Le cercueil de Paul Bocuse, porté par ses quatre chefs de Collonges, a traversé une haie d’honneur de chefs. (image FR3). Parmi les 800 personnes présentes dans la cathédrale, les membres de sa famille (ses enfants Françoise et Jérôme, ses trois compagnes Raymonde, Raymone et Patricia, ses petit-enfants et s arrière-petits enfants), ainsi que ses proches, ses amis, ses équipes et des personnalités politiques, comme Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel et Gérard Collomb, ministère de l'Intérieur et ancien maire de Lyon.

Des centaines de chefs venus du monde entier et vêtus de leur veste blanche de cuisiniers ont rendu vendredi 26 janvier un dernier hommage à Paul Bocuse, dont les obsèques ont été célébrées à la cathédrale Saint-Jean de Lyon trop petite pour ses admirateurs.

Alain Ducasse, Joël Robuchon, ou encore Pierre et Michel Troisgros, venus des quatre coins de France, ont été rejoints par des chefs officiant aux États-Unis, au Japon ou en Italie, qui avaient fait le déplacement pour honorer la mémoire de celui qui a conservé pendant plus de 50 ans ses trois étoiles.

A l’extérieur de la cathédrale, plusieurs milliers d’anonymes assistaient également, sous la pluie, à la cérémonie retransmise sur écran géant, mais également dans le village de Collonges-au-Mont où est située la célèbre auberge.

“Paul, la Saône déborde de tristesse aujourd’hui. Je me souviens de notre rencontre chez Fernand Point. Nous avions 20 ans, une petite paie, et pas la moindre idée de ce qui nous attendait”, a déclaré Pierre Troisgros pendant la cérémonie religieuse présidée par le cardinal Barbarin.

Marc Haeberlin, chef trois étoiles de l’auberge de l’Ill en Alsace, qui le connaissait depuis 1968, a dit qu‘il venait de “perdre comme un père”. “Je me souviendrai de vos éclats de rire, de votre bonne humeur, de votre sens de la repartie, de vos yeux malicieux et espiègles. Votre coup de fil rituel de 8h du matin va me manquer.”

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, ancien maire de Lyon, a évoqué lui aussi ses souvenirs avec “Monsieur Paul”. “Ici, vous serez toujours vivant dans nos cœurs, dans nos esprits, dans nos papilles où il restera toujours une légère saveur de poularde aux morilles”, a-t-il dit. “Nous perdons un des plus grands ambassadeurs de la France, subtile alliance de l’élégance et de l’art de vivre. C’était la France dans son excellence”, a-t-il lancé.

Le cercueil, resté exposé quelques minutes devant la cathédrale au son de “Je ne regrette rien” d‘Edith Piaf après la cérémonie, est reparti sous les applaudissements des chefs et de la foule. Après l’inhumation, les 1 100 invités présents dans la cathédrale se sont retrouvés à Collonges au Mont D’or. (Reuters)

« Ta rivière chérie est en peine, elle déborde de tristesse, mais nous, nous ne serons pas tristes », a déclaré, ému, Pierre Troisgros, en s’adressant à son ami de toujours. « Nous ne serons pas tristes. Tu n’aurais pas aimé, toi qui t’es amusé toute ta vie. »

Avec des dizaines de chefs du monde entier, il est venu rendre un dernier hommage à Paul Bocuse avant ses obsèques ce vendredi 26 janvier. « Mais où est donc Paul, me demandait-on? Aujourd’hui, je leur répondrais […] Paul? Il est dans notre coeur », a terminé cette autre légende de la gastronomie.

