Photo de Nicholas Sarkozy prise le 15 novembre 2016 à Nice, lors de sa campagne pour les élections aux primaires de la droite.

Les actionnaires d'AccorHotels ont rejeté vendredi 5 mai un projet de résolution visant à supprimer le droit de vote double et ont approuvé à une très large majorité l'entrée de l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy au sein du conseil d'administration.

L'ancien chef d'État, éliminé au premier tour de la primaire de la droite en novembre dernier, avait été nommé le 21 février administrateur indépendant du groupe, auquel il doit notamment apporter son "expertise internationale".

Nicolas Sarkozy a officiellement intégré vendredi le conseil d'administration du leader européen de l'hôtellerie, AccorHotels. C'est la première fois en France qu'un ancien chef d'Etat entre au conseil d'administration d'un grand groupe. La résolution a été approuvée par plus de 97% des voix par les actionnaires réunis en assemblée générale à Paris.

Le PDG du groupe, Sébastien Bazin, a justifié l'arrivée de M. Sarkozy en vantant «les relations» qu'il avait nouées à travers le monde durant son mandat et sa «capacité de lecture» en matière politique et économique. «On a souhaité que le conseil d'administration bénéficie d'une expertise internationale», a-t-il déclaré.

Le patron d'AccorHotels avait récemment repoussé différentes critiques sur le choix inédit. «Pourquoi est-ce que les Anglais, les Allemands, les Hollandais, les Américains, ont tous offert aux anciens hommes de pouvoir de toutes sensibilités confondues un poste dans les grandes entreprises ? La France ne l'a jamais fait (mais) c'est du bon sens», avait-il notamment estimé.

Nicholas Sarkozy et Sébastien Bazin se connaissent bien. Avant de diriger AccorHotels, M. Bazin présidait le fonds américain Colony Capital qui a participé en 2006 au rachat du PSG, dont M. Sarkozy est un fervent supporteur.

En juin 2011, M. Sarkozy, alors président de la République, avait présenté M. Bazin, alors président du PSG, au Qatar Sport Investment (QSI), émanation du fonds souverain du Qatar, qui a racheté la participation de Colony Capital dans le club parisien. (avec AFP et Reuters)

Les votes double conservés mais loin de faire l’unanimité

La résolution avait été déposée par un groupe de 14 investisseurs représentant 2,3% du capital et conseillés par le cabinet Proxinvet, estimant que les droits de vote double peuvent permettre à un actionnaire d’avoir une influence notable voire de prendre le contrôle d’une entreprise sans avoir à en payer le prix

Les cabinets Institutional Shareholder Services (ISS) et Glass Lewis, puissants organismes internationaux de conseil aux investisseurs, étaient eux aussi favorables à cette proposition, rejetée le mois dernier par le conseil d’administration du groupe hôtelier au nom de son « attachement à la fidélisation et la stabilité de son actionnariat ».

« Pour que notre stratégie de long terme soit comprise, il faut avoir un actionnariat stable et fidèle », a déclaré Sébastien Bazin, PDG du groupe, lors de l’assemblée.

La résolution a recueilli 52,36% des voix, alors qu’elle devait obtenir les deux tiers des votes pour être approuvée.

Depuis sa dernière assemblée générale, l’actionnariat du groupe s’est profondément modifié.

Le groupe hôtelier chinois Jin Jiang en est devenu le premier actionnaire, avec 12,56% du capital, suivi à l’été 2016 par le fonds qatari Qatar Investment Authority (10,36%) et le saoudien Al Saud (5,79%) en échange du rachat par AccorHotels du groupe FRHI et de ses prestigieuses marques Raffles, Fairmont et Swissôtel.

Les statuts d’AccorHotels prévoyant d’accorder des droits de vote double pour toutes les actions au nominatif détenues depuis plus de deux ans, ces trois grands actionnaires ne sont pas encore éligibles à ces droits.

Premier concurrent d’AccorHotels en France en étant propriétaire de Louvre Hotels Group, Jin Jiang ne dispose pas de siège au conseil du groupe, tandis que le fonds qatari en a deux et le saoudien un.

Le PDG du groupe a indiqué, en réponse à une question, que le choix de Nicolas Sarkozy n’était « nullement lié » à la montée de Jian Jiang au capital du groupe mais que sa présence apporterait à AccorHotels une « meilleure lecture » de la situation internationale.

Certains analystes ont estimé que l’arrivée de Nicolas Sarkozy, défenseur des fleurons français et proche du Qatar, pourrait faire barrage aux visées de Jin Jiang sur AccorHotels.

(d’après Reuters)

 

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