausse du titre coté en Bourse, la fortune de ce pionnier visionnaire, dont le groupe (20,7 milliards de chiffre d'affaires en 2018) mène de front plus de 100 métiers de services différents, est passée de 5,1 milliards en 2018 à 6,5 milliards cette année. Ce bonus de 1,4 milliard pèse à lui seul plus de 42 % de la progression de la richesse des grands fortunés de la branche.

La seconde raison tient à l'engouement jamais démenti pour la pierre hôtelière. Ses nombreux détenteurs sont mieux identifiés aujourd'hui par les limiers de Challenges. Les huit entrants 2019 de notre classement sont tous propriétaires de groupes hôteliers et génèrent 1,660 milliards d'euros supplémentaires. Il est frappant de le constater à nouveau, la majorité de ces entrants ne sont pas nés hôteliers mais le sont devenus sur le tard après avoir déjà fait fortune dans d'autres secteurs. C'est notamment le cas cette année des anciens confectionneurs Patrick et Gérard Pariente (créateur de la marque Naf Naf) et de l'industriel Pierre Bastid (ex Converteam).

Pour devenir très riches aujourd'hui, il est donc préférable d'investir dans les deux métiers de l'hôtellerie (posséder et gérer des murs, exploiter des fonds de commerce) que dans la restauration. Les actifs hôteliers constituent la totalité ou la majorité de la richesse professionnelle de 25 des 31 richissimes. Pour autant, on peut encore faire fortune aujourd'hui dans les cuisines. Comme le montre l'essor des patrimoines d'Olivier Bertrand, Gérard Joulie, Thierry et Chrystel Bourdoncle ou encore les frères Costes, même si ces derniers ont également investi dans l'hôtellerie de luxe.

La troisième raison, enfin, tient enfin à une tendance générale de croissance. 18 de nos grands fortunés ont vu leur pactole grossir dans les 12 derniers mois. L'explication tient à la hausse en bourse pour Pierre Bellon et aux investissements engagés pour les autres. Soit pour agrandir leur parc de pierre et d'exploitation hôtelière. C'est le cas du Breton Didier Ferré (Ferré Hôtels a acquis les 12 hôtels Alliance Hospitality) et du Lyonnais Jean-Claude Lavorel (acquéreur, entre autres du célèbre Chabichou de Courchevel), dont la fortune a grossi de 100 millions d'euros en l'espace d'1 an. Soit pour mettre la main sur des enseignes de restauration, comme continue de le faire Olivier Bertrand, lesté lui aussi de 100 millions d'euros supplémentaires, en passe de racheter Léon de Bruxelles après avoir repris le groupe Flo et les fast food Quick.

Le classement 2019
en millions d’euros, extrait du classement
  • N°14 – Pierre Bellon et ses enfants – 6 500 M€ – Sodexo – Restauration et services
  • N°39 – Louis Le Duff2 300 M€ – Groupe Le Duff – Agroalimentaire et Restauration

 

  • N°103 – Famille Desseigne-Barrière950 M€ – Groupe Lucien Barrière – Casino et Hôtellerie
  • N°118 – Didier Ferré et sa famille – 800 M€ – Ferré Hôtels – Hôtellerie
  • N°149 – Marie Farines et sa famille – 600 M€ – Groupe Privilège – Hôtellerie
  • N°164 – Pierre Esnée et sa famille – 580 M€ – SD2P – Hôtellerie
  • N°164 – Stanislas Rollin et sa famille – 580 M€ – Boissée Finances – Hôtellerie
  • N°168 – Olivier Bertrand550 M€ – Groupe Bertrand – Restauration
  • N°168 – Robert Zolade550 M€ – Elior – Restauration sous contrat
  • N°186 – Jean-Claude Lavorel et sa famille – 500 M€ – Les Clés du Luxe – Hôtellerie

 

  • N°203 – Jacques Gad et Françoise Roblin et famille – 450 M€ -Cofigar – Hôtellerie
  • N°211 – Patrick et Gérard Pariente420 M€ – Influence – Hôtellerie
  • N°225Pierre Bastid 400 M€ – Hougou – Hôtellerie
  • N°240- Jean-Louis Costes380 M€ – Saint-Honoré – Hôtellerie et Restauration
  • N°252 – Olivier Sadran 360 M€ – Newrest – Restauration et services
  • N°256 – Jean-Bernard et Céline Falco et famille – 350 M€ – Paris Inn Group – Hôtellerie
  • N°334 – Gilbert et Thierry Costes270 M€ – groupe Beaumarly – Restauration et Hôtellerie
  • N°339 – Serge Cachan et Frères260 M€ – Astotel – Hôtellerie
  • N°378 – Paul Dubrule230 M€ – AccorHotels – Hôtellerie et services
  • N°389 – Anne Jousse et famille Bessé220 M€ – groupe Bessé Signature – Hôtellerie

 

  • N°415 – Samy Marciano200 M€ – La Clé groupe – Hôtellerie
  • N°415 – Gérard Pélisson200 M€– AccorHotels – Hôtellerie et services
  • N°415 – Jérôme Quentin-Mauroy 200 M€ – Tagerim- Hôtellerie
  • N°443- Thierry et Chrystel Bourdoncle180 M€ – Groupe Bourdoncle – Restauration
  • N°443 – Hugues et Loïc Giroud et famille 180 M€ – Sogepar – Hôtellerie
  • N°443 – Jacqueline Veyrac et sa famille 180 M€ – Grand Hôtel – Hôtellerie
  • N°467 – Antoine Chevane et sa famille170 M€ – groupe Floirat – Hôtellerie
  • N°467 – Gérard, Christophe et Alexandre Joulie170 M€ – Groupe Joulie – Restauration
  • N°467 – Jean-Louis Meyer et Alain Trichot 170 M€ CFH – Hôtellerie
  • N°485 – Jean-Marc Philippini et Marc Lafourcade160 M€ – MMV – Hôtellerie
  • N°485 – Alexandre Guillen160 M€ – Hôtel Napoléon – Hôtellerie

Les valeurs mentionnées en vert symbolisent une hausse de la fortune par rapport à 2018.
Les valeur en bleu symbolisent une stabilité. Les valeurs en rouge symbolisent une baisse.
Les noms en italique indiquent les nouveaux entrants dans le classement.