Après lui, Marc Haeberlin, chef trois étoiles depuis 1967, a pris la parole. « La fête était votre devise, la fête de votre vie fut belle, riche, généreuse, comme votre cuisine, sans esbrouffe, elle a fait rayonner notre métier tout autour du globe (…)  J’espère que tous les chefs qui vous ont précédé vous ont préparé une petite mise en place […] Adieu, Monsieur Paul. La cuisine vous doit tout. »

L’allocution de Pierre Troisgros

« Paul, la Saône ta rivière chérie, est en peine, elle déborde de tristesse. Mais nous, nous ne serons pas tristes, tu n’aurais pas aimé, toi qui t’es amusé toute ta vie, que dis-je trois à quatre vies comme le soulignaient ceux qui te côtoyaient, ces vies que tu as remplies avec gaieté et gourmandise mais toujours en la partageant avec les autres

Avec mon frère Jean, nous étions tous les trois natifs des bords de Saône, nos destins étaient de nous rencontrer. Ce qui fut fait au restaurant Lucas Carton à Paris lorsque Monsieur Point t’accompagnera te faire découvrir la cuisine classique, celle d’Escoffier. Nous avions une vingtaine d’années, une petite paye et n’ayant pas encore idée de ce qui nous attendait. Et c’est à cette époque que j’ai fait connaissance de ta compagne la douce et noble Raymonde, rendant visite à son héros récemment décoré de la Croix de Guerre.

Paul, il ne suffit pas d’avoir du talent encore faut-il savoir s’en servir. Ce que tu as fait avec beaucoup de talent. Ce que j’ai toujours admiré en toi et que tu as toujours mené au bout, tes projets, tes bonnes idées, tes blagues. Avec mon frère on était tes complices et aussi parfois tes victimes. Et comme le proclament tes copains chasseurs des Dombes « Paul Bocuse, c’est du gros plomb ».

… c’est que lors de réceptions ou de manifestations, ta présence était encore plus forte lorsque tu étais absent. Mais où donc est Paul ? me demandait-on. Et si la foule venue te rendre hommage présente aujourd’hui me posait la même question, je répondrais « Paul, il est dans notre coeur ».

Le discours de Gérard Collomb

« Monsieur PAUL,
Le moment arrive où il va falloir vous dire adieu.
Et tous ici, nous sommes accablés de douleur.
Parce que nous avions fini par croire que cet instant n’arriverait jamais.
Que Paul Bocuse – ce nom qui, dans le Monde, fait briller les yeux de tous les gourmets – était pour toujours immortel.
Mais samedi, nous avons appris qu’il faudrait nous résoudre à vivre sans vous.
Nous avons réalisé que plus jamais aucun d’entre-nous ne serait accueilli par votre large sourire, en poussant la porte de l’Auberge du Pont de Collonges.
Que plus jamais aucun d’entre-nous n’entendrait votre voix joyeuse et chaleureuse, reconnaissable parmi mille autres.

Vous allez, Monsieur PAUL, rejoindre vos amis chefs, ceux que vous avez aimés, vénérés, dans les grandes cuisines de l’au-delà.
Et pourtant, ici-bas, pour nous, vous serez toujours vivant.
Vivant dans nos cœurs.
Vivant dans nos esprits.
Vivant dans nos papilles – où il restera toujours comme une légère saveur de vos poulardes aux morilles.

Voyez, Monsieur Paul, ces centaines de chefs qui vous entourent ce matin.
Ils sont venus de Lyon, de la région, de tout le pays. Ils sont venus des quatre coins du monde.
Ils sont là pour vous témoigner leur affection, vous qui avez fait de leur métier un art, de leur passion une œuvre intemporelle.
Ils sont là aussi pour s’engager à reprendre votre flambeau – celui d’une cuisine simple et généreuse, où le produit du terroir se voit toujours sublimé.

Regardez, Monsieur PAUL, il y a des millions de Français qui aujourd’hui pleurent votre disparition.
Plus qu’un chef, ils perdent aujourd’hui l’un des leurs – comme un compagnon de route qui a bercé leur existence.
Ils savent aussi qu’avec vous, ils perdent l’un des plus grands ambassadeurs de la France.
Car partout dans le monde, vous incarniez notre pays.
Vous étiez cette subtile alliance de l’élégance et de l’art de vivre, qui constitue une singularité française.

