Derrière ces prénoms, les clients des plate-formes collaboratives ont-ils toujours affaire à des particuliers ? Selon l'enquête de l'Umih, de plus en plus de multipropriétaires, d’asset-managers, pseudo-étudiants se cacheraient derrière ces prénoms paravents.

Des activités en réalité professionnelles et pourtant non déclarées, de pseudo profils de particuliers qui cachent des sociétés d'investissement, des déséquilibres écrasants entre les coûts, les taxes et les règlements, marginaux pour les loueurs, mais très lourds pour les hôteliers.

Les résultats de l'enquête que vient de rendre public l'Umih (Union des Métiers de l'Industrie Hôtelière), première organisation professionnelle de la branche, jette un regard nouveau sur le juteux marché de la location courte durée entre particuliers. Elle donne des arguments à la Confédération pour convaincre le législateur d'établir rapidement de nouvelles règles de marché qui rétablissent une concurrence loyale mais inévitable.

Résume des faits et griefs exposés par l'Umih lors de sa conférence de presse. Et le point de vue HR-infos

La vidéo de la conférence de presse réalisée par HR-infos

 Les neufs tableaux synthétisant l’enquête de l’Umih

  • Fixation d’une durée minimale de location de 7 jours
  • Durée maximale de location de 52 jours/an, ou au-delà, présence obligatoire de l’ « hôte » sur place.
  • Obligation pour le loueur de s’enregistrer, y compris, pour une résidence principale, auprès des autorités.
  • Obligation pour les plateformes de vérifier que l’annonceur remplit ses obligations légales
  • Indication par les plateformes de la qualité de l’annonceur, du nombre d’annonces dont il est l’auteur.
  • Obligation pour les plateformes en ligne de déclarer auprès de l’Administration les revenus générés

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(Ce n’est que notre avis (mais on le partage !)

La régulation est nécessaire, le protectionnisme stérile

En retard sur l’Histoire, il est grand temps que le législateur français remette de l’ordre dans le marché anarchique de l’hébergement touristique. Des règles doivent s’imposer à ses nouveaux acteurs, intermédiateurs et loueurs en ligne. Faute de quoi l’Etat laissera détruire de la valeur au coeur de l’industrie hôtelière au lieu de l’inciter à en créer. Les récentes initiatives prises par les collectivités locales qui ont instauré une taxe de séjour pour les hôtes Airbnb, comme la ville de Paris depuis le 1er octobre, ne sauraient évidemment suffire.

Le livre noir de l’Umih, mais aussi le recensement fait par le site indépendant le recensement fait par le side indépendant Inside Airbnb, offrent une bonne photographie des dérives actuelles. La DGCCRF et le Parlement devront poursuivre les investigations avant d’adopter des mesures législatives et réglementaires appropriées. Autant que possible d’ici le prochain été, avant le début de l’Euro 2016 de football qui se déroulera du 10 juin au 10 juillet. Plus de 7 millions de visiteurs supplémentaires seront en effet attendus dans l’hexagone. Les particuliers hébergeurs implantés dans les dix villes hôtes de la compétition s’en frottent déjà les mains !

Mais prenons garde toutefois à ne pas tomber dans un combat prohibitionniste. Vouloir faire interdire Airbnb et consors ou réduire à son offre à la portion congrue serait voué à l’échec. Si à New York à San Francisco par exemple, les villes les plus souvent citées pour leur mesure drastique, la location pour une durée de moins de 30 jours est désormais interdite, elle reste autorisée dès lors que le bailleur demeure dans le logement loué ou s’enregistre comme hôtelier.

La loi ne pourra pas interdire l’hébergement marchand chez l’habitant. Celui-ci d’ailleurs existait déjà bien avant l’arrivée du trio Chesky-Gebbia-Blecharczyk (les cofondateurs d’Airbnb). Songeons aux Bed & Breakfast de nos voisins britanniques ou à nos chambres et tables d’hôtes. Certes, la révolution numérique associée à la nouvelle économie collaborative a rebattu les cartes et donné une ampleur nouvelle à cette forme d’hospitalité.

Le combat de l’Umih est légitime et nécessaire. Mais il ne doit pas conduire l’hôtellerie traditionnelle à seulement se « défendre » contre cette nouvelle concurrente. Elle doit aussi et surtout l’inciter à se réinterroger, à se réinventer, à innover dans ses domaines d’excellence et au-delà.
A ce titre, on ne peut qu’inviter à visionner le décapant le décapant débat entre Sébastien Bazin, le PDG d’AccorHotels et Olivier Grémillon, le directeur EMEA d’Airbnb invités en mars 2015 par l’Essec.

Ecoutons les propos francs et décapants de Bazin : “C’est très bien qu’Airbnb existe, à plein de titres. D’abord c’est une bonne idée, et elle va grossir. Elle répond à un besoin, c’est global, ça va vite, ça nous oblige, nous les vieux, à se remettre en cause, à réfléchir, à s’adapter, à se projeter. C’est un stimulateur pour la vieille économie, (…), ça me booste et me donne un élan incroyable. En fait, on est condamné à réussir, à co-exister, parce qu’Airbnb ne va pas s’arrêter et je ne vais pas m’arrêter non plus. Qu’est-ce qu’on peut faire ensemble ? Sûrement plein de choses. Est-ce qu’on va s’affronter ? Surement aussi. Est ce qu’on va avoir des clients communs ? Probablement. Et je ne vais pas me retrancher derrière une législation (…). On doit s’adapter au monde d’aujourd’hui, qui vit une révolution numérique gigantesque qui transforme tout, l’hôtellerie comme tous les autres métiers. Ceux qui vont s’adapter vont être des gagnants de demain, (…). Et ceux qui vont fulminer et demander une protection vont disparaître (…) ».

On ne saurait être plus clair !

Vidéo : Laurent Redolfi
Texte : Jean-François Vuillerme

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