Deux de ces 31 grands fortunés, Robert Zolade et Paul Dubrule, ont vu leur pactole  diminuer en 2019 dans les chiffres de Challenges. Le co fondateur d’Elior a vu sa fortune professionnelle baisser de 14,5 % à 550 millions d’euros (elle s’élevait à 920 M€ en 2016). Celle du cofondateur d’Accor a diminué de 11,5 % à 230 millions d’euros.

Précisions : nous n’avons pas retenu dans ce classement les fortunes dont les activités de l’hôtellerie restauration ne constituent pas le principal actif du patrimoine professionnel. C’est le cas de Francis Holder (groupe Holder, agro-alimentaire, 780 M€), de Michel Reybier (Domaines Reybier, Hôtellerie et vins, 1200 M€, propriétaire des hôtels La Réserve et du concept hôtelier MOB) et de Hubert Guillard et sa famille (CHG Participations, Assurances et Hôtellerie, 400 M€). Non retenus également les fournisseurs de la branche comme Hugues Dewavrin et sa famille (Pomona, 530 M€) et la famille Richard (Café Richard, 330 M€).

Contestent l’évaluation de Challenges et refusent de figurer dans son classement : Pierre Esnée et Serge Cachan


Focus sur les huit entrants 2019…

Source : HR-infos et magazine Challenges – N° 617 – 4 juillet 2019

  • Patrick et Gérard ParienteInfluence : Après avoir vendu leur marque Naf Naf, les deux frères sont devenus hôteliers. Ils ont des parts dans l’Apogée, à Courchevel, ont acquis un hôtel et deux chalets à Méribel, un autre au pied du mont-Ventoux (Le Crillon Le Brave) ainsi qu’à Saint-Tropez (le Lou Pinet) et travaillent sur un 4 étoiles dans le Marais (NDLR : rue des Archives, dans les murs de l’ancienne Villa Mazarin).
  • Pierre Bastid – Houdou : « depuis New York, l’ex PDG du fabricant de générateurs Converteam a réinvesti dans l’hôtellerie (Evok), des biotechs (Carmat, Cellectis…) et des PME (Zodiac Nautic). »
  • Jérôme Quentin-MauroyTagerim : « Ce promoteur possède un groupe (CA : environ 130 M) de promotion, de gestion locative et d’hôtellerie, il détient notamment une douzaine de 9 Hotel Collection. »
  • Jacqueline Veyrac et sa famille – Grand Hôtel : « Avec ses enfants, cette veuve possède un hôtel cannois 5 étoiles (Le Grand Hôtel) avec ses 5 000m2 de jardins et plage privée. Elle a aussi le restaurant La Réserve à Nice et de l’immobilier. »
  • Antoine Chevane et sa famille – groupe Floirat  : « L’arrière petit-fils du fondateur d’Aigle Azur possède un Palace, le Byblos, une plage et un club à Saint-Tropez, 2 hôtels 4 étoiles et beaucoup de biens immobiliers. »
  • Jean-Louis Meyer et Alain Trichot – CFH Hôtellerie : « Ces associés possèdent un groupe de 20 hôtels sous enseigne Ibis, Ibis Styles, Mercure et Greet, et un central thermal de traitement des affections respiratoires. »
  • Jean-Marc Philippini et Marc LafourcadeMMV : « Les deux cofondateurs possèdent 62 % du spécialiste des vacances clubs dans les Alpes, qui gère 12 hôtels 4 étyoiles, dont 9 lui apparenant et 11 résidences clubs. »
  • Alexandre Guillen – Hôtel Napoléon – « Le propriétaire de cet hôtel 5 étoiles situé près de l’Arc de Triomphe fête cette année les 90 ans de son établissement, qui fait l’objet de bien des convoitises. »
… Et sur les deux sortants de 2018
(Classement et fortune en 2018)
  • N°292 – Jeanne Augier – 300 M€ – Negresco – Hôtellerie
    N°373 – Alexandre Allard – 220 M€ – groupe Allard – Hôtellerie

Méthodologie

  •   Par fortunes, Challenges entend « fortunes professionnelles ». Calculées, pour les sociétés cotées, à partir des cours de bourse multipliés par le nombre d’actions détenues, et pour les sociétés non cotées, à partir de leurs chiffres d’affaires, résultats et actifs nets
  •   Les estimations sont soumises aux intéressés, selon une procédure contradictoire qui permet de les corriger ou de les contester publiquement.
  • Sont exclus des chiffrages les biens immobiliers détenus à titre personnel, les oeuvres d’art et les signes extérieurs de richesse.

Enquête : magazine Challenges
Texte : Jean-François Vuillerme, avec le magazine Challenges pour les « Focus »

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