Regardez encore ces milliers d’anonymes présents ce matin.
Ils pensent aujourd’hui à ces moments d’exception que vous leur avez offerts.
A l’anniversaire, au baptême, au mariage, qu’ils ont célébré autour du repas qu’avec votre « équipage », vous aviez préparé.
A tous ces instants de bonheur qu’ils ont vécu auprès de vous –comme si vous faisiez partie de leur famille.
Et puis ils sont là, aussi, tous ceux qui ne vous avaient jamais rencontré, mais que votre nom depuis des années faisait rêver.

Vous avez indiqué dans vos dernières demandes adressées à vos proches que vous ne vouliez pas de grande cérémonie.
Je suis sûr, pourtant, que vous êtes heureux de voir ces milliers de personnes, rassemblées dans cette Cathédrale, réunies sur ce parvis, car – vous le disiez souvent – c’est pour eux que, depuis l’âge de 14 ans, vous aviez embrassé la vocation de cuisinier pour pouvoir accorder à chacune et à chacun, un peu de plaisir, un peu de bonheur.

Monsieur PAUL, 
Vous incarniez la gastronomie, vous incarniez la France dans son excellence.
Mais au plus profond de votre cœur, il y avait votre ville, notre ville.
Car jamais vous n’avez oublié d’où vous veniez, jamais vous n’avez oublié la modeste Auberge du Pont de Collonges, jamais vous n’avez oublié Lyon.
Car si vous aviez su conquérir le monde, vous n’aviez jamais cessé de chérir cette terre qui vous a vu naître, cette terre dont les produits sont si divers, si riches et qui, travaillés par les artisans de tous les métiers de bouche, sont devenus l’une des composantes essentielle de l’excellence de la gastronomie française.
Oui, vous n’aviez jamais cessé de servir ce territoire où, derrière les fourneaux de la mère Brazier puis auprès de Fernand Point, vous aviez tout appris.
Ce qu’ils vous avaient apporté, vous n’avez cessé de vouloir le rendre à votre ville.

Je me souviens ! J’étais Maire du 9e arrondissement, un arrondissement alors en déshérence. Et vous avez voulu contribuer à son renouveau en y implantant le beau restaurant de l’Ouest.

Je me souviens ! J’étais devenu Maire de la ville et les Halles de Lyon connaissaient des difficultés. Je vous ai demandé si vous vouliez accepter qu’elles portent votre nom. Et aujourd’hui, elles sont devenues un des grands lieux du rayonnement de notre métropole.

Vous aviez la passion de transmettre, celle de faire partager, votre savoir, votre passion.
D’abord dans vos cuisines, et vous avez forgé tant de chefs qui, ce matin, pleurent un maître, un ami.
Mais vous vouliez aller plus loin.
Et c’est ainsi que vous vous êtes battu pour que naisse l’Institut Paul Bocuse où ont été formés tant de jeunes à qui vous avez appris ce qu’était le repas français.
Ils feront vivre longtemps vos savoir-faire, mais aussi, j’en suis sûr, les valeurs que vous avez toujours porté.

Et puis, il y a les Bocuse d’Or, qui sont devenus les vrais Jeux Olympiques de la gastronomie, auxquels tous les chefs du monde rêvent de pouvoir y participer.
Ils se disputent sur tous les continents.
Mais la finale est évidemment à Lyon.

Oui, Monsieur Paul, vous aimiez votre ville, mais votre ville vous aimait.
Aussi, au moment où vous allez partir, ce sont des milliers de voix qui vous disent Merci.

Merci, Monsieur Paul.
Merci pour votre générosité.
Merci pour votre personnalité.
Merci pour ce que vous avez apporté à la Lyon, à la France, à la gastronomie.
Nous n’oublierons jamais votre immense talent, votre immense joie de vivre.
Et désormais les soirs de beau temps, nous chercherons dans le ciel, si, ne brillent pas, quelque part, trois nouvelles petites étoiles, vos étoiles Monsieur PAUL, si lumineuses. »

L’intégralité de l’émission de France 3

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