Photomontage, symbolique de la diversité hôtelière, sur la couverture du rapport du Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française.

Une affaire sur 2 est sur le fil du rasoir financier, plus d’1 hôtelier sur 2 veulent vendre très vite leur affaire, 1 établissement sur 10 fermera ses portes d’ici 3 à 4 ans … Ce sont quelques unes des révélations alarmantes de l’enquête économique réalisée par le Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française sur les hôtels de moins de 25 chambres. La France en dénombre plus de 15 000, dont 4 400 en zone. Ils représentent 55 % de son offre hôtelière. Autant dire que c’est toute une frange de notre hôtellerie qui risque bel et bien de disparaître si les pouvoirs publics et les professionnels eux-mêmes ne se mobilisent pas. Etats des lieux et propositions.


En 2008, avec la baisse d’activité constatée depuis l’été, la situation financière de ces hôtels risque encore de s’être aggravée.

10 grands enseignements de cette étude

-1 – les hôteliers interrogés ont la passion de leur métier. Ils n’en sont pas toujours récompensés, car les difficultés s’amoncellent malgré l’année 2007.

– 2 – leur vulnérabilité provient d’abord d’un taux d’occupation trop faible : autour de 50 % dans près de 40 % des hôtels

– 3 – ces hôtels manquent de clientèle d’affaires pour compenser une forte saisonnalité observée en particulier en zone rurale et dans les stations

– 4 : le prix des chambres souffre d’un manque d’élasticité, face à une demande insuffisante et irrégulière

– 5 : 1 hôtelier sur 2 est sans bénéfice ou en perte (voir le tableau)

– 6 : les difficultés de recrutement sont « exacerbées » dans ces structures

– 7 : ces hôteliers sont souvent « isolés » : 37 % adhèrent à un syndicat professionnel, moins de 40 % font partie d’une chaîne volontaire

– 8 : 1 sur 5 sont familiers des approches marketing et commerciales

– 9 : ils manquent de moyens financiers pour rénover en profondeur

– 10 : 56 % veulent vendre à plus ou moins court terme

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L’étude complète à télécharger et à lire

Produite par le CMHF, elle a été réalisée au premier semestre 2008 par le cabinet Coach Omnium dirigé par Mark Watkins. Elle porte sur 196 hôtels indépendants. Leurs exploitants ont répondu à un questionnaire de 150 questions et items.

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Trois questions à …

Mark Watkins,

président du Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française

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Quels seraient les actions prioritaires à mettre en place pour améliorer la rentabilité d’exploitation de ces hôtels ?

Trouver les moyens et le temps pour commercialiser leur hôtel serait une des priorités auxquelles les hôteliers devraient pouvoir s’adonner. Seulement près de 15 % d’entre eux déclarent mener de manière effective des actions de promotion et de commercialisation pour développer leur activité.

Il faut également pouvoir cibler de nouvelles clientèles, en créant de nouvelles offres et en activant une promotion vitaminée. Ce type d’hôtellerie, plus encore que les autres, ne travaillera désormais que sur des niches de clientèles. L’essentiel à faire se trouve dans le recrutement de clients nouveaux, car ces hôteliers ont déjà épuisé toutes leurs ressources de réalisations d’économies dans leur exploitation.

Mais, il faut reconnaître que les exploitants n’ont souvent pas la connaissance du marketing hôtelier et ne trouveront souvent pas le temps de rechercher des clients, car ils travaillent déjà au maximum de leurs possibilités.

Enfin, moderniser le parc serait également une autre priorité de manière à pouvoir faire revenir les clientèles perdues, faute de qualité et de réactualisation des prestations. Mais, cela demande évidemment des financements devenus le plus souvent inaccessibles pour les hôteliers.

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Malgré tout, une partie de ces hôtels ne sont-ils pas appelés à disparaître, faute de taille critique et de marché ?

Immanquablement oui. Malgré leurs efforts, la petite taille des hôtels de moins de 25 chambres est paradoxalement leur premier handicap. Car même avec des taux de fréquentation forts et un modèle économique basé sur une bonne maîtrise des charges, leurs frais fixes sont souvent trop élevés. Ils n’atteignent que difficilement leur seuil de rentabilité. Notre étude révèle que la moitié des hôtels sont déficitaires ou en juste équilibre économique.

Le Comité estime que près de 1.400 à 1.700 hôtels classés, de petite capacité, vont disparaître dans les 3 à 4 années à venir. Beaucoup ne tiennent que parce qu’ils ont une activité complémentaire, parfois principale : restauration, café, journaux, tabac, »? Mais c’est parfois une fuite en avant.

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La mise aux normes qui se profile ne risque-t-elle pas de conduire les plus fragiles à la faillite? Comment l’éviter ? Quel rôle pourraient jouer les pouvoirs publics ?

Faute de financement disponible, l’incapacité à s’adapter aux normes de sécurité, aux normes d’accessibilité pour les personnes handicapées et bientôt aux nouvelles normes de classement va provoquer la fermeture accélérée de beaucoup de petits hôtels.

Les pouvoirs publics, essentiellement territoriaux, ont un rôle essentiel à jouer pour ne pas voir se désertifier les campagnes, mais aussi pour ne pas laisser le paysage hôtelier s’uniformiser et perdre ses hôtels dits de charme, y compris dans les villes. Mais, hélas leurs moyens sont limités. Soit parce que les caisses sont vides, soit parce qu’il est impossible de subventionner à longueur de temps des entreprises du secteur privé.

Les subventions départementale et régionale elles-mêmes sont plafonnées à environ 25 % des besoins d’investissements et les hôteliers pourront de moins en moins trouver le complément de 75 % nécessaire. On va donc irrémédiablement vers la casse et vers la disparition de beaucoup d’hôtels isolés.

Il existe des solutions de regroupements d’hôtels, mais en pratique cela demeure compliqué. Il est clair que l’on ne peut aider que les hôteliers les plus « méritants », les plus dynamiques et ceux qui disposent encore d’un marché actif. Les autres seront perdus.
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Ce n’est que notre avis (mais on le partage !)

Il faut agir sans tarder

Si d’ici dix ans, le quart des petits hôtels français devait disparaître, l’Etat ne pourra pas dire qu’il ne pouvait pas savoir. Il lui appartient de s’emparer rapidement de l’enquête du Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française, étude sérieuse et la première du genre. Et de poursuivre les investigations en installant un « observatoire de l’hôtellerie française ». Premier levier.

Si le diagnostic du CMHF se vérifiait, les pouvoirs publics, à tous les échelons (ministériels et territoriaux), devront engager la concertation avec les instances représentatives de la profession avant de définir un plan de modernisation, ou de sauvegarde ! Deuxième levier.

A ce stade, il serait prématuré (et présomptueux !) d’énumérer les mesures à prendre. Mais il est clair que l’Etat devra mobiliser d’avantage de ressources financières. Pour décupler les investissements de rénovation. Mais aussi pour permettre aux hôteliers de développer leur pratiques marketing et commerciales. De telles aides existent aujourd’hui pour les créateurs et repreneurs d’entreprise : ce sont les « chèques-conseil » pris en charge à hauteur de 50 % par l’Etat. Subventionnées ou non, il est souhaitable que ces actions de conseils et de formation à l’exploitation hôtelière, encore peu employées dans ce secteur, se développent.

Hervé Novelli, le secrétaire d’Etat au Tourisme devra rapidement rencontrer et rassurer les hôteliers en leur faisant savoir comment il compter agir, avec eux, pour sauvegarder leur secteur d’activité.

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Interview et avis : Jean-François Vuillerme
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