Le tribunal de commerce de Moulins doit lui aussi disparaître dans le cadre de la réforme de la carte judiciaire !

Les récentes déclarations de l’Umih sur le nombre de faillites observées au premier semestre 2008 dans les CHR ont provoqué une vague de commentaires catastrophistes dans les médias. Qu’en est-il réellement ? Notre enquête à partir des dernières statistiques sur les défaillances, mais aussi sur les créations d’entreprises et d’emplois.

« Les restaurateurs trinquent »

Le télézapping du monde.fr après les déclarations de l’Umih



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La vérité sur les chiffres

Une hausse incontestable mais à nuancer



Source : Euler Hermes Sfac

Par défaillances, on entend des jugements de procédures collectives prononcés par le tribunal de commerce : liquidation judiciaire (66 % des cas), redressement judiciaire (33 % des cas) ou sauvegarde (1 % des cas).

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Notre analyse


– restauration traditionnelle et débits de boissons sont les plus vulnérables : ils cumulent 71 % des défaillances dans les HCR.

– en revanche, l’hôtellerie résiste bien.


– les défaillances se sont, certes, accrues au premier semestre 2008.

– mais, historiquement, elles ont toujours été importantes dans les HCR. En 2006, le taux de défaillance dans la branche atteignait 2,1 %.

– ces faillites touchent surtout des TPE n’employant pas ou très peu de salariés.


– pour mesurer leur impact, elles doivent aussi être comparées avec les création d’entreprises et d’emploi dans la même période.

– sur 1 an (à fin mai 2008), 19 405 entreprises ont été créées dans les HCR, soit une progression de 13 % des créations.

– notons que seulement 59 % d’entre elles survivent 3 ans après !

– observons aussi que 71 % des entreprises créées n’employaient aucun salarié, les 29 % restant en employant en moyenne 2,5.

– malgré cela, la branche a encore créé 8 000 emplois sur 6 mois de 2008.

– sur 1 an (au 1er S 2008), l’emploi salarié HCR progresse de 2,4 %.

Conclusions

L’impact économique de ces défaillances est limité. Elles se produisent surtout dans des entreprises de très petites tailles nouvellement créées. Il faudra attendre les prochaines enquêtes de conjoncture pour dresser un diagnostic fiable de l’état de santé des CHR.

Une certitude, le recul du pouvoir d’achat et la défiance grèvent le budget hors domicile des Français. Sans compter un impact législatif sur les ventes de tabac et d’alcool. Conséquence : les recettes et les marges de la restauration se contractent, et les défaillances des entreprises vulnérables augmentent.

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Ce n’est que notre avis (mais on le partage !)

Joli coup ! Mais efficace ?

L’Umih a réussi un coup médiatique ! En prenant quelque liberté avec la rigueur des statistiques. Pour la bonne cause, dira-t-on ! Le premier syndicat des employeurs de l’hôtellerie restauration est dans son rôle quand il alerte les pouvoirs publics sur la situation de la branche. Il le fait dans deux buts : dissuader le gouvernement de réduire les aides à l’emploi dans le budget 2009 ; et remettre la pression sur le dossier de la TVA à taux réduit, en pleine négociation européenne.

Sur ces deux dossiers, l’Umih a quelques chances d’obtenir gain de cause. Malgré les états d’âme de plusieurs députés, y compris UMP (lire notre article), Nicolas Sarkozy ne reviendra pas sur les aides qu’il a lui-même créées en 2004 lorsqu’il était ministre de l’Economie pour faire patienter les patrons de la branche en attendant la TVA à taux réduit. Mais qui ne tombera peut-être pas aussi bas que les 5,5 !

En revanche, quand l’Umih demande « un plan d’urgence », on trouvera que la Confédération dégaine un peu vite ! A ce compte là, c’est toute l’économique française qu’il faudrait placer sous respiration artificielle. Et que devrait exiger le secteur de la construction, avec ses 27 % de hausse de défaillances sur 1 an ! Et ses 14 196 entreprises disparues ! 4 fois plus que dans les HRC. Et que dire aussi de l’immobilier : 28,6 % de faillites en plus, et même 36,7 % sur les six premiers mois de 2008 !

La branche connaît des difficultés, très sérieuses même pour ses cafés tabacs et débits de boissons. Est-elle pour autant sinistrée ? Non à fin septembre 2008. Et il est illusoire de penser que l’Etat, en plein serrage de vis budgétaire, peut intervenir efficacement. La branche a déjà subi plusieurs passages à vide dans un passé récent. C’est elle seule qui saura prendre les mesures de gestion qui s’imposent et faire un usage optimal des aides sectorielles dont elle bénéficie, pour préparer le retour de la croissance. Vers 2010 ?

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-*Sources statistiques :
-**Euler Hermès Sfac pour les défaillances (séries établies d’après les jugements publiés au Bodacc)
-**lnsee pour toutes les autres statistiques

-*Texte : Jean-François Vuillerme

-*Vidéo : le monde.fr

-*Photo : ©Richard Damoret/REA

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